Sécurité dans la Métropole: l’union des médiocres.

La politique de sécurité à Grenoble est inexistante depuis 2014 . La dégringolade a commencée lors de la précédente mandature, à mi-mandat, même si la municipalité d’alors avait réussi à contenir le phénomène.  On peut la retracer aux émeutes de la Villeneuve provoquées par la mort d’un braqueur qui, venant de taper le casino d’Uriage à l’arme automatique, ouvrit  le feu après une course poursuite sur les forces de l’ordre qui ripostèrent et l’abattirent en plein état de légitime défense. Le monde à l’envers, quoi: des émeutes pour protester contre la mort d’un braqueur ayant ouvert le feu sur les forces de l’ordre…

Par ailleurs, face à des événements aussi graves que ceux de ces dernières semaines (un mort, un fusillade à l’arme de guerre place des géants, 3 blessés dont un grave par balles), le Maire de Grenoble et sa première adjointe devaient en toute logique interrompent leurs vacances et rentrer pour veiller au grain. Or Eric Piolle et Elisa Martin sont « indisponibles ».

Quand on voit M. Véran et Mme Chalas fustiger, on ne se marre. Ça a été géré comment le problème à Moirans alors que vous étiez DGS,  Mme Chalas? Heureusement que le Procureur de la République lui a gardé son sang-froid.

Quand Stéphane Gemmani propose un Grenelle de la sécurité, on se roule par terre de rire de lire ce spécialiste du clientélisme de « quartier » et confessionnel donner des leçons. Et pourquoi pas inventer une « politique de la ville », quitte à être innovant?

Quant à la droite et l’extrême droite, elles ne valent guère mieux.

Les sempiternelles « associations » n’ont que peu d’impact parce que ceux qui posent problème sont hors de leur atteinte. Tout moyen sera parfaitement inutile tant qu’on aura pas rétabli l’état de droit. L’exemple est Teisseire, qui a connu une très importante et très bien menée opération de renouvellement urbain qui n’a strictement rien changé en matière de délinquance et d’état de droit.

Soyons très clair: tout ce beau monde, extrême droite comprise, n’y entend rien en matière de sécurité et est parfaitement incapable d’agir, parce qu’aucun pour des raisons de clientélisme électoral se rend à cette évidence qui n’a rien de politique: la paix civile et sociale doit s’imposer dans le respect de la loi et des libertés à l’infime minorité qui ne la respecte pas et qui pourrit la vie de tout le monde. Elle ne s’achète pas plus qu’elle se négocie.

Nous rappelons que le Procureur de la République est sorti de sa réserve pour dénoncer « une ville gangrénée par le trafic de drogue », et qu’on est très loin de parler que de cannabis (il y a de la cocaïne de partout à Grenoble, par exemple). Comme l’a souligné fort justement le juge Thiel (ancien juge d’instruction anti-terroriste), le trafic de drogue ne  peut pas se développer sans la complaisance des autorités locales – c’est vrai pour Marseille comme pour Grenoble.

Et comme le souligne ce vieux ruffian d’Alain Bauer, il y a pas 36 cas de figures mais 3 attitudes possibles face à ce phénomène: (a) mettre les moyens et aller à confrontation  afin d’imposer ce qui doit l’être (ce qui est à la fois simple et plus rapide qu’on le croit, la facteur critique étant le soutien des habitants), (b) laisser faire et s’en tamponner le coquillard ou (c) trouver un arrangement territorial sous fond de « grand frérisme » et de subventions. Inutile de dire que les cas (b) et (c) ne sont qu’expédient et impasse.

Il suffit de passer une soirée dans le centre-ville historique pour se rendre compte que l’espace public n’est pas convenablement contrôlé. Pourquoi donc tous ces scooters qui roulent à vive allure dans les rues piétonnes ou au jardin de ville ? Pourquoi donc la police, nationale comme municipale, ne sévit-elle pas alors que cela se déroule sous ses yeux ?

Que tout le Landerneau politique métropolitain se taise, parce qu’il ne sait pas de quoi il parle. Que tout ce beau monde se mette au travail et se mette à apprendre.

