De la nocivité de la bourgeoisie « culturelle », aussi connue sous le vocable de « bobos »

Constat lapidaire et dramatique de Louis Maurin, directeur de l’observatoire des inégalités.

Pas mieux. Et c’est dramatique.

Extrait:

« Si l’hypocrisie existe en matière d’inégalités sociales, elle vient donc de la gauche, et plus précisément d’une forme de « bourgeoisie culturelle ». Diplômée [3], elle occupe les centres de pouvoir au niveau national comme au niveau local, dans l’univers politique, médiatique, associatif ou professionnel. Cette bourgeoisie culturelle vote le plus souvent à gauche, parfois jusqu’à l’extrême. Mais tout en tenant un discours très virulent contre les inégalités, elle s’intéresse surtout à l’école de ses enfants (la reproduction des inégalités dans le temps), à ses loisirs (la maîtrise de son temps) ou à son environnement (bien manger, bien respirer, etc.). Le sort des ouvriers qui travaillent à la chaîne ou des caissières n’est pas vraiment son problème. Elle célèbre la « mixité » (sociale, ethnoculturelle, etc.) tant qu’elle s’applique aux autres catégories et n’envahit pas ses quartiers.

Pour défendre leurs privilèges, ces bourgeois culturels jouent sur plusieurs registres, qui peuvent être différents en fonction de leur position, plus ou moins à gauche. Tout d’abord, ils mettent en avant les inégalités qui ne bousculent pas leur pouvoir en tant que groupe social : écarts entre les sexes, les générations, les inégalités territoriales et les discriminations. Redécouvertes, ces « nouvelles inégalités » envahissent les discours et occupent le terrain pour faire paravent aux inégalités entre groupes sociaux. Ensuite, cette bourgeoisie de gauche joue les victimes. La dramatisation des discours qu’elle tient, autour de la crise et de la précarité, a une fonction. Si précarité, déclassement, mauvaises conditions de travail et chômage touchent tout le monde, ils ne touchent plus personne en particulier. Quand la crise est partout, elle n’est nulle part. Les « vrais » riches, les profiteurs, ce sont ceux qui se situent un cran au-dessus d’elle en termes de niveaux de vie, une poignée d’ultra-fortunés capitalistes qui maîtrisent le monde (les fameux 1 % les plus riches) et qu’elle déteste (tout en faisant partie de ces 1 % les plus riches au niveau mondial). Son ennemi lui vient aussi de l’extérieur, notamment de la « mondialisation capitaliste » emmenée par ces super-riches. Enfin, une part croissante de ces privilégiés est sensible aux discours xénophobes sur l’incompatibilité culturelle d’une partie des immigrés [4] (les Arabes et les noirs, disons les choses clairement) et l’exprime plus ou moins ouvertement. »

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