[Ferrandgate] Le Macronistan nous offre une « master class » de sophistique pour les nuls (par des nuls)

Démissionnera? Démissionnera pas, l’artichaut de Bretagne?

Les contorsions et l’aussi effarante que désespérée course à l’échalote de l’ensemble du Macronistan pour justifier le maintien de M. Ferrand au perchoir sont inédites – tout comme la mise en examen d’un président de l’assemblée nationale d’ailleurs (ce qui signifie que les choses sont peut-être en train de changer, et pas dans le sens qui convient à ces messieurs-dames, l’action publique ayant été déclenchée par la société civile, la vraie).

On a vu que Macron est allé se mettre 48 heures au vert en Andorre alors qu’une visite d’une demi-journée aurait suffit. On connait la convocation des parlementaires LREM au secrétariat d’état aux relations avec le parlement (on attend les fuites avec délectations! Le PR va t-il encore déclarer comme lors de l’affaire Benalla qu’il est le seul responsable et qu’on doit « venir le chercher »?)

On a pu regarder Édouard Philippe brandir la séparation des pouvoirs pour expliquer son refus de s’exprimer sur et de prendre position dans cette affaire – ce en quoi il a raison – et assurer « dans le même temps » sur le même plateau de télé toute son amitié à Richard Ferrand, Un grand coup de sabre dans la séparation des pouvoirs: il est premier ministre; ses amitiés personnelles n’ont rien, mais alors rien à voir avec la choucroute. Ce qui est personnel se garde pour soi quand on est premier ministre et qu’on s’exprime à la téloche.

Nous entendons tous ceux qui assènent qu’une mise en examen n’est pas culpabilité: c’est également vrai. La mise en examen vise une personne contre laquelle il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elle ait pu participer, comme auteur ou complice, à la commission d’une infraction (article 80-1 du code de procédure pénale) . Ce qui n’est pas non plus rien. L’instruction, qui est secrète et contradictoire, vise justement à établir les éventuelles responsabilités avant le renvoi devant le tribunal ou la cour compétente ou le prononcé d’un non-lieu.

D’autres avancent que la démission de M. Ferrand de son poste de ministre causée par la même affaire, houla! c’est différent car un ministre est nommé et le président de l’assemblée nationale est élu par ses pairs.

Richard Ferrand invoque lui-même la bien réelle présomption d’innocence pour justifier de s’accrocher au perchoir.

Citons Patrick Boucheron comme nous le faisons depuis plus de 3 ans en constatant régulièrement que le Macronistan nous offre des exemples de gravité croissante géométriquement, l’acmé étant atteint (pour le moment) avec le ferrandgate : « (…) la [situation la] plus dangereuse, au sens machiavélien, est celle où les puissants sont sans vergogne, c’est-à-dire sans cette honte que suscite la crainte de la colère des autres. » Nous sommes depuis l’élection d’Emmanuel Macron en plein dedans: tout surmoi a disparu de la pratique du pouvoir.

Résumons la situation:

  • Nous avons un président de la République légitime constitutionnellement mais qui n’a jamais eu aucune légitimité démocratique; (pour ceux qui couineraient, bien écouter ce que dit Eric Stemmelen, ancien directeur des programmes de France2 et accessoirement docteur en science économique, ou alternativement lire les deux bouquins de Marc Endeveld)
  • Nous avons une assemblée nationale légitime constitutionnellement qui non seulement n’est pas légitime politiquement mais aussi n’est pas représentative car plus de la moitié du corps électoral a fait le choix de s’abstenir lors des dernières législatives; et
  • L’ensemble de nos institutions régaliennes – justice, police, diplomatie, armées – sont dans une crise profonde causée par l’incompétence et la corruption morale de ceux qui les dirigent (ils les utilisent comme un instrument de pouvoir personnel et non pas pour l’intérêt général) ainsi que par une sous-dotation sciemment organisée.

Dans un tel contexte, la question de la démission de Richard Ferrand non seulement du perchoir mais également de son siège de député afin qu’il puisse se consacrer à sa défense ne saurait souffrir de considérations juridiques.

Elle se pose en termes institutionnels et politiques, de la manière suivante:

Un président de l’assemblée nationale mis en examen pour des faits (pour l’instant) de prise illégale d’intérêt ayant conduit à l’enrichissement personnel de sa compagne, s’il restait au perchoir, n’obérerait-il pas de manière inacceptable
(a) le bon fonctionnement de la seule chambre représentant le peuple et
(b) la force des lois y étant débattues et votées,
conduisant ainsi à la dévalorisation totale du travail parlementaire et législatif, donc summa summarum à un affaiblissement copernicien de la capacité de l’état (le pouvoir exécutif) de faire appliquer la loi et de la justice de trancher selon cette même loi?

La réponse est oui.

M. Ferrand doit démissionner et du perchoir et de son siège de député.
Il n’y a moralement aucune alternative.
Si un non-lieu est prononcé par les juges d’instruction ou une relaxe par le tribunal, il aura alors tout le loisir de se représenter à une élection future.

L’extrême centre, cette plaie française dont le Macronistan est une énième itération, est l’anti-démocratie.

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