Tarbanak’ d’câlisse d’ciboire!

Lire cet article de Place Gre’net

Un « expert » canadien qui n’avait pas encore passé son doctorat en 2016 avec une thèse dans le titre de laquelle on trouve tous les poncifs  » L’écologie politique de la ville : vers une démocratie urbaine, délibérative et écologique », n’est certainement pas un expert! L’expertise, cela s’acquiert au cours de dizaines d’années d’action et de recherche, certainement pas le temps d’un doctorat passé en 2 ou 3 ans dans un cursus total de 7 à 8 ans!

Ensuite, la charge idéologique de ce monsieur, dans la plus pure ligne bien pensante, politiquement correcte et prétendument libertaire obsédée par les « communs » – donc le communautarisme si bien incarné par Justin Trudeau – ne l’autorise pas à formuler un avis informé, certainement pas en n’ayant fait qu’écouter certains habitants de la Villeneuve, toujours les mêmes, eux-mêmes très politisés – on n’en dénombre par ailleurs que 15 sur la photo, tous ayant dépassé la quarantaine (ils sont où les jeunes?) alors que la Villeneuve c’est un peu plus que ça ! On reste encore dans ce délétère entre soi.

Quant on lit: « Cela peut sembler utopique, mais les utopies sont déjà réalisées dans plusieurs villes à travers le monde (NDR: lesquelles?). Ce qui manque, comme souligne le philosophe John Holloway (Viva El Delegado Zero – le sous-commandant Marcos), c’est de penser la fédération des initiatives, c’est-à-dire « ces résonances et leur mise en réseau comme une grande vague de rage qui avalerait à la fois le capital et les vieilles institutions de médiation qui l’ont protégé pendant si longtemps »« , on hurle à la novlangue et on confirme que c’est non seulement utopique mais également totalitaire sur les bords, car qui nous dit que la majorité de nos concitoyens veulent (a) une grande vague de rage et (b) la fin du capital et des structures de médiations traditionnelles?
La Villeneuve, ce n’est pas une minorité ethnique de paysans sans terre du Chiapas!
C’est pas un peu fini de penser à la place des gens, qui ont la liberté d’user leur libre arbitre, y compris de choisir de vivre dans « l’erreur »?

Ce que les « intellectuels » prétendument engagés ne comprennent jamais, c’est que leurs grandes exhortations se fracassent toujours sur un irrédentisme humain: celui qui ne comprend pas qu’il vieillit plus vite que le monde change est fou.

Non pas que ce que dise M. Durand Folco soit inintéressant d’un point de vue théorique – rien n’est inintéressant d’un point de vue théorique, c’est au pire « mundane » – mais c’est un philosophe – ce qui n’est pas non plus inintéressant – qui ne se préoccupe donc que de concepts et dont les méthodes de recherche ne relèvent pas de celle des sciences sociales, par nature empiriques et basées sur des observations qu’on s’attache à mesurer et à sérier. En clair, la méthode de Foucault n’est pas celle de Bourdieu, et Bourdieu est beaucoup plus utile et opératoire car il s’est attaché par la méthode scientifique à analyser un nombre suffisant d’observations pour pouvoir généraliser et tirer des conclusions reproductibles sur la base de ses préjugés. Un philosophe n’est pas un scientifique.

Ce que dit M. Durand Folco à propos de l’ANRU est parfaitement faux et démontre qu’il n’a aucune compréhension de la situation ni de comment fonctionnent les choses!

L’ANRU n’impose rien, elle sélectionne et finance des projets de rénovation urbaine proposées par les collectivités au titre de la politique de la ville et qui oui, doivent répondre à certains critères (on ne fait pas n’importe quoi n’importe comment) et inclure des volets socio-éducatifs, culturel, d’activité économique et d’emploi etc. le tout avec un très grosse dose de concertation.

Et nous rappelons à M. Durand Folco que la concertation, la participation citoyenne non seulement fut l’une des pierres angulaires de la révolution française, mais à surplus été inscrit dans la loi dès 1810 par l’exigence de l’enquête publique, soit 57 ans avant que la Confédération du Dominion du Canada ait vue le jour – lire que le Canada cesse d’être une colonie de l’Empire Britannique et acquiert son indépendance même si on chef de l’Etat reste formellement la Reine d’Angleterre. Ce principe de l’enquête publique a été largement repris dans la législation européenne (notamment dans la convention d’Aarhus, oui, celle qui pose les droits environnementaux) et sur lequel sont venus se greffer d’autres outils –  les outils, ils sont ce qu’on en fait et la qualité de ce qui est produit dépend uniquement de l’habileté de ceux qui les utilisent.

Soyons clairs: c’est aux élus à qui il revient de garantir, de faire vivre et d’opérer la démocratie locale, pas à l’agence de l’État qu’est l’ANRU qui une fois encore ne conçoit pas le projet et n’en est pas le maître d’œuvre!

