Le Petit Prince: Pourquoi Macron n’est pas un grand innovateur

C’est le très sérieux « Internationale Politik und Gesellschaft » qui l’écrit, sous la plume de Winfreid Viet, Professeur de sciences politiques à l’Université de Freiburg et ancien dirigeant de la Friedrich-Ebert-Stiftung. Ah oui, quand même.

Toujours intéressant de lire ce que pensent nos voisins européens, ce à quoi nous les français semblons parfaitement imperméables. Et puis bonus,  c’est l’occasion de vous montrer qu’en matière d’Europe, nous ne sommes pas trop mauvais dans nos analyses.
Et là est dénoncée l’éternelle hypocrisie des élites française en matière d’Europe.

Morceaux choisis:

« Le président français Emmanuel Macron recevra le prix Charlemagne de la ville d’Aix-la-Chapelle pour sa « vision puissante d’une nouvelle Europe ».
Celui qui a des visions devrait aller chez le médecin, disait l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt.

La vision de Macron, disons la plus modeste: ses idées sur l’Europe ne sont pas trop éloignées de celles de son prédécesseur tant décrié, François Hollande.
En fait, il y a beaucoup de réminiscences d’une demande séculaire de la gauche française, à savoir l’introduction d’un «gouvernement économique» européen, qui a été régulièrement rejeté par tous les gouvernements allemands, indépendamment de leur politique.

Après tout, Macron, avec sa demande pour un budget de la zone euro, un ministre des finances européen et un parlement de la zone euro, malgré toute sa rhétorique européenne, reste principalement centré sur la France.

Si elle on la suit jusqu’au bout, sa « vision » conduit, il n’y a aucun doute, à cette union de transfert que Berlin craignait jusqu’à présent, comme le diable craint l’eau bénite. Cela pourrait changer avec le renouvellement de la grande coalition, parce que le leader du SPD nouvellement réélu, Martin Schulz, se dit ouvert aux propositions de réforme de Macron.

Mais qu’il y ait une majorité dans l’UE à ce sujet est discutable, car en fin de compte, Macron représente les intérêts des pays débiteurs du sud, qui espèrent un assouplissement du régime draconien d’austérité de Merkel. François Hollande avait finalement trompé Merkel sur sa demande pour l’introduction de « Eurobonds ». Elle avait répondu « Pas tant que je vis ». (…)

« Macron incarne cette contradiction presque complètement. D’une part, il représenterait un mouvement civique qui a brisé l’ancien schéma «droite-gauche» et surtout a présenté des « représentants de la société civile » aux législatives. (…) Au premier tour, le mouvement de Macron n’obtenait que 28,2% des voix, dans la seconde 43,0%, avec une participation de 42,6%. Pour Macron lui-même, qui a obtenu au premier tour de l’élection présidentielle 24% des suffrages, principalement attribuables à la faiblesse des autres candidats et le réflexe de défense contre Marine Le Pen. Au deuxième tour, il a gagné clairement, mais avec un taux de participation de moins de 50%. La représentativité démocratique semble pas établie que cela. » (…)

« En matière de politique étrangère, Macron peut également être vu dans la tradition de Mitterrand, qui avait très vite sacrifié des «visions de gauche» en faveur d’intérêts politiques de realpolitik à chaque fois que nécessaire. C’est particulièrement vrai de la politique africaine, qui joue un rôle très particulier en France et qui appartient traditionnellement au «domaine réservé» du président. La première visite de Macron à l’étranger n’était pas accidentellement les troupes françaises au Mali, là depuis 2013 dans la lutte contre les groupes terroristes islamistes, qui avaient alors conquis la quasi-totalité du pays. On ne sait pas non plus s’il veut réduire l’engagement militaire en Afrique (avec le Mali, l’Afrique centrale et le Tchad). Il essaie de forger de nouvelles alliances militaires sous la forme du G5 Sahel, une coalition de la Mauritanie, du Sénégal, du Mali, du Niger et du Burkina Faso, et comme Hollande, tente d’impliquer d’autres Etats européens, notamment l’Allemagne. » (…)

« Et Macron est resté fidèle à la véritable tradition politique de ses prédécesseurs: lors de sa visite à l’émirat du Qatar début décembre, des contrats d’une valeur de 12 milliards d’euros ont été signés dont 12 avions de combat et 490 véhicules militaires. Les affirmation selon lesquelles il reproduit ces pratiques critiquées, ont été balayée d’un revers de main, par le président, affirmant qu’il s’agissait de «contrats avec des entreprises d’État qui répondent à des besoins.

Un « innovateur » n’agit pas de la sorte. »

Comme quoi, personne ne croit au renouvellement que Macron prétend représenter, parce que ce n’est tout simplement pas le cas.

 

 

 

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