[Macronistan] Le régime de "Jupiter" est un régime de post-vérité

Illustration: cosplayer déguisé en sous-marinier jouant à commander un SNA à la convention « ‘A la poursuite d’Octobre Rouge ». Paris, 2017.

Jamais dans l’histoire de la Vème République le mensonge n’a été aussi prégnant dans la « communication » élyséenne et gouvernementale. Jamais dans l’histoire de la Vème république un président a été autant honni. Jamais dans l’histoire de la Vème république un président a du se cacher du peuple français comme Macron est obligé de le faire.

Le mensonge est aujourd’hui érigé par Macron, son gouvernement et sa majorité à l’Assemblée nationale comme principal et essentiel instrument de gouvernement.

L’illustration la plus flagrante est la circulaire Castaner qui donne instruction aux préfet ne pas affecter d’étiquette politique aux listes dans les communes de 9000 habitants – c’est à dire 96% des communes françaises – où votent 56% des électeurs.

Cette tentative d’altérer, de truquer une vérité officielle fondamentale- celle des résultats des élections – se voit comme le nez au milieu de la figure. Il faut tout de même être profondément débile pour croire que ce qu’on lit sur une feuille Excel EST la réalité donc la vérité.

Et nous avons Jupiter qui assène qu’il ne tirera pas de conséquences nationales sur la base d’élections qui historiquement présentent le plus fort taux de participation.

Ces élections qui vont bien avoir lieu, n’auront pas lieu. Comme la guerre de Troie de Giraudoux.

Il faut bien comprendre que c’est là le cœur de la doxa macronistanaise. Seul le président et ceux qui le soutiennent comprennent le monde et sont de ce fait naturellement les seuls dépositaires de la vérité. N’était-ce pas Macron qui dans la revue Esprit avait écrit en substance qu’il n’y avait aucun problème à faire une « parenthèse démocratique » pour régler la question budgétaire?

Pour quelqu’un qui se targue d’avoir l’esprit complexe, c’est très drôle. Toutes les révolutions, nous disons bien toutes (à l’exception peut-être de la révolution russe de 1917) ont eu pour origine, pour cause principale et centrale le libre consentement à l’impôt, donc la chose budgétaire de l’état conçue comme principe de répartition équitable, que ce soit des charges ou des subsides.

La révolution et la guerre d’indépendance américaine: libre consentement à l’impôt.

La révolution française qui débuta à Grenoble en juillet 1788 par la journée des tuiles et le vrai serment du jeu de paume (pas sa copie parisienne un an plus tard) au château de Vizille: libre consentement à l’impôt.

Récemment au Soudan: libre consentement à l’impôt puisque l’état qui subventionnait les denrées de première nécessité (blé, huile, sucre, thé, café, sel) avaient réduit les subventions.

Liban en ce moment, idem.

Si on y rajoute la corruption du sommet qui elle pour le coup ruisselle jusqu’à la base contrairement aux cadeaux fiscaux pour les plus riches, qui n’est qu’un impôt aussi discrétionnaire qu’informel et qui est devenue aujourd’hui une problématique stratégique au sens géopolitique du terme, on commence un peu à s’inquiéter.

Et le reste à l’avenant. La liste est longue.

Un régime de post-vérité n’est pas le mensonge intense dans sa nature et sa fréquence, qui est avec le rirele propre de l’Homme. Le mensonge peut se mettre à jour par les mécanismes que nous exposons ci-après.

A la base de tout régime de post-vérité, il y a la négation de deux faits fondamentaux:

  • La réalité se vit, se perçoit individuellement ou au sein d’un groupe partageant des caractéristiques et des intérêts communs. Elle est multiple: la réalité des agriculteurs n’est pas celle des enseignants qui n’est pas celle de Bernard Arnault.
  • La vérité s’établit par de complexes processus sociaux de négociation souvent conflictuels entre les différents groupes composant une société pour aboutir à un consensus, c’est à dire à un ensemble de faits reconnus comme vrais – la vérité – par une large majorité de la société et établis par des processus connus de tous selon des règles acceptées par tous.

