Gilles Clavreul à propos d’Eric Zemmour. Histoire de renvoyer les indignés geignards d’où ils viennent: la maternelle

Comme le dit le titre, cette France des pétitions à deux balles demandant l’ostracisation de ceux avec qui elle n’est pas d’accord sur la base de « clashes » médiatiques » est profondément pitoyable et infantile. Allez retour à la cage d’écureuil sinon privés de goûter.

Il y en a qu’on oublie, ce sont certains dans les médias qui font leur beurre avec ce genre de chose. Jean Birnbaum lui vient d’en attraper un.

Quant à Mme Sy, elle ne vaut en fait pas mieux que Zemmour: elle en est le contrepoint et fait aussi son business de la sorte.

Le texte de Gilles Clavreul est à lire ici en version originale
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Pour une fois, pas d’image, pas d’article joint. Pas la peine.

Je devais écrire pour un quotidien un « Zemmour vu de gauche » à l’occasion de la sortie de son nouveau livre, « Destin français ». J’aime bien les exercices risqués où il n’y a rien à prendre que des coups de part et d’autre, mais qui permettent peut-être, en touchant des sujets compliqués et sensibles, d’aller là où nul ne va guère, et de faire avancer le débat. Il est notoire que je suis en désaccord complet avec Eric Zemmour sur à peu près tout, je l’ai d’ailleurs écrit ici il y a deux ans, et même si je n’y ai pas mis les expressions dégoûtées qui permettent de se mettre dans le camp des gens qui pensent bien même s’ils ne pensent, en vérité, pas grand chose, je suis aussi démocrate qu’il défend les inégalités naturelles, aussi libéral qu’il est autoritaire, aussi européen qu’il est souverainiste, aussi certain de la différence entre l’islam et l’islamisme qu’il est convaincu de leur profonde identité, aussi progressiste qu’il voue l’idée de progrès aux gémonies, aussi anglophile qu’il est anglophobe, aussi féministe qu’il fait du féminisme le signe du déclin inéluctable de l’Occident. Je pourrais continuer longtemps l’énumération.

Seulement voilà : Zemmour a du talent, et pas seulement le talent du provocateur. C’est aussi un remarquable analyste de la vie politique, une personne réellement cultivée, une plume concise et précise, quelqu’un enfin, qui sait lire et bien lire, ses chroniques au Fig-Mag en atteste. Je dois beaucoup de mon éveil aux idées politiques à la lecture de toute la presse, de droite et de gauche, dès mon plus jeune âge, et au Fig-Mag de m’avoir très vite fait comprendre ce que je n’étais pas : c’est en lisant Pauwels, Alain de Benoist ou d’Ormesson que je me suis fait très tôt des convictions de gauche. J’ai depuis gardé l’habitude de lire l’adversaire, surtout lorsqu’il est intelligent. Et n’ai jamais acheté le confort intellectuel qui consiste à dire que, si des Zemmour vendent énormément, c’est parce qu’ils bénéficient de la complicité des médias. Ce n’est pas vrai : c’est certainement par un art consommé de la provocation ; c’est aussi parce qu’il existe un public captif, très à droite, qui attend avidement les saillies de ses champions ; et c’est enfin, et surtout, parce que le diable a, je le répète, de l’intelligence, du style et parfois même de la clairvoyance.

Ce qui m’intéressait est ce quelque chose qui « marche » dans le système Zemmour, et qu’on ne peut réduire à un artefact de communication, ni au « fasciste qui flatte les bas instincts »; Va pour Soral et pour Dieudonné, mais là, l’explication est trop courte, tout comme est insuffisante, on ne le voit que trop, la thèse consistant à dire, que certains « surfent sur les peurs » et autres « fantasmes » d’une partie des Français. Or si je combats des idées, c’est parce que je les crois mauvaises ; pas parce qu’elles seraient de vagues croyances ou des fantasmagories. Lorsque la droite extrême ou l’extrême-droite parle d’immigration ou d’insécurité, elle ne parle pas du dahu : elle parle d’une réalité qu’elle grossit et déforme, à laquelle elle donne un sens qui est faux et cela peut être rationnellement démontré ; mais elle n’invente pas quelque chose qui n’existe pas.

