Le GAM en vacances s’amuse à répondre à Jacques Attali sur l’alliance des extrêmes et des réseaux sociaux

(Ce texte a été rédigé à six mains et approuvés par les 48 autres. C’est à dire rédigé par 3 membres du GAM et approuvé par les 24 autres par pigeon voyageur. Heureusement que nous sommes pas Yakuza, parce qu’alors nous devrions compter en doigts)

La plage et la bronzette en faisant des sudoku sur les bords du Охридско Езеро, c’est vraiment ennuyeux, somme toute. Pas la Macédoine hein! La bronzette juste. Bon: les sudoku aussi.

« L’alliance de l’extrême gauche, de l’extrême droite, et des réseaux sociaux reflète le sentiment croissant de l’illégitimité de l’élite. Elle forme un triangle des extrêmes qui menacera l’existence même de la démocratie », écrit Jacques Attali dans un billet de Blog sur le site de L’Express.

Rotant encore notre Traminec et d’entre nos dents extrayant avec application de la pointe de notre opinel les arrêtes de la truite de midi, nous ne pouvons pas résister à lui répondre. Et après nous boirons une bonne Skopsko Pivo bien fraîche. Et puis ce soir, allez! ,  une bonne SHKEMBE CHORBA (soupe aux tripes) arrosé d’un bon T’ga Za Jug.

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Cher M. Attali,

Votre billet reflète surtout que vous avez quelque mal à appréhender notre époque. Ce n’est pas un reproche ; c’est un constat interrogatif par voie d’impertinence.

Vous exposez une alliance de circonstance entre deux blocs politiques et vous y renvoyez le fait  social, économique et technologique que sont les réseaux sociaux. Vous nous direz, l’alliance entre le biscuit à la cuillère, la fraise et la crème (pâtissière comme chantilly) fait bien une charlotte et serait contre-nature sans une forme de moule et une forme de réfrigération. Mais politique n’est point pâtisserie, aigre-doux empoisonné nonobstant.

Il n’y aucune alliance objective ni subjective entre les « réseaux sociaux » et quelque mouvement politique que ce soit puisque les réseaux sociaux sont ouverts à tous ceux qui respectent leurs conditions générales d’utilisation – c’est justement là leur « business model », celui qui permet la collecte et l’exploitation de données personnelles – certes, de manière éhontée, qui donc appelle à régulation, voir à des mesures antitrust et non pas à censurer les utilisateurs.

C’est bien vous qui avez mis le pieds à l’étrier à Emmanuel Macron (sur les conseils de M. Jouyet) dans la commission qui portait votre nom, non ? Vous l’avez soutenu en 2017, non ? Comme vos « collègues » Pinault et Minc (et bien d’autres encore) qui partagent aujourd’hui votre constat quant à Jupiter.

C’est bien Emmanuel Macron, Président de la République qui est en premier chef responsable de la situation actuelle (NDR: en plein dans le mille notre analyse non? moins d’une semaine après le second tour): l’opposition s’oppose, avec les moyens qui sont les siens auxquels il faut soustraire ceux que le pouvoir lui soustrait. D’où les tactiques obliques.

Lourde erreur de jugement, alors qu’il n’était nul besoin d’être docteur en psychologie pour se rendre compte des aspects dérangeants de la personnalité et du comportement d’Emmanuel Macron. Le seul fait qu’il eût immédiatement monétisé les contacts établis dans cette commission qui portait votre nom aurait pourtant dû vous mettre la puce à l’oreille, non? La sortie sur les illettrés de GAD aussi. Alstom, nous ne vous ferons pas l’injure de le mentionner.

La fonction ne fait que rarement l’homme: pour habiter la fonction il faut s’y être préparé longuement, inlassablement, douloureusement. No pain, no gain. Vous qui avez accompagné Mitterrand dans la conquête puis l’exercice du pouvoir, vous le savez mieux que quiconque.

Il serait bon qu’on arrête de taxer les uns qu’on déteste et les autres qu’on aime pas d’être des dangers pour la démocratie.

Nous honnissons les idées du Rassemblement National, idées que nous combattrons inlassablement. Le RN et ses électeurs ne sont pas pour le moment un danger pour la démocratie.

Idem pour Méluche & sa France Insoumise, ou le NPA et tous les autres gauchistes de service.

L’alliance des deux susnommés démontre au contraire que la fin de la politique prêchée par Jupiter est une sinistre galéjade – et cela n’a rien à voir avec la théorie du fer à cheval.

Ce qui à notre sens menace la démocratie, ce sont aujourd’hui les fondamentalismes religieux (cf. les USA de Trump), en France plus particulièrement les islamistes (et non pas nos concitoyens musulmans) et les zozos de « l’indigénisme ».

Nous rajoutons ces politiciens qui n’hésitent pas à assener que des faits établis sont faux quand ces faits ne font pas leur café.