Il n’y a que des politiciens crétins comme les lapins du même métal pour parler de consensus mou, car un consensus sera toujours plus fort que les compromis qu’ils nous imposent pour masquer leurs compromissions.

Un régime de post-vérité, c’est quand une infime minorité force sa réalité à la multitude comme étant la vérité en refusant de passer par ces complexes processus de négociation souvent conflictuels mais menant à un consensus qui seul permet de garantir la cohésion du groupe, la cohésion de la Nation. Un tel mécanisme fut par exemple celui du Conseil National de la Résistance au sortir de la seconde guerre mondiale qui permit, souvent au prix d’âpres luttes politiques et de renoncements douloureux (ne pas pousser l’épuration trop loin, accepter l’ingérence américaine etc), de dégager le consensus auquel tous le pays adhérait (à l’exception de la « vraie » extrême droite qui n’est pas le Rassemblement National), ce qui à son tour posa les bases de la reconstruction du pays et des trente glorieuses. Une fois et une fois seulement ce consensus établit, on put alors reprendre la politique politicienne partisane « as usual ».

Un régime de post-vérité s’accompagne systématiquement de violences institutionnelles extrêmes, sans lesquelles il ne peut ni exister ni perdurer, puisqu’il s’agit d’imposer sans négociation sa vérité à la multitude. Toute contestation par des groupes organisés (ou pas) menant à un conflit mettant à mal le pouvoir ne peut alors qu’être réprimée par l’usage de la force qu’on prétend légitime. Ces violences institutionnelles sont ordonnées et parfois accomplies (c’est le cas de la justice) par cette infime minorité afin de protéger et garantir ses intérêts étroits.

C’est ce dont nous avons tous été témoins avec la répression policière et judiciaire des gilets jaunes. C’est ce dont nous sommes tous témoins avec la même répression policière et judiciaire de la contestation de la réforme des retraites.

L’exercice de la violence est d’ailleurs la principale caractéristique à laquelle on reconnait une régime de post-vérité une fois que les deux négations mise en lumière plus haut se vérifient (il existe des régimes totalitaires extrêmement violents qui ne cherchent pas à imposer de vérité mais imposent directement la domination d’une minorité. C’est par exemple le cas de la plupart des dictatures militaires).

La gouvernance Trumpistanaise pourtant basée uniquement elle aussi sur le mensonge n’a pas établi un régime de post-vérité aux USA puisque (a) il n’y a pas d’utilisation de la violence institutionnelle pour réprimer la contestation et (b) Trump ne peut pas échapper aux complexes processus de négociation et ni refuser le conflit. Son « impeachment » en est la démonstration. L’ensemble de la presse qui systématiquement depuis 3 ans démonte ses arguties (y compris Fox News quand c’est vraiment trop gros) en est une autre. Trump a échoué là ou Macron a réussi (façon de parler) pour une bonne et simple raison: la démocratie américaine, aussi imparfaite fut-elle, dispose de contrepouvoirs forts qui rendent impossible l’imposition de la réalité d’une minorité comme la vérité, contrepouvoirs qui n’existent pas en France.

Pour être clair: une telle idéologie relève de la psychiatrie. Elle est dans sa nature – mais non pas aujourd’hui dans les moyens de sa réalisation fort heureusement – la même que la folie d’un Hitler à la source de laquelle ont trouve la croyance qu’une société s’organise naturellement autour de ces dirigeants, élus ou pas.

« Dans toute république, il y a deux humeurs différentes, celle du peuple et celle des grands et toutes les lois qui se font en faveur de la liberté naissent de leur opposition. Voici pourquoi jamais les États ne s’ordonneront sans danger» a écrit Machiavel.

Il nous faut bien appréhender que la minorité macronistanaise – +/- 12% du corps électoral – est dans les faits bien plus terrorisée que le reste de la société: la classe populaire et la classe moyenne ont subi déclassements sur déclassements et ont pris de plein fouet les conséquences de la « mondialisation heureuse » depuis une trentaine d’années; elles ont l’habitude, le cuir plus épais que les petits sucrés des métropoles connectées et se tiennent toujours debout. Les 12% de macronistanais en revanche se chient dans le froc à l’idée que cela soit bientôt leur tour.

