Discussion fascinante sur la page Facebook de Gilles Clavreul qui relit le rapport Dubedout

Oui, le rapport de Hubert Dubebout, Maire de Grenoble, celui sur la politique de la ville (le rapport, pas le maire).

Gilles Clavreul note que « ce qui est saisissant [dans ce rapport ] est que les constats et les préconisations sont pratiquement les mêmes qu’aujourd’hui. Un petit malin se serait amusé à le publier tel quel, en changeant juste les francs par des euros et en retirant les références au Plan, il aurait fallu un peu de temps pour détecter la supercherie, à mon avis. » (Gilles, seriez-vous en train d’insinuer que Jean-Louis Borloo n’est pas malin?)

Et de citer également ce paragraphe en soulignant que publié tel quel dans un rapport aujourd’hui, ça ferait couiner voir hurler.

« La population [de ces quartiers] se caractérise par un très fort pourcentage de jeunes, une présence relativement forte par rapport aux autres quartiers de la ville de divers groupes ethniques, une augmentation des familles pauvres ou en situation de précarité (femmes chefs de famille). Or ce sont justement ces divers groupes qui pour des raisons culturelles, législatives ou économiques (pour certaines les trois à la fois) ne peuvent pas ou ne veulent pas s’intégrer dans les structures de participation ou adhérer à une association. »

Et bien la négation de ce paragraphe décrit la dynamique qui a conduit, à notre avis, à la situation grenobloise actuelle.

Explications.

Tout le monde peut adhérer aujourd’hui à une association. Les régies de quartiers, c’est gratuit etc. L’aspect économique, même si entre 19% et 23% de la population grenobloise (on parle de la Ville de Grenoble, pas de la Métropole) vit de dessous du seuil de pauvreté (ce qui est énorme, d’où l’un des plus gros CCAS de France, dont le budget a été allégrement coupé par… les écolos/PG) joue beaucoup moins qu’à l’époque, même si cet aspect économique et « culturel » s’est transféré par exemple sur l’école (apparemment 43% de contournement de la carte scolaire du Sud grenoblois vers le Nord, chiffre que nous n’avons pas confirmé donc à prendre avec des pincettes), ce qui est gravissime.

En revanche où on s’est complétement plantés (et Hubert Dubedout aussi, il l’a payé électoralement en 1983) c’est dans la nécessaire inflexion qu’aurait du imposer à la politique de la ville le choc pétrolier et ses conséquences, en premier chef le début de la désindustrialisation.

Ceux qui avait les moyens de partir (une banlieue n’est pas faite pour y rester, c’est avant tout une étape) car arrivés à un « certain niveau » de classe moyenne sont partis et ceux qui « pour des raisons culturelles, législatives ou économiques (pour certaines les trois à la fois) » n’ont effectivement pas voulu s’intégrer dans les structures de participations – bref, n’ont pas voulu se créer ce qu’on appelle aujourd’hui (horrible expression) un capital social – s’y sont retrouvés enfermés. Leurs enfants également, les enfants de leurs enfants également etc. Et la « crise » aidant, le manque de « capital social » appelant peu « de mitigation des risques »,  le chômage croissant etc. Bardaf, c’est l’embardée.

Attention, ne pas vouloir s’intégrer est une liberté: il n’y a aucun jugement de valeur de notre part. Par ailleurs « l’intégration » peur revêtir diverses formes et connaître des degrés multiples.

Par s’intégrer nous entendons trouver la place qui vous sied dans la société et non pas choisir de vivre « à côté » de cette société en dehors des interactions qu’elle impose.
Par s’intégrer nous entendons être volontairement acteur social avec tous plutôt que d’interagir socialement par obligation avec ceux qui ne sont pas « vos semblables ».

« S’intégrer » est un choix qui a des coûts et des bénéfices.

Ne pas s’intégrer est un choix tout aussi respectable qui a également des coûts et des bénéfices.

Sauf que choisir de ne pas s’intégrer à terme fait que le coût devient très vite supérieur aux bénéfices que procurent le cloisonnement. Et ceux qui ont fait le choix de ne pas s’intégrer se retrouvent vite à payer ce choix très cher. Et leur enfants encore plus cher.

Nous vous rassurons: il en va ainsi de tout étranger dans n’importe quel pays. Les expatriés français qui font le choix de ne pas « s’intégrer » au pays dans lequel ils vivent même temporairement finissent vite en « communauté » parfaitement insupportable. C’est là l’expérience de plusieurs de nos membres qui parle 😀

Donc, en matière de politique de la ville, on s’est planté, dans cette fenêtre de tir qui à notre avis était de 5 à 6 ans et située entre 1976-77 et 1982-83.

Au lieu d’ouvrir, au lieu d’aller chercher et d’inclure, on a continué à empiler, à bétonner.

On s’est planté et pas qu’à Grenoble (que la droite ne vienne pas taper sur la gauche à ce sujet car la droite n’y  rien pané non plus) parce qu’on  a pas compris que la politique de la ville c’est beaucoup plus une histoire de politique de peuplement, par nature très dynamique et peu contrôlable (hors mis pour les logements sociaux mais là les règles sont clientélisme et passe-droits – un très vaste débat) , qu’une question d’urbanisme beaucoup plus statique et qu’on maîtrise par définition.

Quand on y réfléchit bien , quel meilleur étalon de la mobilité sociale que la mobilité dans la ville (pas au sens de tramway, la mobilité, hein!) ? Évident, non? Et l’inverse peut également être vrai – comprendre que la mobilité dans la ville peut être un énorme levier de mobilité sociale. Et pourtant, on continue à ignorer ces deux évidences…

Nous ne savons pas si ce que nous vous venons de raconter est clair. Nous avouons que cela va demander plus de réflexion de notre part qui à son tour apportera, si vous avez de la chance, plus de clarté.

 

 

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