Nos vœux au Président de la République: puissiez-vous en 2018 arrêter de nous prendre pour des buses

Emmanuel Macron annonce avec tambours et trompettes et cérémonie de signature de loi façon POTUS (ce qui est d’un ridicule consommé et n’est pas dans la tradition française, régime semi-présidentiel et séparation des pouvoirs obligent. C’est le gouvernement qui gouverne et l’Assemblée Nationale qui fait les lois, pas le Président de la République) la fin de taxe d’habitation pour tous les français en 2020, et « dans le même temps » il cherche à nous dissimuler le fait que les prélèvements obligatoires augmenteront de manière gigantesque dès demain, le premier janvier 2018, notamment à cause de l’augmentation du taux de la CSG de 1,7%, soit une augmentation réelle de 20% d’un impôt non progressif calculé sur la base des revenus bruts (lire la fiche de paie avant déduction des cotisations sociales, ce qui est dans les faits une double imposition puisque cela revient à subir un prélèvement sur ses cotisations sociales en sus de les avoir payées) et touchant l’ensemble des français, quelque soit leur situation: employés, indépendants, chômeurs, retraités. Il déclare la continuation de la « transformation profonde » du pays sans préciser en quoi, tout en promettant du social, le tout sur un ton qui se situe entre celui de copain de comptoir de Sarkozy et celui de curé de campagne de Hollande.

Il nous affirme également que cette augmentation de la CSG sera compensée par la baisse d’autres prélèvements, ce qui est un gigantesque mensonge. Restons avec l’exemple de la taxe d’habitation, dont près d’un tiers des français les plus modestes sont déjà exemptés, qui sera supprimée selon ses dires au premier janvier 2020 – nous attendons donc les décrets d’application illico presto dans le courant du mois de janvier – alors que la CSG elle augmentera de 20% dès demain, le 1er janvier 2018. La CSG représente une recette fiscale de l’ordre de 100 milliards d’euros par an , auxquels viennent d’être rajoutés 20 milliards, qui ne seront pas compensés complétement par des baisses d’autres prélèvements pendant 2 ans (nous posons le cas où la taxe d’habitation sera effectivement supprimée en 2020 alors que rien n’est moins sûr)!

Ce n’est pas nous qui le disons mais Nicolas Beytout, Directeur de L’opinion, qu’on ne peut pas taxer d’être un opposant farouche aux politiques que mène Macron, son gouvernement et qu’enregistre béatement, parfois en faisant des vers, la majorité LREM à l’Assemblée.

Pis! L’INSEE, notre statisticien national, indépendant par statut du pouvoir exécutif pour des raisons de crédibilité de ses statistiques et de ses analyses, dans sa note de conjoncture, souligne que l’augmentation de la CSG ainsi que celle de la TIPP sur le diesel, la « taxe soda » et toutes les autres mesures, vont diviser par trois l’augmentation du pouvoir d’achat des français en 2018. ET v’la t-y pas qu’on exige à Bercy (donc à Matignon et à l’Élysée) de l’INSEE un communiqué rectificatif alors que cette sérieuse et vénérable maison n’avait fait que constater des faits avérés découlant de décisions du PR et du gouvernement matérialisées dans la loi de finance, puis analyser leur impact sur l’économie. C’est proprement scandaleux. Ce sont des méthodes de ronds de cuir incompétents et peu courageux, qui plutôt que d’assumer la réalité de leurs actions, préfèrent la caviarder parce que cela leur permet de rester dans leur petite zone de confort de eur tour d’ivoire, le tout naturellement au nom des intérêts supérieurs de la Nation, qui ont toujours bon dos. Nous sommes là dans le paraître, pas dans l’être et certainement pas dans l’action. Celui qui exhorte au sacrifice patriotique après avoir déclaré durant sa campagne que la culture française n’existait pas, a déjà perdu.

Toujours d’après l’INSEE, l’augmentation des prélèvements obligatoires réelle représentera au bas mot 5 milliards d’euros en 2018. C’est là l’exact équivalent de ce coûtera la suppression de l’ISF et la « flat tax » sur les revenus du capital. Et si nous avons bien compris l’affaire, cela devrait aller en s’aggravant les années suivantes, puisque le coût des baisse d’impôts pour les plus, par effet cumulatif, devrait augmenter.

