[dernière minute] En fait, le sain nombrilisme ne date pas d’aujourd’hui! Walt Withman l’écrivait déjà

Merci Maryse Palante pour cette superbe référence!

On vous disait dans un précédent billet que l’étranger regardait la France, son peuple, non pas ses dirigeants.

Ben c’est pas nouveau!

Et dire qu’on a un Président de la République qui a dit que la culture française n’existe pas. Figure that, Mr. « President » Macron! La France vaut par le regard des autres.


Walt Withman, c’est pas rien!

Et il a écrit ça en 1870-1871.

Ah ! étoile de la France,
Clarté d’espoir, de force, de gloire,
Semblable à un vaisseau qui si longtemps conduisit la flotte
Tu me parais aujourd’hui une épave que ballotteraient les vents, une coque démâtée,
Dans l’affolement panique de tes foules quasiment englouties,
Plus de pilote plus de barre.

Pâle planète malade,
Qui n’est pas la France seule mais mon âme symbolique, ses espoirs les plus chers,
L’audace dans le combat, la rage divine de liberté,
Astre des aspirations vers l’idéal lointain, des rêves de fraternité enthousiaste,
De l’effroi du tyran ou du prêtre.

Étoile crucifiée — traîtreusement vendue,
Étoile agonisante dans un paysage de mort, terre d’héroïsme
Étrangement passionnée mais frivole et moqueuse à la fois.

Malheureuse ! comment irais-je te critiquer à l’heure présente pour tes erreurs tes péchés de vanité,
Ils ont disparu corps et biens sous tes douleurs tes malheurs sans précédent,
Et te voici sainte.

Pour ce que malgré tes défauts tes ambitions furent toujours nobles,
Pour ce que tu ne voulus jamais te vendre quelque haut que fût le prix,
Pour ce qu’il est bien évident que tu t’éveilles en larmes de ton sommeil drogué,
Pour ce que seule d’entre tes sœurs ô géante tu pourfendis les auteurs de ta honte,
Pour ce que tu refusas de supporter les insupportables chaînes traditionnelles,
La croix pour toi, visage livide mains et pieds percés par les clous,
Le coup de lance dans ton flanc.

Étoile vaisseau étoile de France, reprends-toi dans ta longue dérive !
Courage planète malade, planète blessée, vaisseau tiens ferme ton cap !

Imite notre vaisseau à tous, soi-même la Terre,
Produit des feux mortels du turbulent chaos,
Quant elle sortit des spasmes empoisonnés de la colère,
Pour apparaître enfin dans sa puissante majesté,
Et prendre sous le soleil le chemin de la route,
Toi, fais comme elle, vaisseau de la France !

Finie l’attente des jours dissipés les nuages
Surmontée la souffrance atteinte la longue extrication
Tu renaîtras très haut plus haut que le monde d’Europe
(De nos rivages te répondant alors, face à face dans la distance notre joie se réfléchissant sur son visage, Columbia)
Et de nouveau étoile de France redevenue étoile luisante
Brillant plus clair que tu ne brillas jamais dans un ciel pacifique
Immortels irradieront tes rayons.

Walt WHITMAN, « Ah ! Étoile de la France » (1870-1871), traduction de Jacques Darras, 2002.’

L’original, en anglais

O star of France,
The brightness of thy hope and strength and fame,
Like some proud ship that led the fleet so long,
Beseems to-day a wreck driven by the gale, a mastless hulk,
And ’mid its teeming madden’d half-drown’d crowds,
Nor helm nor helmsman.

Dim smitten star,
Orb not of France alone, pale symbol of my soul, its dearest hopes,
The struggle and the daring, rage divine for liberty,
Of aspirations toward the far ideal, enthusiast’s dreams of brotherhood,
Of terror to the tyrant and the priest.

Star crucified — by traitors sold,
Star panting o’er a land of death, heroic land,
Strange, passionate, mocking, frivolous land.

Miserable! yet for thy errors, vanities, sins, I will not now rebuke thee,
Thy unexampled woes and pangs have quell’d them all,
And left thee sacred.

In that amid thy many faults thou ever aimedst highly,
In that thou wouldst not really sell thyself however great the price,
In that thou surely wakedst weeping from thy drugg’d sleep,
In that alone among thy sisters thou, giantess, didst rend the ones that shamed thee,
In that thou couldst not, wouldst not, wear the usual chains,
This cross, thy livid face, thy pierced hands and feet,
The spear thrust in thy side.

O star! O ship of France, beat back and baffled long!
Bear up O smitten orb! O ship continue on!

Sure as the ship of all, the Earth itself,
Product of deathly fire and turbulent chaos,
Forth from its spasms of fury and its poisons,
Issuing at last in perfect power and beauty,
Onward beneath the sun following its course,
So thee O ship of France!

Finish’d the days, the clouds dispel’d
The travail o’er, the long-sought extrication,
When lo! reborn, high o’er the European world,
(In gladness answering thence, as face afar to face, reflecting ours Columbia,)
Again thy star O France, fair lustrous star,
In heavenly peace, clearer, more bright than ever,
Shall beam immortal.




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