[Ambroise de Rancourt] « Macron ou le chaos, c’est terminé : aujourd’hui, nous avons les deux »

Nous reproduisons après lui avoir demandé l’autorisation (il n’a pas répondu: qui ne dit mot consent) ce billet d‘Ambroise de Rancourt.


L’épisode de désinformation que nous venons de vivre autour de la prétendue invasion de la Salpêtrière par des factieux, hier, est non seulement consternant, mais inquiétant.

Comment est-il possible que les pouvoirs publics s’estiment autorisés à mentir, de façon éhontée, aux citoyens ? Comment est-il possible que le ministre de l’Intérieur lui-même répande des fausses nouvelles, démenties dès le lendemain par la presse ?

Existerait-il un droit à la désinformation ? Bons citoyens, nous devrions rejeter les fausses nouvelles venues du Kremlin, mais accepter celles qu’on nous envoie depuis Beauvau ou l’Élysée ? Une dérogation « spécial progressistes », qui autoriserait ce pouvoir-là à mentir, mentir jusqu’à la nausée, au nom de son propre progressisme ? Mais on croit rêver, non ?

Nous mentons tous, à des degrés divers, pour des motifs variés. Mais il est rare que nous mentions à quelqu’un « pour le protéger ». Nous réservons ce type de mensonges aux enfants, et aux personnes fragiles, quelles qu’elles soient. Jusqu’ici, rien que de très banal. Mais aujourd’hui c’est notre propre gouvernement qui adopte ce comportement inquiétant vis-à-vis de l’ensemble de la population : les Français seraient des enfants, auxquels il faudrait à tout prix faire croire que le péril anarchiste menace, que la République vacille. Tout est bon : complot russe (dixit M. Griveaux au début de l’affaire Benalla), déstabilisation venue de l’étranger (dixit M. Macron au sujet des Gilets jaunes), et j’en passe.

Jusqu’ici, rien que de très banal, encore. Il n’est pas exceptionnel que des autorités mentent pour asseoir leur pouvoir, pour se poser en alternative au chaos. Pour enjoliver leurs actions, pour dénigrer leurs ennemis.

Mais le phénomène exceptionnel, proprement exceptionnel, c’est celui-ci : que des gens censés être raisonnables et incarner ce que notre société a de meilleur CROIENT à ces mensonges, les DEFENDENT contre vents et marées, et les COLPORTENT dans la précipitation que leur dicte l’hystérie collective dans laquelle ils s’entretiennent mutuellement devant trois voitures qui brûlent.

Quel niveau de décrépitude ce pays a-t-il atteint pour que ses soi-disant élites finissent par se comporter comme des villageois médiévaux, tremblant de terreur devant l’affreuse, l’épouvantable manifestation de violence dont ils sont les témoins sous leurs fenêtres, au point de colporter ragots et fausses nouvelles depuis leurs appartements parisiens verrouillés à double tour ?

Ces gens, ministres, hauts fonctionnaires, universitaires, intellectuels, seraient-ils devenus fous, tellement persuadés de la bêtise et de l’inconséquence de la majorité de leurs concitoyens, qu’ils se sentiraient autorisés à leur mentir, de peur de se voir déposséder de leur monarque centriste, de leurs strapontins, de leurs voitures de fonction ou de leurs petites décorations ? Je n’ose y croire, ce serait trop gros !

Il faut noter, vraiment, tenir un carnet de ces moments d’hystérie élitaire collective. Ces guirlandes de mensonges et d’outrances, sans oublier les appels à la violence contre la foule, relayés par nos ministres, nos parlementaires, nos salariés de la fonction publique – à commencer par Martin Hirsch, payé par le contribuable. Il faut garder les yeux ouverts face aux appels au meurtre de leurs compatriotes proférés par toutes ces belles âmes, parmi nos éditorialistes préférés, vraiment. Il ne faut pas s’habituer à ces scènes de débâcle morale complète que nous offrent les barons de la République macronienne, comme il ne faut pas s’habituer à ces gens estropiés, éborgnés, quand ils ne se font pas tout simplement casser la gueule par les CRS, sans rien avoir demandé.

Dans quel monde vivent les nababs de la France centriste qui vote Macron, même sans conviction, pour estimer qu’ils ont le droit de se vautrer dans l’outrance et dans le mensonge public ? Quelle est donc cette dérogation aux lois morales minimales qu’ils prétendent détenir ? Je crois qu’elle leur vient avant tout de l’urgence qu’ils ressentent à préserver leurs privilèges, quels qu’ils soient. Les Black blocs leur ont rendu un fier service : celui de pouvoir crier leur haine du manifestant en toute liberté, qu’il soit gilet jaune ou pas, jeune, vieux, peu importe. Que les CRS nous cognent tout ça, on en a marre, à la fin ! Tabassez-les tous : Dieu reconnaîtra les siens. Ça fait six mois qu’ils font semblant d’être du côté de la foule, comprenez-les : ça commence à faire long. Les cagoulés sont arrivés à point nommé pour leur fournir le prétexte au grand retournement de veste – pour ceux qui ne l’avaient pas déjà fait.

Je vais mettre, dans les commentaires, des liens vers des vidéos de ce qui s’est passé hier. A la Salpêtrière, mais aussi dans les rues. Il est proprement insupportable, en démocratie, que le seul choix qui s’offre à nous soit d’un côté des gosses de riches cagoulés qui veulent tout péter sur leur passage pour tromper l’ennui, et de l’autre une compagnie d’incompétents complets, tellement occupés à s’admirer dans la glace qu’ils en oublieraient presque que le respect des principes élémentaires de la vertu politique s’applique encore à eux. Sans même parler de la vacuité absolue des politiques qu’ils mènent, ces bonnes vieilles recettes périmées apprises à Sciences Po et à l’ENA dans les années 2000, dont ils ne sont même pas foutus de comprendre qu’elles n’ont plus aucune pertinence dans le monde d’aujourd’hui.

Macron ou le chaos, c’est terminé : aujourd’hui, nous avons les deux. Et au chaos des rues est en train de s’ajouter, depuis six mois, la décomposition accélérée de ce qu’il restait de vertu à nos « élites ». Il est urgent, vraiment urgent, que tout ce petit monde se ressaisisse, parce que cette panique collective est honteuse. Et j’écris ça en étant un amoureux de l’Etat, par-dessus tout, et de ceux qui l’incarnent, à commencer par les flics et les militaires. Mais quand le détournement des moyens de la puissance publique atteint de tels sommets, du fait de son appropriation par une bande de lamentables mercenaires aussi vulgaires qu’arrogants, c’est trop.

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