Outre le fait qu’on voit un pouvoir exécutif insincère qui dépense une énergie folle pour n’être tenu responsable par nul de ses décisions de politique publique, penchons nous rapidement sur les conséquences de la politique économique menée par Macron.

Premier constat: Emmanuel Macron commet exactement la même erreur que François Hollande qui, déjà conseillé par le même Emmanuel Macron , avait augmenté les prélèvements obligatoire en 2012 mais de manière plus honnête, transparente et assumée, par l’impôt sur le revenu. S’il avait eu la main moins lourde sur la classe populaire et surtout sur la classe moyenne, il avait toute même cassé ainsi un début de reprise économique timide. La croissance provient d’une augmentation de la demande, de la consommation et de rien d’autre. Quant on réduit « dans le même temps » l’augmentation du pouvoir d’achat et la dépense publique, on ne favorise pas la croissance. Quant à l’emploi, il va falloir qu’on comprenne un jour que ce n’est pas l’investissement qui le déclenche mais le carnet de commande des entreprises: on embauche pour répondre à une croissance de la demande, et pour nulle autre raison, tout comme on investit pour augmenter sa capacité de production, sa productivité ou renouveler son capital afin de répondre à une demande.

Deuxième constat: cette hausse de la CSG vise en premier chef à financer la suppression de l’ISF et la « flat tax » sur les revenus du capital. Il s’agit donc d’un transfert de la majorité des français vers la minorité la plus riche. On appréciera donc l’effort gigantesque demandé aux ménages pour financer des baisses d’impôts pour ceux très peu nombreux qui ne consomment pas la plus grande partie de leurs revenus, et donc participent moins à la croissance. On rappellera la théorie de la croissance du travail utile, développée il y a moins de 10 ans en France, à l’INSEAD, par deux économistes anglo-saxons, Ayres et Warr, à fins d’illustration.

Troisième constat: Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité faillent à mener une réflexion réelle et réaliste sur une réforme des deux éléments du policy mix qu’ils contrôlent pleinement: la politique budgétaire et la politique fiscale.

  • On voit que sa prétendue réforme fiscale n’en est pas une puisque qu’elle n’est que transfert des uns, la plupart, vers les autres, les plus riches et vers les entreprises (nous avons tous en mémoire cette absurdité qu’est le CICE, encore un transfert du contribuable français vers les entreprises cette fois ci, et dont l’impact sur la croissance et l’emploi est nul). En fait, rien dans la nature et la structure même de l’imposition, rien dans sa philosophie n’est modifié. C’est un simple jeu de vases communicants. Bref, la croisière s’amuse.
  • On voit qu’en matière de contrôle des dépenses publiques, tout ce beau monde n’a pas la première idée de ce qu’il fait et se comporte en (mauvais) inspecteurs de finances, taillant là où on croit qu’il y aura le moins de résistance parce que ceux concernés n’aurons pas les moyens de résister. Nous ne parlerons pas des 80 milliards d’euros annuels causés par l’évasion fiscale, ni des 30 à 40 milliards que coûtent les magouilles et la corruption (au sens large, du trafic d’influence à la concussion) sur les marchés publics (tous pouvoirs adjudicateurs confondus qui donnent lieu à de beaucoup trop rares poursuites. Nous ne mentionnerons pas non plus les velléités d’achat un nouvel avion présidentiel alors que l’existant n’a pas 10 ans et suffit largement à sa tâche. Par ailleurs, il serait moins coûteux de faire comme Angela Merkel, qui affrète un avion chaque fois que nécessaire.

Quatrième constat: quant à l’Europe, la « refondation » qu’appelle Macron de ses vœux et qui n’est en fait qu’une tentative d’avoir une Europe à sa taille, c’est plié,  c’est mort, nous vous avons déjà expliqué pourquoi. C’est en très grande partie la conséquence du comportement d’Emmanuel Macron et de son manque de compréhension de la manière dont l’Europe fonctionne et du temps dans lequel elle fonctionne, car oui, l’Europe c’est beaucoup plus que la France et l’Europe n’est pas à l’image de la France. Et le discours symétrique d’Angela Merkel sur ce sujet n’y changera rien: ce n’est pas l’Europe que veut Macron qui émergera durant son quinquennat.