Nous reproduisons une fois de plus notre note sur la sécurité datant de juin 2015 après la fusillade Place Saint Bruno, ainsi que celle où nous comparions l’évolution de la situation dans la métro à celle de « Chiraq », les quartiers Sud de Chicago, en lien ici.

Nous constatons que rien n’a changé, et que c’est bien le fait des élus locaux et non pas de l’État qui, certes avec des moyens insuffisants, fait son travail. Quand nous parlons de l’État, nous parlons de la Police Nationale, de la Gendarmerie Nationale et de la Justice, pas du gouvernement.
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Les événements de ces derniers jours sont graves. Très graves. Passé le moment de l’émotion et de la colère, il s’agit de bien comprendre la responsabilité des élus municipaux. Non, Monsieur le Maire de Grenoble : la sécurité publique n’est pas seule la responsabilité de l’État, c’est également la votre. Et celle de l’ensemble des élus de la Métropole.

Faut-il rappeler qu’il  y a un blessé par arme blanche ou arme à feu presque chaque jour dans l’agglomération grenobloise ? Faut-il souligner que nous ne sommes pas confrontés à des petits malotrus à casquette faisant des grimaces aux bons bourgeois mais à des entreprises criminelles organisées, disposant de moyens importants découlant de leur activités illicites, et dont les membres sont déterminés au point d’ouvrir le feu à l’arme de guerre (AK47, fusils à pompe chargés avec des munitions Brenneke, armes de poing…) sur la voie publique de manière indiscriminée ?

Ces entreprises criminelles sont bien des mafias. Elles en ont toutes caractéristiques. Elles sont en essence communautaires – la communauté étant là définie géographiquement comme le « quartier », le réceptacle d’habitants défini et limité, avec souvent une sociologie qui lui est propre. Elles constituent un système économique parallèle et autonome géré par des organisations hiérarchisées disposant de moyens matériels, humains et financiers; elles maîtrisent à la fois l’approvisionnement et la vente de l’objet du trafic (drogues, armes, deux roues, voitures etc.) et les moyens de blanchir le produit de ce trafic; elles imposent leurs propres lois à leurs membres ainsi qu’aux habitants des zones où elles opèrent. Pas de trafic possible durablement sans contrôle du territoire, contrôle obtenu en terrorisant les habitants qui pourraient résister et en payant grassement des « petits collaborateurs » (dealers, guetteurs, nourrices…) trop facilement séduits par cet argent facile.

La logique économique de ces organisations n’est pas différente de celle du commerce licite. Tout est question de zone chalandise. En clair, pour que le trafic fonctionne, il faut contrôler la montée, l’immeuble ou  le quartier. Les approvisionnements « en gros » peuvent ainsi se faire à moindre risque, tout comme la vente au détail. Le produit des activités illégales peut être sécurisé avant d’être blanchi. Cela permet également le fléchage, comme à Mistral, pour que les acheteurs trouvent les points de vente. Augmenter son chiffre d’affaires et son bénéfice passe donc par l’extension de son territoire.

Le meilleur moyen de lutter conter ces trafics est ne pas leur céder un pouce de terrain, d’être présent et visible, car cela complique les opérations des trafiquants, et protège dans une certaine mesure les populations qu’ils cherchent à contrôler. Cela passe également par un dosage savant de répression, de prévention et de médiation. Sauf que toute prévention et toute médiation est vouée à l’échec quand ceux dont c’est le métier se retrouvent rapidement confrontés à des menaces ou braqués avec des armes à feu.

Quel est donc le rôle des élus municipaux en matière de sécurité?

En vertu de l’article L.2212-1 du Code Général des Collectivités Territoriales, le maire dispose de pouvoirs de police et doit veiller à assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique dans sa commune. C’est une mission polyvalente qui impose au Maire d’intervenir dans le stationnement des véhicules, la lutte contre le bruit, la sécurité des établissements recevant du public, sécurité des activités sportives, la sécurité de la voie et des parcs publics etc. Ce pouvoir peut s’exercer dans le cadre de la police générale ou d’une police spéciale. Ce pouvoir de police ne peut être délégué qu’à un de ses adjoints. Il ne peut pas être délégué à une intercommunalité (la Métro) ou à une société privée, par exemple. La police municipale a la charge de veiller à l’application des décisions du Maire (arrêtés municipaux).

