[Municipales] Sondage et fausses nouvelles

« Les sondages imposent les problématiques de la classe dominante ». Il avait raison d’asséner cela Pierre Bourdieu.

On en a un excellent exemple ici.

Le fait est qu’un sondage n’est jamais neutre parce que c’est le sondeur qui impose les questions et la méthodologie. Il focalise le débat sur des thèmes qui ne sont pas nécessairement prégnants mais que les candidats suivent par pavlovisme.

Dans le genre pantalonnade, ce sondage est un cas d’école. Quel est l’intérêt de réaliser un sondage alors que l’ensemble des têtes de liste n’est pas connu? Aucun, pour une municipale, aucun. Soit on cherche à influencer le débat, soit on offre aux candidats une étude gratuite. Quoiqu’il en soit, c’est de l’argent jeté par la fenêtre.

Avant de se pencher plus avant sur le sondage Odoxa et son analyse, notons cette déclaration d’Eric Piolle:

« Ce qui est important, c’est le contact avec les gens et ça s’intensifie quand on est en campagne ! »

Parce que durant la mandature, on a pas de contact avec les gens et ce n’est pas important?

Passons donc à ce sondage.

Première remarque: un échantillon de 609 personnes est statistiquement insuffisant

Deuxième remarque: la notice du sondage n’explicite pas la méthode d’échantillonnage utilisée – s’agit-il de la méthode des quotas sur la base de la liste électorale ou bien d’une base de données d’Odoxa avec vérification de l’inscription? Il n’existe donc aucun moyen de vérifier la représentativité de l’échantillon ni de s’assurer de la robustesse de la méthodologie.

Troisième remarque: 3 de nos membres ont été sondés. Il ont eu le droit respectivement à « Emilie Chanas », « Emilie Chapas » et « Emilie Charas »…

Quatrième remarque: il n’existe pas de catégorie « Ne se prononce pas » dans le graphique des intentions de vote. Le graphique est donc biaisé car « ne se prononce pas » est une catégorie du sondage qui doit être présentée avec les autres catégories de la même manière, dans le même graphique.

Cinquième remarque: Eric Piolle est présenté comme étant EELV/ LFI. Nous n’avons pas vu LFI officiellement faire partie de la liste d’Eric Piolle ou lui apporter son soutien. La composition de la, liste d’Eric Piolle est à ce jour inconnue. Mettre en face du nom d’Eric Piolle « EELV/LFI » est une fausse nouvelle.

Ces cinq éléments suffisent à retirer à ce sondage toute crédibilité. Ce sondage ne veut strictement rien dire.

Non, ce sondage ne présente pas les grandes tendances. Les intentions de vote étant une pure fiction, concentrons-nous sur les thèmes qui sont également très fictionnels et lacunaires.

Un point de méthodologie d’abord: quand on propose une liste de thèmes en demandant aux sondés d’en choisir 3, cela n’a de sens que si on leur demande de classer leurs 3 choix par ordre de priorité, d’importance! On est alors capable de présenter des graphiques illustrant la priorité n°1, la priorité n°2 et la priorité N°3 des sondés, tant d’un point de vue général que selon leurs intentions de vote.

Là, nous avons un graphique abscons qui mélange tout et dont la somme des scores présentés en pourcentage est supérieure à 100%! Non mais oh là! c’est quoi ces statisticiens en carton chez Odoxa?

  • Pourquoi donc la thématique de la fiscalité, pourtant critique, n’est-elle pas traitée, d’autant qu’on sait que c’est entre autres un des candidats, Eric Piolle, qui a demandé la mise à jours des bases fiscales qui ont conduit à une augmentation très importante de la taxe foncière?
  • Pourquoi donc les résultats par thème ne sont-ils présentés que pour Piolle, Carignon et Chalas et pas pour les autres catégories y compris pour ceux qui ne se prononcent pas, alors que les données existent?
  • La présentation de l’écart avec la moyenne nationale sur le graphique est malhonnête: elle laisse croire qu’il s’agit de l’évolution locale, le renvoi par astérisque étant inacceptable
  • Le score de la catégorie « environnement » est insignifiant car trop influencé par des facteurs conjoncturels, en particulier la publication du rapport du GIEC et autres Gretasseries en tout genre qui avaient lieux au moment de la réalisation du sondage.

La seule conclusion qu’on pourrait tirer par les cheveux de ce sondage, c’est que l’électorat d’Eric Piolle est en porte-à-faux complet quant aux préoccupations de la large majorité des grenoblois et relevant directement des compétences d’un maire, à savoir sécurité, propreté et circulation et stationnement. 32% en porte-à-faux avec les préoccupation de 68% des sondés, cela démontre une fois de plus l’absurdité de notre système électoral qui débouche sur une manque total de représentativité. Eric en Piolle en 2014 avait recueilli 40,6% des suffrages au second tour et sa majorité dispose de 70% des sièges au conseil municipal. C’est pas beau la démocratie ?

Ce sondage a été réalisé non seulement avec une méthodologie douteuse mais est également malhonnête dans la présentation des résultats. C’est donc de la désinformation, une fausse nouvelle publiée en période électorale.

Nous rappelons qu’une loi permet aujourd’hui d’assigner en référé les médias qui véhiculent des fausses nouvelles en période électorale. L’article L97 du code électoral permet également des actions au pénal, puisque la diffusion de fausses nouvelles en période électorale est punie d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

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