C’est justement là où le bât blesse et que les responsabilités sont à trouver. Si cela ne fonctionne pas à Grenoble, c’est parce que les élus n’ont pas la volonté réelle de démocratie locale, ou plutôt ne tolèrent que la démocratie locale qui leur convient, forme ultime d’un clientélisme mâtiné de récupération politique. Si les projets ANRU sont gérés de manière catastrophiques à Grenoble, c’est parce que la municipalité grenobloise dès son élection, par un mélange d’égotisme et de clientélisme, a cédé à la pression d’un tout petit nombre, retardant ainsi un projet sans doute pas parfait (la perfection n’est pas de ce monde) qui avait déjà été concerté et qui aurait, quoiqu’on en dise, bénéficié à la plupart, même si certains bazuts, toujours les mêmes, ne seront jamais contents. Et cela fut fait avant que la compétence d’urbanisme fut transféré à la Métro, par le changement « pour des raisons politiques » d’architecte urbaniste décidé par la Municipalité, alors que le nouveau a fini par reprendre l’ensemble du travail de son prédécesseur y compris toute la concertation qui avait été effectuée pendant plusieurs années, ce qui a causé plus de 3 ans de retard et presque la perte des financements! Sans compter que la Métropole est effectivement une institution se situant en dehors d’un contrôle démocratique acceptable et dont les dysfonctionnements sont patents, et sont bien le fait des élus, qui sont les mêmes que ceux des communes la composant.

Que M. Durand Folco demande à son hôte, la municipalité grenobloise, les éclaircissements dont il a besoin. Mme Olmos, rencontrée aux « fearless cities », pourra lui fournir un gros paquet de données puisqu’elle est en charge du contrôle de gestion.

En ce qui concerne la Villeneuve, ce que M. Durand Folco ne comprend pas c’est que cette architecture est tellement nocive en elle même (il n’y a pas grandi, certains de nos membres si), que ce quartier a atteint un tel niveau de pourrissement qu’il y a urgence à agir et de parer au plus pressé, c’est à dire améliorer le plus rapidement possible les conditions de vie des habitants et de reconquérir ce qui est une zone de non droit. Ce qui laisse, avec un projet qui aurait déjà du voir le jour il y a 3 ans parce qu’il était dans les clous, concertation comprise, somme toute assez peu de temps pour la concertation et certainement pas pour ce groupuscule qu’est l’atelier d’urbanisme populaire. Il est parfaitement illusoire de laisser des habitants  – une fois encore, une minuscule minorité d’habitants très politisés – définir le cahier des charges et gérer deux projets, ANRU 1 et ANRU 2 totalisant près d’un demi-milliard d’euros et concernant plus d’une dizaine de milliers de personnes. Même au Canada, personne ne fait cela! Et ces projets seront bien évidemment soumis à enquête publique au cours de laquelle tous les grenoblois pourront librement s’exprimer.

Quant à la sempiternelle et pénible référence à Barcelone, ce que M. Durand Falco oublie c’est que cette ville a subi un « traumatisme » d’une violence inouïe à la fin des années 80 lors de la préparation des JO de Barcelone, qui marqua le début de la spéculation immobilière effrénée qui a conduit l’Espagne dans le fossé en 2008,  « traumatisme » par lequel la ville a été restructurée à la schlague, ce qui ne fut pas le cas de Grenoble, ville dont les JO de 1968 ont justement posé les bases du développement contemporain, y compris cette erreur que fut la Villeneuve! Les habitus n’y sont pas non plus les mêmes: à Barcelone, on vit dans la rue, dehors. Pas à Grenoble. Et ces deux villes ne sont  comparables ni dans leur taille, ni dans leur histoire, ni dans leur rôle (Grenoble n’est pas la capitale économique de la France).

Nous imaginons la réaction de nos cousins canadiens si certains de nos membres compétents débarquaient – allez, au hasard – dans les quartiers déshérités et ravagés par les drogues dures de Vancouver ou de Winsor, plaques tournantes du trafic de drogue en Amérique du Nord, expliquer comment résoudre le problème. Nos cousins canadiens monteraient dans la gratte (le chasse-neige) et nous rouleraient dessus incontinent. Et ils auraient raison.

Si M. Durand Folco est intéressé par la Villeneuve comme sujet de recherche, qu’il vienne donc passer une année de post-doc faire une étude sérieuse selon une méthodologie éprouvée aboutissant des résultats reproductibles et vérifiables.

Sinon, tout cela n’est que posture égotique, même si nous devons dire à la décharge de M. Durand Foclo que si nous subissons aujourd’hui en France de jeunes « intellectuels » hipsters anglo-saxons, c’est parce que nous avons nous-même fait subir à l’Amérique du Nord un certain nombre des nôtres dans les années 70.

Le texte sans le contexte, cher M. Durand Folco, c’est con. Même si nous vous écoutons avec un intérêt qui n’est pas feint.

Ah oui: meilleurs vœux pour 2018.

 

 

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