Charlie ou pas Charlie?

Ce débat commence à sérieusement nous les briser, pour écrire poliment.

La liberté d’expression ne se négocie pas et comprend, selon la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme les propos blessants, choquants, dérangeants voir inquiétants.

Ce qui suit n’est pas de la provocation, mais l’exposé de la stricte réalité.

Soyons clairs: chaque individu à la liberté de dire exactement ce qu’il veut. En revanche, certains propos sont réprimés par la loi et la justice part du principe qu’un individu est « doué de raison et de conscience » (article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme), en conséquence de quoi une infraction est le résultat d’un choix (par exemple boire et conduire. Rien de vous empêche de boire, mais conduire torché est un choix individuel que l’individu doit assumer pénalement). D’ailleurs, quand il s’avère qu’un individu n’a pas conscience de ce qu’il fait, il est déclaré irresponsable pénalement et c’est la psychiatrie qui prend le relai.

La loi n’interdit pas de proférer des propos racistes, antisémites, homophobes etc. La loi réprime ces propos une fois qu’ils ont été tenus. Celui qui les profère doit alors en répondre au nom du droit (vous savez, cette ensemble de règles écrites qui régit la société?).

En clair, la loi n’interdit pas, par exemple et histoire de bien mettre les pieds dans le plat, de nier le génocide des juifs européens par les nazis et leurs zélotes durant la seconde guerre mondiale, génocide qui est un fait historique avéré et ayant donné lieu à des condamnations au Tribunal de Nuremberg. La loi dite Gayssot modifiant la Loi Pleven de 1972  dit que celui qui le fait commet un délit passible d’une peine d’emprisonnement, d’une amende et des peines complémentaires rattachées.

De manière plus prosaïque, une interdiction de stationner ne vous interdit pas de stationner. Le faire vous expose à la sanction d’un acte que vous avez commis librement.

La nuance est de taille: interdire et condamner au terme d’une enquête et d’un procès contradictoire ne sont pas la même chose.

Croire que la loi peut interdire aux gens de penser ce qu’ils pensent, y compris les pensées les plus nauséabondes est parfaitement illusoire. Ce n’est pas par loi que cela se combat.

Le droit et la justice ne jugent pas de morale, mais de faits, puisque la morale est déjà incluse dans le droit qui définit ce qui est « mal » – Le code pénal ne définit que ce qui est punissable, que ce qui peut être réprimé au nom de la société.

C’est pour cela qu’en matière de liberté d’expression, seul le juge peut trancher et la justice agit à postériori, car agir à priori est une impossibilité. D’où l’argutie totale du « délit d’outrage sexiste immédiatement verbalisable » et de la loi sur les fake news voulus par Emmanuel Macron.

Ce liminaire fait, être Charlie c’est tout simplement refuser le meurtre et la violence comme sanction  infligée par tous ceux qui s’autoproclamant juges, parties et bourreaux au nom d’une croyance ou d’une idéologie (c’est en fait la même chose car une idéologie n’est qu’un système de croyance, d’idées) quelles qu’elles soient, sanction considérée comme légitime au nom de dieu ou de d’autre chose par ceux qui l’infligent et qui, ce faisant, se placent au dessus des lois de la République qu’ils considèrent comme nulles et non avenues.

Charlie est un symbole de cela, sa rédaction massacrée par des fous  parce qu’elle avait osé rire de leur religion et se moquer de ses intégristes. L’Hypercasher fut attaqué et 4 personnes tuées parce que suspectées d’être juives.
On n’exige de personne de dire qu’il est Charlie. En revanche mettre un point d’honneur pour de différencier, pour s’identifier à dire qu’on n’est pas Charlie en ce triste anniversaire est lourd de conséquence.

Nous nous ferons tuer sur place plutôt que d’accepter qu’on ne puisse pas dessiner le prophète chevauchant un verrat une bouteille de Jack Daniel’s à la main, un curé en train de peloter un scout ou un juif hassidique rajoutant une boule à ses deux guirlandes en période de fêtes de fin d’années!
Non mais!

Personne n’a à épargner la sensibilité de personne, où plutôt le faire relève d’un choix personnel, de la convention sociale qu’on appelle la politesse, et la conscience qu’a chaque individu des sanctions auxquelles il s’expose s’il tient des propos réprimés par la loi.

Ainsi va la vie en société: les autres parfois nous blessent et parfois nous blessons les autres.

Cela dit, Caroline Fourest a raison quand elle dit que « Les je-ne-suis-pas-Charlie- finiront comme tous les perdant de l’histoire », mais pas forcément pour les raisons qu’elle invoque.

Ceux là perdront surtout parce qu’ils posent en principe sous des prétextes erronés qu’on devrait épargner, apporter un traitement spécial à une partie de nos concitoyens au motif de leur croyance, de condition sociale, de leurs origines qu’ils n’ont pas choisi (pas plus que personne d’autre d’ailleurs). Ils prônent une rupture d’égalité de traitement et pour certains une rupture d’égalité de droit. « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » pose la Déclaration universelle des droits de l’Homme. EGAUX EN DROITS.

 

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