Je voulais donc écrire un « Zemmour vu de gauche » pour dire, en somme, qu’il fallait l’affronter à mains nues. Sans argument d’autorité, sans anathème, sans indignation surjouée. Argument contre argument. Analyse contre analyse. En démasquant les faiblesses, les faux-fuyants, les mauvaises interprétations. Bref, en ne cédant pas à la facilité habituelle qui consiste à dire qu’Eric Zemmour est un salaud, ou un imbécile, ou les deux ; mais à démontrer, preuves en mains, qu’il a tort dans la plupart de ses analyses historiques, que sa lucidité réaliste est en fait un défaitisme en totale contradiction avec sa vision exaltée de la « Grande » Histoire de France, et que c’est là, d’ailleurs, tout le drame de la droite française depuis bien longtemps : maugréer sur des Décombres (que Zemmour cite sans dire qui était Rebatet…) plutôt que se redresser et rebâtir. Tout le contraire de ce que De Gaulle, contre cette droite de la défaite, a su incarner, et ce n’est pas un hasard si les derniers chapitres du livre, où Zemmour peint tour à tour « celui qu’il faut détester » (Pétain) et « celui qu’il faut aimer » (De Gaulle) tente – sans jamais convaincre – d’abaisser le second pour grandir le premier.

En définitive, j’ai renoncé à mon projet. D’abord parce que son livre n’est pas très bon. En dehors d’une introduction personnelle, qui aurait pu fournir la matière à un bon récit, les chapitres enchaînent des épisodes connus de l’Histoire de France à la mode mi-journalistique, mi-épique d’un Alain Decaux pas au sommet de sa forme. Il y a quelques passages bien vus, qui donnent à voir ce qu’un conservateur cultivé peut dire des complexités de l’Histoire et de la ruineuse vanité des hommes ; mais c’est trop peu, dans l’ensemble, pour convaincre, car chaque chapitre est captif d’une thèse censé tout ramener à l’époque présente, la préfigurer et l’annoncer : un affrontement de civilisation entre l’Occident et l’Orient que le camp des faibles – entendre, la gauche de toujours, les naïfs, les idéalistes, les vertueux, les féminins, les « ouverts », etc. – s’acharne d’abord à nier, avant de tout faire pour précipiter la défaite.

Ensuite et surtout parce que, cette fois-ci plus encore que les fois précédentes, c’est la polémique dans ce qu’elle a de pire – de plus bête, de plus outrancière, de plus fatigante – qui a pris le pas, pour l’essentiel du fait d’Eric Zemmour lui-même, quand bien s’est-il trouvé des complices pour cela. Est-il besoin de dire ce que je pense de cette sortie sur les prénoms ? Frédéric Potier, le DILCRAH, a bien eu raison de donner la liste des prénoms des soldats français morts en opération extérieure. Des insultes à la France, eux ? Non, l’honneur de la France. Le propos était pire qu’odieux : bête. Mais terriblement efficace, en témoignent les répliques incessantes qu’il suscite. Zemmour sait qu’il ne prend aucun risque vis-à-vis de son lectorat, qui est d’accord avec lui sur ce point, et aimera détester les cris d’indignation de la gauche. Quant au risque d’image, il a à la fois la disposition psychologique (l’absence de surmoi, justement relevée par Eugénie Bastié) et la notoriété médiatique qui lui permettent de s’en moquer.

Même chose, deux jours plus tard, avec Maurice Audin, qui aurait « mérité douze balles dans la peau ». Zemmour connait ses classiques de droite : un communiste qui défend le FLN, c’est un salaud objectif, un type indéfendable. Son public, une fois encore, le suivra. Là non plus, aucun risque, et comme pour la polémique des prénoms, la certitude de déclencher une vague de protestations à gauche et même au-delà. Point d’orgue : l’appel à la censure, qui permet à Zemmour de se poser en martyre de la liberté d’expression.

Bien joué…du moins, si on se place du point de vue de la polarisation du débat, qui est l’objectif premier d’Eric Zemmour, et du succès commercial, déjà assuré sur son seul nom, mais incontestablement dynamisé par ce buzz créé en deux phrases.

Or le débat politique crève de se perdre dans l’infiniment petit. Quoi qu’on en pense sur le fond, les « prénoms chrétiens » de Zemmour sont comme le « sparadrap blanc » de Rokhaya Diallo. Des petites choses dérisoires, destinées à agiter le petit théâtre identitaire. Ce n’est pas au niveau. Ce n’est pas à la hauteur des sujets d’aujourd’hui ni des attentes des Français. Zemmour n’est pas cohérent avec lui-même, lui qui ne dit jurer que par la grandeur, les batailles militaires et la haute politique : il est comme le génie qui, par une formule odieuse, « votre prénom est une insulte à la France », se serait retrouvé prisonnier de la lampe, la toute petite lampe des tous petits clashes où viennent se servir les médias et les réseaux en mal de clics.

Voilà ce qui aurait pu être un article sur la droite d’Eric Zemmour, et qui s’est transformé, rélfexion aidant, en un simple post sur la vanité de ce qui ressemble encore, par certains côtés, à un débat politique, mais qui n’a en réalité plus rien d’un débat, tant le dialogue et l’échange d’arguments y font défaut, et qui n’a surtout plus qu’un lointain rapport avec la politique. Des criailleries identitaires, intéressées et véhémentes, mais pas de la politique.

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