Start-up nation béate

Mounir Mahjoubi vient de présenter 100 mesures pour les start-up.

Première mesure : « Toute start-up peut demander à tout moment le droit de déroger à un règlement ou une loi en place pour déployer un business model. »

Allez, nous, on va monter une start-up qui s’appellera e-murder.com: une appli mobile qui permettra de commander des tueurs de gages afin de se débarrasser des importuns (femme, mari, collègues, concurrents, enfants, Présidents de la République, ministres, députés, patrons etc.). On pourra choisir le mode d’assassinat qui sera totalement customisable via l’appli.
Nous allons uberiser le meurtre quoi. Et en plus on fera du social car cela permettra de soutenir la reconversion des anciens « Alphas ».

Serait-il possible de déroger au Code Pénal afin qu’on puisse déployer notre business model?

M. Mahjoubi est roue libre totale… Il n’a pas compris qu’il existe ce qu’on appelle des « business conditions », c’est à dire les contraintes sous lesquelles un « business model » doit être développé pour être viable, et qu’elles sont notamment légales et réglementaires! Même aux USA.

Puisque que plus de 90% de la réglementation française est issue du droit européen, il est tout simplement impossible d’y déroger. QED, M. Mahjoubi. (QED = Quod Est Demonstrum, ce qui est utilisé en anglais comme CQFD).

Révision des seuils sociaux? Mais les start-upers s’en foutent ou bien considèrent que le mieux disant social est un plus pour motiver leurs troupes. Si les « bons » partent aux USA c’est parce qu’aux USA les pactes d’actionnaires qui font qu’en France on peut éjecter les fondateurs à très faible coût, non seulement n’existent pas mais sont des délits qui emmènent les investisseurs au trou! Donc les fondateurs ne se font pas spolier par les investisseurs, ce qui est trop souvent le cas en France.

Relèvement du seuil de marché public sans concurrence de 25 000 à 100 000 euros pendant 3 ans? Non seulement c’est pas possible parce que c’est la réglementation européenne mais en plus c’est la garantie d’un gaspillage à large échelle d’argent public et de favoritisme! Ce n’est pas à l’état de financer les tests des start-ups mais bien aux start-ups de le faire.
M. Mahjoubi n’a pas compris ce qu’est une start-up: les startups ne peuvent pas réussir sans investisseurs parce qu’elles ne sont pas en mesure de dégager suffisamment de cash par elle-mêmes et ont besoin d’investissement à court-terme pour créer de la valeur sur le plus long-terme! Pas de chopper des marché publics de 100 000 euros sans concurrence! Nous prédisons d’ailleurs de gros problèmes en matière de droit de la concurrence si cette mesure absurde venait à être mise en oeuvre.

Comment les start-ups vont-elles alors se préparer à l’hyper-concurrence de leur secteur en recevant des marchés publics de gré à gré passés sans aucune concurrence?
Sans compter que comme avec les « associations » d’intérêt particulier à but lucratif touchant d’énormes subventions qui sont la pure expression du clientélisme politique français, on a vite se retrouver avec des fausses start-up, en particulier dans les quartiers, où les élus locaux disposerons alors d’un permis de clientélisme à toute berzingue: on va littéralement pourrir la notion même d’entreprenariat.
Comme le dit si bien Burton Folsom: « un entrepreneur est quelqu’un qui organise et conduit une activité commerciale en prenant sur lui le risque financier, alors que l’entrepreneur politique utilise de l’argent public pour faire du profit, ce qui limite considérablement sa prise de risque. »
La start-up nation de M. Mahjiubi est donc une nation d’entrepreneurs politiques – ce qui ne s’exporte pas.

Un ambassadeur pour l’internationalisation des start-up?  Pascal Cagni, l’ancien VP Europe d’Apple et aujourd’hui président de Business France (tiens donc, c’est pas le truc de Viva Las Vegas dirigé auparavant pas Mme Pénicaud ?). Tout le monde aux USA est déjà plié en deux, parce qu’Apple n’est plus une start-up depuis l’Apple II! Nous serions des gros VCs, nous décarrerions fissa en voyant débouler Business France et la French Tech.

Il sera intéressant de voir ce que quelqu’un comme Carlos Diaz pensera de ce bazar parfaitement absudre. Nous, on parie qu’il va faire des trous dans les 100 mesurettes de M. Mahjioubi au coup de 12.

Ah ben voilà! Carlos Diaz a donné son avis.
« Mes réactions à chaud (des trucs biens, d’autres moins et des trucs bizarres…):
1- rien a battre : la réglementation ou l’administration est le plus petit des obstacles que tu auras a franchir quand tu es une startup…
2- lol : j’ai hâte de voir la tronche des correspondants et je leur souhaite bon courage dans leur tâche. Le job a l’air aussi excitant qu’un boulot de temoin de Jehovah…
3- tuyauterie : sans doute utile mais là aussi un entrepreneur qui restreint sa croissance a cause des effets de seuil n’est pas un vrai entrepreneur…
4- en voila une bonne idée : c’est un outil INDISPENSABLE a la croissance et la BPI est a priori le bon acteur pour sa gestion
5- bon courage… : c’est comme demander aux bouchers de labelliser les menus végétariens de la cantine
6- enfin!! : il était temps d’assouplir le modèle kafkaïen et particulièrement subversif des marches publics
(NDR: M. Diaz se plante complétement là! Les marchés publics, c’est l’UE certes, mais surtout l’OCDE et le GAFI. Aux USA ils sont encadrés de manière encore plus stricte qu’en Europe. Mais bon, il ne peut pas tout savoir et les start-up c’est rien dans la commande publique, qui reste dans son immense majorité tout ce qu’il y a de plus traditionnelle, routes, bâtiments etc.)
7- pourquoi parler de tensions? : pour moi c’est juste adapter l’offre à la demande…
8- super!!! : l’immigration des talents est la clé d’un écosystème dynamique
9- euh… : ca sent le palmarès à la noix cette histoire, je reste dubitatif… Je propose que Challenges se charge du classement.
10- yeah!! : ca fait longtemps qu’on le dit chez The Refiners, get out of the pond!
(NDR: mais le faire avec l’Etat, c’est ridicule. On revient au système inefficace de la DREE. Si on est pas capable de le faire seul, alors c’est pas l’état qui va y changer quelque chose)

Elève Mahjoubi,  vous êtes un cancre! Au piquet!

Votre usine à gaz ne répond absolument pas à des impératifs de développement technologique ou économique, mais juste à une appropriation politique clientéliste. D’autant qu’il existe déjà tout un paquet de dispositifs fort bien dotés de soutien à « l’innovation », qui, nous vous le rappelons, est un fait somme toute très rare. L’innovation n’est pas la norme.

Échec garanti. Aux frais de la société et du contribuable.

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