[Municipales] Sondage et fausses nouvelles, suite

Nous sommes allés récupérer la notice du sondage Odoxa sur le site de la commission des sondages.

Cela va nous permettre de mettre en lumière comment un sondage est fabriqué et présenté, et toutes les possibilités d’introduction de biais qui existent. Nous avons déjà relevés certains.

Ce sondage est quoi qu’il en soit une pantalonnade puisqu’on interroge à la fois sur des candidats pour ceux qui sont déclarés et pour des partis politiques quand il n’y a pas encore de tête liste connue, alors que ce n’est pas du tout la même chose. « entendez-vous voter pour Eric Piolle? » n’est pas « entendez-vous voter pour EELV? ». Il y a donc une inacceptable inégalité de traitement, et c’est statistiquement invalide. Si toutes les têtes de listes ne sont pas connues, alors la seule possibilité en matière d’intention de vote est d’interroger sur les partis politiques et seulement sur les partis politiques.

Cela suffit à faire de sondage un outil de manipulation de l’opinion, non pas un instantané des intentions de vote des grenoblois. Et vous allez voir que cela ne s’arrange pas à la lecture de la notice.

Comment? Les résultats du sondage sont redressés sur les votes de l’élection municipales de 2014, de ceux de la présidentielle de 2017 et des européenne de 2018?

Mais pourquoi donc, puisque l’échantillon est représentatif du corps électoral grenoblois?

Ce redressement en fonction du sortant donne donc des résultats qui favorisent le sortant. Comme c’est totalement inintéressant! Comme cela ne apporte strictement aucune information!

A lecture du questionnaire vous voyez la profondeur des questions.

Avec une énorme faille de méthodologie qui rend ce sondage parfaitement inutile, faille que nous avons déjà relevé. Quand on demande aux gens de choisir 3 thématiques par priorité, ce la n’a de sens que si on leur demande de classer ces 3 priorités par ordre d’importance.

Voilà comment est présenté par France Bleu Isère la réponse à la question « Parmi les thématiques suivantes, lesquelles devront, selon vous faire partie des priorité de votre futur maire pour son mandat à venir? »

La question n’est pas « quelles sont vos préoccupations » mais « quelles sont les préoccupations que votre futur maire devra avoir », et c’est donc ce à quoi les sondés ont répondu.

Ce sondage ne dit rien sur les préoccupation des électeurs. Comment biaiser complétement les résultats en les conditionnant à la perception de chaque candidat alors que tous ne sont pas connus, donc de faire sortir le sortant. Il est bien évident qu’une personne déclarant vouloir voter Eric Piolle aura « la lutte contre la pollution » parmi ses priorités…

Le sondage présente une marge d’erreur de 3%.

Par marge d’erreur il n’est pas entendu la marge d’erreur par rapport à la réalité, mais la fourchette de variation des résultats que l’on constaterait si on refaisait le même sondage avec un nouvel échantillon représentatif – en sondant des électeurs différents. La marge d’erreur prend uniquement en compte l’erreur de l’échantillon. Elle ne prend pas en compte les autres sources potentielles d’erreurs, notamment, le biais dans les questions ou dans l’exclusion d’un groupe n’étant pas questionné, le fait que certaines personnes ne veulent pas répondre, le fait que certaines personnes mentent, les erreurs de calculs etc.

3%, c’est plus qu’il n’en faut pour gagner ou perdre une élection.

Il s’agir là de la répartition de l’échantillon selon des critères de sexe, d’âge et socio-professionnels.
Et là on rigole.
Regardez simplement la classe d’âge 18/24 ans. 111 sondés deviennent par le miracle de la pondération 201 réponses!

La méthode des quotas qui est une méthode non aléatoire, permet pourtant d’éviter la pondération puisqu’en fonction de la composition de la population grenobloise qui est connue par les données du recensement, on peut précisément savoir combien de personnes doivent être sondées dans chaque catégorie…

Si on rajoute la pondération à la marge d’erreur, on arrive a un tel niveau de manipulation – au sens premier, pas au sens péjoratif – des résultats qu’ils ne signifient tout simplement rien.

Ce sondage qu’on nous a présenté la semaine dernière tombe sans doute aucun dans la catégorie fausse nouvelle. C’est inacceptable en période électorale et c’est également une infraction pénale.

Dîtes vous bien que les sondages commandités sur tout et n’importe quoi par les médias dont ils nous abreuvent en permanence ne visent pas un seul instant à nous apporter une image fidèle et crédible de l’opinion, mais à permettre à ces médias de créer du contenu sur une base pseudo-objective afin de vendre du papier et du temps d’antenne.

Quand Le Dauphiné Libéré fait sa une de la sorte, c’est bien pour que vous l’achetiez, et ça marche. Et ce faisant, le DL en présentant les résultats d’un sondage fondamentalement biaisé qui ne veut rien dire participe à la manipulation de l’opinion. Dans les faits, le DL choisit pour vous 3 têtes de listes alors que de nombreuses têtes de listes ne sont pas connues!

Ces sondages sont souvent de mauvaise qualité, parce qu’un sondage ça coûte de l’argent et qu’on rabote là dessus. Ce sondage Odoxa réalisé pour CGI, France Info, France Bleu et Le Dauphiné Libéré en est l’exemple parfait: demander aux gens de classer les 3 thèmes qu’ils ont choisi par ordre de priorité, c’est une question et 3 items supplémentaires à un sondage de 3 questions, donc un surcoût non-négligeable, alors que ces informations sont Ô combien intéressantes.

Il n’existe pas en France d’instituts qui réalisent de manière indépendante et à but non lucratif des sondages comme c’est le cas par exemple aux USA, où ce sont les universités qui les administrent à très grande échelle.

Forcément! Si par exemple Science Po Grenoble se mettait à faire un rolling sur un échantillon représentatif constant de plus 2 000 grenoblois en rendant tout cela public et libre de droits d’utilisation, il n’y aurait plus de business pour les instituts de sondage, les médias ne pourraient plus titrer « sondage exclusif » mais notre société ne s’en porterait que mieux.

Morale de l’histoire : ne jamais faire confiance aux sondages commandités par les médias, audiovisuel public compris.

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