[Soudan] Ah!, la France ce pays où on parle de ce qui se passe dans le Monde sans même aller voir ce qui s’y passe

France 24 et une chercheuse de l’école militaire divaguent.

Non, les civils ne domineront pas le conseil de transition: ce n’est pas le nombre de sièges qui compte, pas plus que le parlement d’ailleurs. Pas encore.

Quant à « la contestation » qui aurait 201 sièges au parlement sur 300, on est là dans le fantasme le plus total parce que « la contestation » n’est pas un bloc politique homogène.

C’est par ailleurs une très bonne chose, parce que si « la contestation » (composée d’une bonne dose de fieffés islamistes, tout le monde a son extrême droite) font ce qu’ils ont fait en Égypte (merci Morsi et les frères musulmans), alors on verra vite un coup d’état militaire.

Non, la pression de la rue (qui n’existe qu’à Khartoum) n’est pas une garantie, les alliances politiques étant très changeantes.

Non, l’appareil sécuritaire n’est pas fracturé. L’armée ne l’est pas. La police ne l’est pas. L’excellent service de renseignement soudanais, le NISS ne l’est pas (Le NISS fut d’une utilité inestimable aux services occidentaux par l’incroyable réseau d’informateurs qu’il a réussi à développer en Irak au sien des djihadistes étrangers. Le NISS est plus central dans la lutte contre le terrorisme islamiste contemporain que le Mossad).

Et non, les Rapid Reaction Forces (RSF) ne le sont pas fracturées non plus. Leurs membres ne sont plus des mercenaires, mais depuis 2013 des paramilitaires soldés, une sorte de garde nationale mobile certes composée essentiellement de nomades des tribus arabes du Darfour, des Abbalas, pour beaucoup ex-Janjaweeds ayant combattu les rébellions pour le compte du gouvernement soudanais. Tout comme on l’a tenté avec les rébellions touaregs au Niger, on cherche à réintégrer ces gens. Les RSF sont administrées par le NISS et opèrent sur le terrain sous commandement de l’armée.
Le général qui les commande, Hemeti (de son vrai nom Mohamed Hamdan Dagalo), recherché par la CPI pour crime de guerre, parfaitement intégré dans le jeu politique, s’étant débarrassé de tous ses rivaux, a mis la main sur un gros paquet de mines d’or. Il est en le plus important trader (l’or représente 40% des exportations en valeur du pays) et est considéré comme l’homme le plus riche du Soudan. Autant dire que sa signature de l’accord de transition pèse très lourd.
Par ailleurs, les RSF sont également chargées du contrôle des frontières dans le cadre du processus de Khartoum. Alors croyez-nous, les RSF ont encore de beaux jours devant elles.

L’analyse de la chercheuse de l’IRSEM (qui d’après son CV ne parle pas l’arabe – difficile de faire de la recherche sur le Soudan sans parler la langue – et qui n’a fait toujours d’après son CV qu’un seul voyage de quelques mois sur le terrain) laisse beaucoup à désirer.

Non, la question de la paix avec les groupes armés au Darfour (elle oublie que le Darfour n’est qu’une facette de la bien plus large problématique régionale du lac Tchad sous fond de concurrence armée entre Abbalas – nomades – et Baggaras – éleveurs sédentaires – et de multiples ingérences étrangères – la France pour le coup a une influence stabilisatrice), pas plus qu’au Sud Kordofan et au Nil bleu Bleu ne sera une priorité. Ce qu’on va plutôt voir une fois que les choses se seront calmées à Khartoum et « la contestation » occupée à palabrer et à s’en mettre plein les poches, sera plutôt une intensification des opérations militaires pour soumettre les rébellions, qui le seront. Nous irons même jusqu’à avancer que les militaires ont accepté la transition en partie pour cela.

La priorité reste le pouvoir central et l’unité territoriale du pays: l’armée reste la seule institution assez forte pour contre-balancer le pouvoir religieux et les islamistes (comme dans tous les pays musulmans excepté le Maroc, la Tunisie et pour des raisons de guerre civile la Libye) et la seule institution garantissant l’unité nationale.

L’autre priorité est de conserver la souveraineté sur les ressources naturelles (immenses) du Soudan et sur les oléoducs qui acheminent le pétrole du Soudan du Sud vers le terminal de Port Soudan. Donc de minimiser les influences étrangères aussi intempestives qu’intéressées et non sollicitées (sale temps pour les américains, les anglais, les canadiens et les israéliens).

Il faut vraiment méconnaître le Soudan pour résumer ce qui s’y passe à une opposition militaires/civils. Ce n’est absolument pas le cas et c’est bien l’armée qui a destitué Al Bachir (comme elle avait avant destitué Al Tourabi). Politiquement, les civils ne sont pas unis et de vrais partis politiques, de vrais syndicats existent. Personne ne conteste l’armée en tant que telle. Ce qui est contesté c’est la non-participation des civils au pouvoir politique parce qu’ils y ont toujours participé historiquement jusqu’à ce que Al Bachir en décide autrement, ce qui a précipité sa chute.

Le peuple soudanais dans toute sa diversité est d’une intelligence rare et les militaires comptent parmi les plus intelligents. La signature de l’accord de transition alors que l’armée dispose de tous les moyens de ne pas partager le pouvoir, y compris sur la scène internationale, en est la preuve.

Ah, la France ce pays où on pérore sur ce qui se passe dans le monde sans même aller voir ce qui s’y passe…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.