La Police Municipales doit assurer :

  • Le bon ordre. Prévention des incidents lors des rassemblements d’hommes. Un maire doit éviter les débordements qui pourraient survenir à l’occasion des bals et fêtes publiques, des spectacles, des foires, des marchés, dans les cafés, etc.
  • La tranquillité publique. Garantir le repos des citoyens en prévenant les bruits et les rassemblements nocturnes, les attroupements, les disputes et les rixes dans les rues.
  • La sécurité publique englobe à la fois la prévention des accidents, des calamités et des pollutions telles que les incendies, les avalanches et les inondations, ainsi que le danger résultant de la divagation des animaux ou du comportement des aliénés. Elle vise également la police des voies publiques communales (circulation, limitation de vitesse, stationnement, édifices menaçant ruine, etc.).
  • La salubrité publique regroupe les mesures en matière d’hygiène des personnes, des animaux et des choses.

Et, cela tombe bien, le contrôle de l’exercice des pouvoirs de police du Maire effectué par le Juge Administratif est maximal et vise, notamment :

  • L’exactitude juridique. Le juge administratif vérifie si les motifs de décision de police du maire ne sont pas entachés par une erreur de droit ;
  • L’exactitude matérielle. Le juge administratif vérifie l’existence réelle des faits qui ont motivé la décision de police du maire ;
  • La valeur des motifs. Le juge administratif contrôle la valeur des motifs faisant ainsi de l’opportunité de la mesure une véritable condition de sa légalité.  Ainsi, une interdiction n’est légale que si le maire ne dispose d’aucun autre moyen pour maintenir l’ordre public.
  • L’obligation d’agir.
  • L’urgence et les circonstances exceptionnelles. Dans certaines hypothèses, le maire est conduit à agir en urgence ou dans des circonstances exceptionnelles. Le juge administratif vérifie la réalité de ces motifs.

Difficile avec un tel contrôle, de voir émerger des abus car ils sont très rapidement cassés par le Juge administratif.

Certes, le maire ne peut pas tout. Il n’a pas de pouvoir judiciaire, par exemple. Mais  il dispose d’une boîte à outils conséquente, l’autorisant à mettre en œuvre une politique cohérente et complémentaire de celle de l’Etat.

Eric Piolle, Maire de Grenoble ne dit pas la vérité quand il affirme aux habitants du quartier St Bruno que « La sécurité publique, c’est la question de l’État, moi je ne suis pas shérif, ni cow-boy ». Il refuse de prendre ses responsabilités quand il dit qu’il ne peut rien et que la sécurité publique n’est pas de son ressort : elle l’est en matière de police administrative sur bien des sujets.

Le maire a le pouvoir d’augmenter les effectifs de la Police Municipale, tout comme de proposer au conseil municipal d’en armer certains éléments – par exemple les équipes de nuits ou ceux opérant dans des quartiers difficiles. Un plan avait été préparé en ces sens par l’ancienne majorité, des délibérations votées, délibérations que se sont empressés d’annuler Eric Piolle et  Elisa Martin sans pour autant proposer d’autre mesures. La responsabilité en incombe donc pleinement à la majorité municipale présente.

Le maire a le pouvoir de donner instruction à la Police Municipale de patrouiller où et quand bon lui semble – selon un plan de sécurité publique élaboré en coordination avec la Police Nationale et le Préfet, c’est mieux. Il a le pouvoir d’ouvrir des postes de Police Municipale, même temporaires, dans les quartiers qui en auraient  besoin,  en veillant que les Policiers Municipaux bénéficient des équipements de protection nécessaires à l’accomplissement de leur mission.

Le Maire a le pouvoir d’engager des médiateurs qui, en coopération avec les services éducatifs, sociaux, sportifs, culturels et le tissus associatifs peuvent contribuer à éviter que certains cèdent à l’appel de l’argent facile et sombrent dans la délinquance.

Le maire peut parfaitement prendre des mesures qui permettent un meilleur contrôle de l’espace public, dans un but préventif ou répressif. Notamment la vidéosurveillance.