Donc, Cher M. le Président de la République, comme mentionné en titre, nous vous souhaitons qu’en 2018 vous cessiez de nous prendre pour des buses et que vous soyez à la hauteur des impératifs de sincérité et de transparence que votre fonction vous impose. Car les 6 premiers mois de votre mandat ne nous ont montré que ce que suit: un Président de la République monarchique, capricieux, vindicatif, ne supportant aucune critique, aucune contradiction, semblant plus à l’écoute d’intérêts particuliers que de l’intérêt général, sur le caractère duquel plane la suspicion d’un plaisir à humilier au (faux) prétexte de parler vrai, n’acceptant pas qu’on décrive la réalité telle qu’elle est ni qu’on décrive ce qu’il fait tel que cela est, obsédé par le contrôle de la parole des autres et en particulier des médias, refusant de rendre compte aux motifs d’une prétendue « pensée complexe », ce qui est une accumulation à notre avis à la fois grave et inquiétante. Au bout de 6 mois, cela n’augure pas bien, ni de votre capacité  à comprendre et à gérer le pays, ni de votre capacité à gouverner car vous refusez le principe même de la gouvernance, à savoir la nécessaire sincérité et la transparence qui permettent aux contrepouvoirs, qu’ils soient institutionnels ou « sociaux », de s’exercer et de contrôler, voir au besoin corriger, votre action. Ainsi va la République. Celui qui ne l’accepte pas peut difficilement compter au rang des républicains.

N’oubliez jamais que nous ne sommes pas votre peuple, mais que vous êtes notre Président (même si une majorité du corps électoral ne vous a dans les faits pas élus, vous et votre majorité parlementaire): vous nous appartenez et nous disposons de vous comme nous l’entendons, pas l’inverse.

Ce n’est pas à nous de vous offrir la concorde mais à vous de réunir les conditions pour que nous convaincre (plutôt que de nous exhorter) de décider éventuellement de la faire –  c’est là votre boulot. Et vu votre comportement, on n’en prend pas le chemin.

Nous ne mentionnerons même pas votre paraphrase de JFK (une faute à la fois de goût et de jugement équivalente à celle des cérémonies de signature des lois)  car nous serions alors obligés de rappeler qu’il fut l’un des pires présidents que les USA aient connus (bon, depuis il y a Trump mais lui, il est hors concours); que le rôle de la mafia dans son élection, en particulier dans le swing state de l’Illinois est établi; qu’on lui doit la baie des cochons et la crise des missiles de Cuba ayant poussé le monde au bord de la guerre nucléaire; qu’on lui doit la guerre du Vietnam malgré les avertissements pressants de De Gaulle et de Couve de Murville; qu’on lui doit le coup d’État en Irak en 1963 qui mis le parti Baas au pouvoir et donc à terme Sadam Hussein; qu’il était un pryapique dont le comportement avec les femmes fait passer Harvey Weinstein pour un pâle petit dragueur; et qu’il n’est par conséquent peut-être pas judicieux de chercher à revendiquer son héritage et à se comparer à lui.

Note aux médias: non les indicateurs économiques ne sont pas repassés au vert! Le chômage augmente; l’inflation augmente (et elle ne provient ni des salaires, ni des taux d’intérêt mais des prix, résultat d’une politique de l’offre mal contrôlée dont Macron a été l’initiateur dès 2012) et la croissance stagne avec une augmentation de 0,1% en 2017 et devrait chuter de 0,2% en 2018 selon les prévisions de l’OCDE en restant en deça e celle a zone euro (résultat mécanique de la très faible augmentation du pouvoir d’achat causé par la politique d’Emmanuel Macron et de son gouvernement et des coupes sombres dans les dépenses publiques auxquelles on a procédé de manière strictement comptable).  Alors Mesdames et Messieurs les patrons de rédaction, plus particulièrement ceux de l’audiovisuel public, faîtes votre boulot et décrivez d’abord la réalité, les faits tels qu’ils s’avèrent être. Vous aurez ensuite tout loisir de les analyser à votre guise selon le prisme de votre ligne éditoriale.

 

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