Nous y rajoutons « l’économisme ».

Nous y rajoutons le clientélisme communautaire.

Enfin, nous joignons que ceux qui menacent la démocratie sont ceux qui nous disent qu’il n’y a pas d’alternative et qui ne doutent pas un seul instant qu’il n’y en ait pas – comprendre d’alternative à eux-mêmes.

Il n’y a pas dans notre pays de rejet de l’élite parce que c’est « l’élite »: il y a un rejet de « l’élite » parce qu’elle semble servir qu’elle-même depuis trop longtemps – ce qui est vrai pour la majorité de cette « élite ».

Laissez-nous vous citer Patrick Boucheron dans « Esprit » de mars-avril 2016:

« Machiavel refuse de considérer que les bonnes lois dépendent de l’existence d’un législateur vertueux. Elles sont dictées par la nécessité, c’est-à-dire, pour l’essentiel, par la discorde : « dans toute république, il y a deux humeurs différentes, celle du peuple et celle des grands » et « toutes les lois qui se font en faveur de la liberté naissent de leur opposition». Voici pourquoi « jamais les États ne s’ordonneront sans danger ». Et voici pourquoi la situation la plus dangereuse, au sens machiavélien, est celle où les puissants sont sans vergogne, c’est-à-dire sans cette honte que suscite la crainte de la colère des autres. »

Nous sommes en plein dedans. Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité parlementaire ne sont que cela, des gens qui « sont sans vergogne, c’est-à-dire sans cette honte que suscite la crainte de la colère des autres. » Nous l’écrivons sans ambages: nombre dans l’opposition ne font ni ne valent mieux.

Ce n’est pas une question d’idée ou de discours, c’est un problème généralisé de comportement de ce qu’il est convenu d’appeler « l’élite ». COMPORTEMENT.

Quant aux réseaux sociaux, ils ne menacent pas la démocratie. Cela ne veut pas dire pour autant que tout y est rose. Ils sont le reflet de notre société, bien plus que l’Assemblée Nationale actuelle est le reflet du peuple français.

Nous comprenons le désarrois de ceux qui avaient le monopole de la parole et de la « vérité vraie », qui ne l’ont plus (ou de moins en moins). On ne peut plus raconter n’importe quoi, on ne peut plus tordre la réalité ou croire pouvoir la former à sa guise et se comporter comme si; on ne peut plus mentir sans qu’un petit malin (vite appelé « troll ») vous débunke en direct. L’argument d’autorité est inopérant.

C’est une excellente chose car les politiques, le grands patrons, leurs « surrogates » et leurs conseillers se doivent d’être sérieux et ne pas parler en l’air. Peu en sont capables. Peu ont la sagesse de faire un grand pas en arrière et laisser cet l’espace aux « gens ». Nous avons vu lors des auditions des deux commissions d’enquête parlementaires sur l’affaire Benalla que ce n’était fort heureusement pas le cas de nombreux hauts fonctionnaires du ministère de l’intérieur, par exemple.

Le problème de Twitter – il faut citer le plus hystérisant des réseaux sociaux – n’est pas ce que le commun des mortels en fait.

Le problème est que ceux qui détiennent la parole publique (toutes chapelles confondues, presse et une certaine haute fonction publique comprises) ne peuvent s’empêcher d’essayer d’occuper en permanence un terrain qui en tout bon sens n’est pas le leur et dont ils n’auront jamais la maîtrise.  « Dans le même temps » – quelle vanité! – ils tentent de contrôler ce qui ne saurait l’être, y compris par le truchement de lois liberticides qu’ils disent dictées par l’intérêt général. Bref, les Précieuses Ridicules 2.0

Les réseaux sociaux, c’est pas la fin de la communication: c’est la fin des communicants! Excellente chose! Jacques Pilhan s’il était encore des nôtres s’en réjouirait.

Cher M. Attali,

Nous avons l’outrecuidance de vous interpeler : et si votre capacité à nous projeter l’avenir était aujourd’hui plus faible qu’il y a 25 ans, parce que vous interprétez peut-être le présent sur les bases du passé (nous le faisons tous) selon des schèmes qui aujourd’hui ont moins cours (consensus de Washington, Europe de Delors aujourd’hui aussi obsolète que morte, situation géopolitique mondiale, « crise » écologique etc.) ?

En clair: et si vous aviez vieilli au point que ne plus pouvoir opérer dans la sphère de l’espistémè ? La sphère de l’abstraction, qui nous guette tous car c’est la rançon de l’âge et le prix du détachement impératif à la sagesse ?

Y avez vous un instant songé? Avez-vous conscience de ce qui pourrait être des biais cognitifs qui invalident en partie vos analyses d’un point de vue opératoire?

Nous posons juste la question. Il n’y a rien de péremptoire. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas lu votre billet avec attention et plaisir.

C’est juste que nous sommes perplexes.

 

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