Et puisque nous avons affaire à des idiots, leur seule et unique réaction est non pas de mettre la main sur le magot commun, mais d’en contrôler la distribution afin qu’elle les favorise grandement de manière irréversible.

Vous cherchiez une explication aux privatisations? Vous vous demandiez pourquoi Macron s’évertue à détruire l’état pour le remplacer par des agences privées qui elles n’ont aucune obligation d’égalité de traitement? Vous vouliez comprendre pourquoi cette idéologie (embrassée par les macronistanais et qui s’appelle le thatcherisme, différent du néolibéralisme américain) naquit au Royaume-Uni après le choc pétrolier de 1973? Ne cherchez plus. Un hôpital qui se fout de la charité s’appelle une clinique privée.

L’Union Soviétique était un régime de post-vérité. Contrairement aux idées reçues, ni le fascisme, ni le nazisme, ni les régimes collaborationnistes – au premier rang desquels la France de Vichy – n’étaient à leurs origines des régimes de post-vérité parce que le consensus qui a prévalu à leur émergence était partagé par la grande majorité! Cela ne les rend que plus effrayants et annihile toute tentative d’excuse. Le fascisme et le nazisme ne furent pas des « accidents » de l’histoire mais les résultats de l’histoire européenne et occidentale.

S’il serait absurde de dire qu’en France nous ne vivons plus en démocratie, nous pouvons affirmer sans aucun risque que le Macronistan dans son exercice du pouvoir est le Canada Dry de la gouvernance démocratique: ça a la couleur de la démocratie, ça le goût de la démocratie (pour qui est assez fou pour y tremper les lèves) mais ce n’est pas démocratique. C’est profondément totalitaire.

Par souci tant de justesse que de justice, il nous faut enfin souligner que la tentation de la post-vérité n’est pas uniquement l’apanage du Macronistan. Elle est très également distribuée dans l’ensemble du personnel politique français (tenez, comme la connerie dans l’ensemble de la population) qui possède dans son écrasante majorité la même extraction.

Prenons quelqu’un comme Eric Piolle. Depuis 2014, il essaie d’instaurer à Grenoble un régime de post-vérité en mentant pathologiquement sur la réalité de ce qu’il professe et sur les résultats des politiques qu’il a imposées. Afin de balayer d’un revers de main toute contradiction, toute contestation, il oppose le dogme écologiste et celui du climat – comme si on avait jamais arrêté net un super tanker se déplaçant dans un milieu fluide – l’eau – en écrasant la pédale de frein. Comme s’il n’avait pas compris qu’écraser brutalement la pédale de frein augmente par milliers les risques de coup du lapin.

Les analyses de Grenoble à Coeur basées sur les mesures officielles dAtmo Air Aura et montrant une augmentation de la pollution de 15% suite à CVCM sont des « fake news ».

Quand la justice annule son dispositif de « interpellation votation » qu’il savait illégal depuis le début, qu’il a imposé sans vote en conseil municipal et qu’il a mis en œuvre avec des moyens publics sans autorisation de l’assemblée délibérante qui seule décide des engagements budgétaires, il s’agit d’une « attaque du gouvernement ».

Quand le parquet diligente sur signalement du juge des comptes publics une enquête de police judiciaire le concernant ainsi que certains membres de sa municipalité pour avoir manœuvré frauduleuse afin d’octroyer à des amis politiques sans concurrence des marchés publics afférant à l’organisation d’une kermesse prévue dans son programme de 2014, cette enquête judiciaire devient une simple discussion technique entre les magistrats financiers de la Chambre régionale des comptes et lui-même.

Ce ne sont là que trois exemples. Tous les lister serait trop long.

Si ceux qui nous gouvernent à tous les échelons de la société persistent à imposer leur réalité comme seule vérité possible, cela ne mènera qu’au fascisme, ou à la révolution, ou à la guerre civile – où la succession des trois dans n’importe quel ordre.

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