La vidéosurveillance est un outil, et comme pour tout  outil, c’est la manière dont on en use qui détermine son efficacité. Si avancer que la vidéosurveillance fait mécaniquement baisser la criminalité ne se vérifie pas, elle permet en revanche la collecte rapide d’éléments de preuve objectifs et est en ce sens d’une efficacité redoutable pour les enquêteurs. Il est ainsi possible reconstituer très rapidement et précisément le déroulement de faits – d’où et comment (voiture, scooter, marque, modèle, couleur, immatriculation) sont venus les auteurs, combien étaient-ils, combien de tireurs et avec quelle armes, par où ont-ils pris la fuite etc. Et cela sans avoir à procéder à de longues auditions et recoupement de témoignages ou de laborieuses enquêtes de voisinage. Et les fameuses « premières 48 heures » dans une enquête criminelle sont critiques : les chances d’identifier les auteurs deviennent s’amenuisent grandement au-delà de ce délai.

Une meilleure sécurité pour tous passe aussi par des politiques structurelles de long terme, notamment en matière de logement social. Alors que la plupart des projets immobiliers sont à l’arrêt du fait de la volonté de cette majorité, comment reloger ceux dont les logements sociaux vont être démolis ? Comment reloger les 142 foyers de la cité Abbaye alors que le Projet Esplanade est annulé et que celui du triangle Peugeot a été redimensionné à la baisse tout en faisant augmenter la proportion de logement sociaux au point de rendre les lots prévus pour le secteur privé plus difficiles à commercialiser?

La situation est grave – et le Maire de Grenoble semble prendre cela bien à la légère : « il y  a une colère légitime, et cette colère légitime, il est important de l’entendre, c’est fondamental car c’est cela aussi qui permet de sortir de cette politique de coup de menton et de regarder comment on avance de tous les bouts (…) » a t-il déclaré à la presse lors de la manifestation du 21 juin place St Bruno. Quand des individus tirent à l’arme de guerre en pleine place publique, il n’y a rien à co-construire. Il faut agir, avec détermination – ce qui ne s’accommode pas de petits pas. Et pour agir, il faut s’y être préparé. Ce n’est pas le cas de l’équipe de M. Piolle, non seulement en matière de sécurité, mais sur bien des politiques qui lui incombent – force est, malheureusement, de le constater. Rien, depuis un an, ne vient démontrer le contraire. En politique, quand la seule communication remplace une vision claire et des actions déterminées, on arrive vite à des aberrations.

Ce que cette majorité ne semble pas non plus saisir c’est qu’en face, ce sont loin d’être des imbéciles. Tout signal, aussi ténu fut-il, sera exploité. Toute faiblesse, dans les actes et dans le discours, sera considérée comme un blanc seing. Tout abandon de terrain, tout vide, qu’il soit géographique, social, éducatif, culturel, économique sera immédiatement occupé et prendra des années à être reconquis. C’est exactement ce qui se passe depuis un an. Les attaques de biens communs – théâtre Prémol, Club de foot de la Villeneuve, tentative d’incendie de la salle ou se tenait l’Union de Quartier du Village Olympique, du jamais vu à Grenoble – en sont autant de démonstration.

Le rôle du Maire en matière de sécurité publique est de contribuer à contenir ces trafics et leurs dommages collatéraux, d’œuvrer pour qu’ils ne se répandent pas à l’ensemble de la ville avec les moyens qui sont les siens (et qui peuvent être efficaces, comme systématiquement verbaliser et immobiliser les scooter conduits sans casque et/ou sans plaque, ou les conducteurs qui roulent dans les jardins publics  et les rues piétonnes) tout en faisant l’impossible pour extraire rapidement des quartiers en question (voués à partiellement à la démolition) les populations qui y sont prises en otage. C’est là répondre à l’attente des grenoblois. C’est également faciliter le travail du parquet et de la Police Nationale tout en s’assurant que les plus vulnérables d’entre nous ne soient ni stigmatisés, ni abandonnés. La police municipale, par sa présence travaille à cela. Son rôle préventif  et répressif des incivilités est indéniable. La vidéosurveillance, si elle ne prévient pas la commission de crimes et délits, est susceptible d’aider leur élucidation. Pourquoi alors s’en priver, si ce n’est par pur dogmatisme idéologique – ou alors par couardise, en refusant d’assumer pleinement ses responsabilités?

 

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