Macron? Une décision? Oh que non!

Toute la presse, de Médiapart au Figaro encense Jupiter pour sa « foudroyance » dans la décision.

C’est forcément suspect. Regardons plus avant quelles sont les décisions qui ont été prises dans le dossier NDDL et par qui (nous traiterons de l’histoire récente du projet, nous n’allons pas remonter jusqu’aux années 60).

Mais avant de lancer dans une brève chronologie, qu’est donc une décision?

De manière générale, une décision est « le fait d’un acteur (ou d’un ensemble plus ou moins cohérent d’acteurs) qui effectue un choix entre plusieurs solutions susceptibles de résoudre le problème, ou la situation, auquel il est confronté ».
En stratégie, une décision est « est d’abord un courage opposé constamment aux détracteurs, appliqué à une situation d’incertitude, se révélant perspicace dans la capacité à anticiper et réactualisé constamment pour s’adapter aux aléas de l’adversité. »

Le vrai coup d’accélérateur fut donné en en 2008 avec le dépôt de la déclaration d’utilité publique et surtout en 2010 quand la concession pour la construction et l’exploitation pour 55 ans de NDDL fut octroyée à la société AGO (Aéroport Grand Ouest), dont l’actionnariat est privé à 85%, le reste étant public ou parapublic. Vinci détient 58% de cette société.
En 2008 et 2010, ce n’est pas Macron qui a pris ces décisions.

De 2008 à 2017, il y a eu 179 décisions de justice rendues, dont la principale est celle du Conseil d’État qui valide en cassation la légalité de la Déclaration d’Utilité Publique de NDDL.
Ce n’est pas Macron qui a pris ces décisions.

Le 26 juin 2016 fut organisé un référendum local appelant tous les citoyens du département concerné par NDDL à donner leur avis, pour ou contre la construction de NDDL. Le « oui » l’avait emporté avec 55,17%.
Ce n’est pas Macron qui a décidé d’organiser ce référendum.

La déclaration d’utilité publique du projet a « une date de péremption » au 8 février 2018, après laquelle si le projet n’a pas effectivement commencé, il faut tout reprendre de zéro.
Ce n’est pas Macron qui a pris la décision de fixer cette date buttoir mais la loi qui pose une durée maximale de 1à ans des déclarations d’utilité publique. Celle de NDDL fut déposée en 2008.

Emmanuel Macron et Édouard Philippe étaient dans la situation suivante: le seul choix possible était en fait de maintenir le projet, puisque le fait ne pas prendre de décision le tuait dans l’œuf quoiqu’il arrive avec exactement les mêmes conséquence que de l’annuler, avec exactement le même « outcome’ comme on dit en théorie des jeux, à savoir l’obligation de faire un énorme chèque au concessionnaire.
On vous confirme sans l’ombre d’un doute que quand on est dos au mur, la seule option existante est d’avancer (faire un pas de côté vous fait rester dos au mur).

Nous voyons donc que la « décision » d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe est aussi courageuse et déterminée que celle de ces français qui devinrent résistants le 06 juin 1944 alors que la France n’était pas encore libérée!

Nous verrons plus bas que cette « décision » qui n’en est pas une, ne vise au maintien au gouvernement d’un ministre incompétent – Nicolas Hulot – et accessoirement à éviter que les médias ne filment des affrontements entre forces de l’ordre et zadistes qui auront de toute manière lieu.  Ca faire cher le ministre!

Mais alors pourquoi donc la « presse » couvre t-elle de louanges le couple exécutif?
Pour une raison fort simple: cette fascination française aussi atavique que  « microcosmesque » pour la combine de coulisse, la « magouille », parce que la stratégie c’est toujours plus difficile à comprendre et surtout ne saurait se passer d’une analyse minutieuse des faits. C’est fatiguant – et risqué.

On entend  déjà  la cour clamer en cœur au génial coup de communication, au sens de la manœuvre et tout et tout. Même le coup de com’ n’est pas encore garanti. Voilà pourquoi.

1 – Les zadistes ont déjà signifié qu’ils n’évacueraient pas la ZAD. Autant dire que d’ici le 31 Mars, aucune solution ne pourra être trouvée, parce que même un truc façon Larzac avec bail emphytéotique pour exploiter les terres détenues par l’État et le Conseil Départemental (qui sera peu enclin à faire un deal là dessus à moins qu’on lui – c’est à dire l’État – rachète ses terrains au prix fort) est inatteignable dans ce délai. Le 31 mars, on ressort les grenades offensives, donc.

