Migrants: les grandes envolées prônant de grandes idées ne servent strictement à rien.

Pas plus que la pitié et le facile compassionnel d’ailleurs.

Ce texte de Le Clézio, larmoyant et compassionnel à souhait, est d’un idéalisme béat. Ces grandes exhortations aux « grandes idées » n’ont jamais donné à manger à ceux qui ont faim. Jamais.

Soit on arrête de geindre, de se battre la coulpe et on fait ce qu’on peut faire en sachant que de toute manière on ne pourra sauver tout le monde (première règle que tout travailleur humanitaire doit intégrer s’il ne veut pas devenir fou), soit on continue à se voiler la face.

Non, nous ne sommes pas provocateurs. Non, nous n’avons rien contre l’accueil de ceux qui demandent et méritent notre protection. Bien au contraire.  C’est justement parce que ce devoir est fondamental et doit être accompli dans les meilleurs conditions possibles que nous adoptons un approche rationnelle et dépassionnée.

Les hommes naissent libres et égaux EN DROIT. Si on a précisé en droit – qui est une pure construction humaine – c’est bien parce que les Hommes ne naissent pas égaux .On ne choisit pas son lieu de naissance, et être né dans un pays riche n’est en aucun cas opposable au fait d’être né dans un pays pauvre. L’Europe ou la France ne sont pas un droit de l’Homme. Et il en sera toujours ainsi, parce qu’elles ne peuvent pas l’être.

Il n’y a pas plus de guerre aujourd’hui qu’il y a 20 ans, et on meurt moins de faim aujourd’hui qu’il y a 20 ans, même si on meurt toujours trop de faim.

Non l’occident n’est pas responsable de tous les maux de la terre; Il  a sa part de responsabilité mais les êtres humains se débrouillent sinistrement sans lui pour basculer tous seuls dans l’horreur (comme le sort des Rohingyas nous le montre, sort dans le lequel l’occident n’a strictement aucune responsabilité). Si on part du principe que nous sommes tous solidaires, alors faute est forcément partagée.

La solution n’est pas là. Elle est avant tout sur place, et ce genre d’envolée est ni plus ni moins qu’une nouvelle forme de colonialisme par lequel on nie de manière douce à des gens leur capacité à prendre leur destin en main dans leur propre pays en nous arrogeant une responsabilité que nous n’avons pas forcément –  par l’exact procédé qui fait que le recyclage est prétexte à plus de consommation – parce que l’image qu’on nous renvoie de nous nous met mal à l’aise.

Ce faisant, nous nous plaçons encore comme supérieurs, de la pire manière qui soit, c’est à dire moralement. Et nous reléguons les autres à un fatalité à laquelle nous nous posons comme le seul exutoire possible. Belle preuve de charité et d’humanisme parfaitement nombriliste – parfaitement égotique aurait écrit Stendhal.

C’est un constat dur, mais c’est à notre sens le seul qui vaille si on veut commencer à prendre le problème par le bon bout.

Il est bien évident que ceux qui viennent d’une zone de guerre où leur vie est  mise en jeu doivent bénéficier de la protection subsidiaire, qui peut être temporaire ou permanente.

La « migration économique » telle qu’elle se déroule sous nos yeux est une très mauvaise spéculation économique basées sur un mirage. Quand des parents vendent terre et troupeau ou s’endettent pour des années pour payer le passage d’un fils en Europe en croyant qu’il pourra d’abord faire vivre toute sa famille en envoyant de l’argent et ensuite la faire venir, (a) ils se trompent lourdement et (b) cela a un impact dévastateur sur place parce qu’accélérant la paupérisation de la classe moyenne ou de la classe agricole possédante, ce qui accroit de fait les inégalités de manière géométrique…

La migration telle qu’on la voit aujourd’hui s’avérera à terme un problème beaucoup plus aigu pour les pays de provenance que pour les pays de destination, puisque la migration accélère un gigantesque mouvement de déclassement par lequel des ressources aussi fondamentales que la terre ou l’eau tombent aisément dans l’escarcelle d’une minorité de nantis ou d’intérêts étrangers.

Une fois encore ce ne sont pas les migrants économiques les plus « fragiles » qui parviennent jusqu’en Europe, parce qu’ils ont eu les moyens de payer leur passage, certes au risque de leur vie. La même chose vaut par ailleurs pour de trop nombreux réfugiés, malheureusement, puisqu’il faut d’abord être hors du pays dont on est ressortissant pour prétendre à l’asile.

Ceux qui n’ont pas les moyens de payer leur passage sont réduits en esclavage ou bien errent dans des zones de non droit entre deux frontières de l’autre côté de la Méditerranée…

On ne pas pourra traiter ce problème qu’avec de bons sentiments, malheureusement. Un pays qui se vide de sa jeunesse est un pays qui meurt, même si cette jeunesse est nombreuse.

C’est justement pour cela qu’il va falloir commencer à intégrer sérieusement l’aide au développement européenne (la plus importante au monde) avec la politique européenne de voisinage, les aides bilatérales et avoir enfin une vraie politique migratoire européenne, en premier chef pour éviter à terme des catastrophes et faire en sorte que la migration ne soit plus une variable d’ajustement démographique, économique et (trop souvent) politique.

En attendant, nous avons deux problèmes clairement identifiés en France et nous n’agissons pas en conformité avec nos engagements internationaux:

  1. En matière d’accueil des demandeurs d’asiles, c’est à dire de ceux qui ont déposé une demande d’asile et qui bénéficient donc de la protection de la France le temps de l’instruction de leur demande jusqu’à l’épuisement des voies de recours;
  2. En matière de diligence de traitement des dossiers de demande d’asile par l’OFPRA et ensuite du traitement des recours.

Ces deux problèmes sont très faciles à solutionner: ce n’est qu’une question de moyens.
Ne pas les mettre est inacceptable.

 

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