2 – Le coût de la rupture du contrat de concession va être astronomique et en faire déchanter plus d’un. Au bas mot 3 milliards d’euros – et non pas 350 millions comme l’avance cet ineffable « santon mou » de Christophe Castaner.

Selon l’article A81 du contrat de concession, l’indemnité de rupture se calcule en fonction des financements mobilisés, des frais de résiliation des emprunts, des frais déjà engagés et, surtout, du manque à gagner des actionnaires  – donc des bénéfices non percus –  de la société AGO  – des actionnaires privés (85 %), la CCI de Nantes – Saint-Nazaire (10 %) et l’entreprise ETPO (5 %). La rémunération des actionnaires est basée sur un plan d’affaires qui prévoit la rentabilité, année par année, pendant les cinquante-cinq ans de la concession, ce qui d’après nos calculs aurait généré un bénéfice total de 2,8 milliards d’euros, auxquels il  fait rajouter toute sorte de frais annexes.

Nous avons tous à l’esprit l’annulation de l’écotaxe, dispositif pourtant européen, et de la rupture du contrat avec la société concessionnaire autrichienne Ecomouv qui a vraisemblablement coûté plus de 2 milliards d’euros, facture salée que la Cour des Comptes, alors que c’est pourtant sa mission, s’est bien gardée d’éplucher.

Puisque Didier Migaud, le Président de la Cour des Comptes, a été député de l’Isère pendant 21 ans et que nous le connaissons, nous l’interpellons donc en langue de par chez nous :

« Oh Didier, qu’est-ce t’en dit? Tu vas pas nous faire ton bazut et laisser pétafiner l’étude de ce que coûtera la rupture du contrat de NDDL, parce qu’il s’agit de notre argent, à nous les contribuables, c’est pas beziquer! »

3 – En ce qui concerne les délires écolo-bobos zadistes révolutionnaires de salon « on a inventé une nouvelle manière de vivre » qui va mettre un terme à « l’artificialisation des terres », il serait bon de mettre très vite la pédale douce. Voilà ce que dit quelqu’un sait vraiment de quoi il parle, parce que Nantais et spécialiste de l’urbanisme:

« Tous les trois ans, la Loire-Atlantique perd un NDDL en artificialisation des terres, notamment parce que l’actuel plan d’exposition au bruit empêche la densification au cœur de la métropole nantaise (venez donc à Rezé, Bouguenais, Saint-Aignan ou sur l’île de Nantes, vous comprendrez la réalité du problème). Avec l’accroissement prévu de l’aéroport actuel, ce problème va s’amplifier et un jour, on aura des lotissements à Notre-Dame-des-Landes (bien sûr d’ici là on aura perdu 3 NDDL, puisqu’entre les études, les recours, les procédures, l’agrandissement de Nantes-Atlantique n’est pas pour demain). Ce projet avait été pensé et conçu en 2008 (date de la DUP), rien à voir avec les années 60. Donner crédit à Bové, qui est à l’origine de la ZAD (je le revois avec Eva Joly venir démonter lui-même les scellés mis en place par le département sur des fermes légalement acquise) en rajoute une couche. Moralité, l’une des métropoles les plus dynamique de France se trouve tributaire d’une infrastructure vieillissante, dont la modernisation est loin d’être acquise, dont l’agrandissement ne fera que repousser le problème, qui se trouve déjà saturée, qui génère de l’étalement urbain et des nuisances pour des dizaines de millier de personnes. « 

Quant à l’agrandissement de l’aéroport actuel:

« On ne peut pas élargir l’aéroport existant. Entre une zone natura 2000 et des villes de banlieue au cadastre morcelé en milliers de parcelles… ce n’est pas possible. Il sera possible, pour une somme à peu près équivalente à la construction de NDDL d’en augmenter la capacité, mais cela ne règlera pas le problème du bétonnage continu des terres maraichères autour de la ville… »

Une victoire pour l’environnement? Pas vraiment, à un coût pharaonique pour l’ensemble de la société. Parce que la Loire Atlantique, ce n’est pas le Larzac, bande de gougnafiers (oui, c’est encore du dauphinois).

 

 

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