#balancetonporc : le curieux silence de la Ministre de la Justice

Vu les proportions parfaitement délirantes que prend la chasse aux sorcières de #balancetonporc, le silence plus que coupable de la Ministre de la Justice est inquiétant.

C’est dans des moments comme celui-ci qu’il est fondamental de rappeler la loi, y compris sur les réseaux sociaux. Un tel déferlement de haine de ressort pas de la « libération de la parole ».

Le harcèlement sexuel est bien évidemment un sujet grave. Tout comme pour le viol, il ne s’agit absolument pas de séduction, ni même de sexualité mais d’imposition du pouvoir d’un être humain sur un autre. C’est cette imposition du pouvoir qui fait jouir l’auteur, pas l’aspect sexuel (psychologique et/ou physiologique) en lui-même. Et cela doit être combattu sans relâche.

Mais c’est en matière de répression l’affaire de la justice, et pour cela on dispose d’un arsenal juridique conséquent. Il serait bon que Mme la Ministre le rappelle, tout comme qu’elle rappelle que jeter l’honneur ce qui que ce soit en pâture sans aucune preuve ni aucune forme de procès est un délit.

L’honneur d’un homme vaut autant que l’honneur d’une femme, puisque hommes et femmes sont égaux, êtres humains, non?

Nous l’avions déjà dit au moment de l’affaire Baupin, et nous l’avons répété à propos de l’affaire Angot-Rousseau fin septembre:

« Mme Sandrine Rousseau n’est pas une mère isolée avec deux gosses, un temps partiel de 23 heures par semaine comme caissière de supermarché, se demandant tout les 5 du mois comme elle va le finir, qui, harcelée par son chef, ne dit rien parce que perdre son emploi signifie la fin de tout et qui va bosser tous les jours la boule au ventre.

Sans mettre en cause sa « parole », ce n’est pas que nous ne voulons pas éprouver de pitié pour Mme Rousseau.  C’est tout simplement que nous ne le pouvons que peu, puisqu’elle n’a pas porté plainte dans les délais impartis, que donc la justice ne peut pas se pencher sur son cas, et qu’elle n’est donc dans les faits, dans la vérité judiciaire, la seule qui compte, victime de rien et ne sera jamais reconnue victime des faits qu’elle avance, dont la véracité ne pourra jamais être établie.

Quand une femme qu’on peut considérer comme « privilégiée, » qui bénéfice de ressources tant en matière de connaissance, de capital social et de finance, une élue de la République, bref, une femme qui a de la ressource, renonce à porter plainte pour sa carrière politique alors qu’elle ne court dans les faits aucun risque, comment voulez que la mère isolée qui elle risque tout, soit encline à le faire?

Bref, Mme Rousseau est seule avec sa douleur et avec sa conscience. C’est le prix de son choix quelque soit la validité des raisons qui l’ont conduit à le faire. . C’est son problème. La société – et ses mécanismes et institutions de sanction et de réparation (le droit pénal et la justice) – ne peut plus rien pour elle.

On ne s’autoproclame pas victime: seule la justice le fait au terme d’un procès contradictoire. Et Mme Rousseau n’a rien fait en ce sens alors qu’elle connaissait la notion de délai de prescription. Dépression ou pas, si des femmes comme elles ne donnent pas l’exemple, parce qu’elles en ont les moyens, alors les choses ne changeront jamais.

Ses larmes ne nous en tirent pas une. Aucune pitié ni empathie. Désolé pour vous, Mme Rousseau. Vraiment. Sincèrement.

C’est dur, c’est très dur, mais la justice, fort heureusement, juge de faits au nom du droit, pas au nom d’opinions, et n’exonère dans un sens comme dans l’autre personne de sa responsabilité individuelle, notamment de celle de porter plainte et de se constituer partie civile. Car dans un cas comme celui là, si on a pas la force de le faire pour soi, alors on trouve celle de le faire pour les autres, surtout quand on est élue de la République (et donc bénéficiant d’une protection fonctionnelle). »

Cela vaut également pour toutes les Emma De Caunes, Mélanie Laurent, fille du Ministre Besson, Léa Seydou etc. , des femmes qui ont justement tous les moyens d’ouvrir la voie en portant plainte parce que les conséquences qu’elles pourraient subir ce faisant seront somme toute peu importantes et qu’en plus elle bénéficient de tribunes médiatiques.

Il ne faut pas oublier deux faits fondamentaux de la vie en société.

  • La réalité se vit
  • La vérité s’établit (sauf dans un cas de flagrance où réalité et vérité se confondent mais même là la vérité judiciaire nécessite procès et jugement pour qu’elle se manifeste). Et la vérité s’établit par un processus contradictoire – que ce soit une enquête interne menant à des sanctions où à une médiation, un procès etc.

Mme la Garde des Sceaux, nous vous serions très reconnaissants de rappeler les outils juridiques existants réprimant toute forme de harcèlement et ces quelques règles de base afin de faire cesser au plus vite cette déferlante de dénonciations délétères parce que leur fondement ne peut être établi.

Nous vous serions reconnaissant de rappeler que seule la Justice déclare qui est victime. Pas les médias. Pas les réseaux sociaux. Pas les individus.

Il en va de la cohésion sociale, dans le sens où quoiqu’il arrive, nous avons toujours tous la nécessité de nous parler, dans le sens où le procès n’est somme toute qu’un « dialogue » entre la victime et son « bourreau » par le truchement l’institution judiciaire. Seul ce dialogue permet de retrouver quiétude et sérénité. Bien plus que la sanction et les réparations, c’est là le rôle fondamental de la justice.

Et pour tous ceux et celles qui geignent, écoutez donc ces excellents Messieurs (oui, parfaitement, Messieurs) de Fishbone qui, il y a plus de 10 ans, nous expliquaient de manière truculente la procédure!

 

 

2 commentaires

  1. D’abord une remarque, sauf erreur de ma part, vos articles ne sont pas datés et je trouve ça dommage … ensuite, vous dire que je partage votre point de vue ( à une toute petite nuance près) ne sert sans doute à rien d’autre qu’à vous « rassurer », un peu, si besoin était ; Je vous suis jusqu’au point où vous reprochez leur silence aux starlettes que j’imagine « prêtes à tout pour arriver », noter qu’il y a parmi elles une proportion de  » filles à papa » pas négligeable et que cela me suffit pour retourner au vieux Freud qui range dans la rubrique des fantasmes certain aveu d’attouchements attribués aux pères. Du fantasme à l’imposture …

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    1. les articles sont datés. Regardez en pieds.
      Et non, tout ce que nous disons c’est que si la réalité de ce que ces femmes disent, si plainte n’est pas déposée dans le délai de prescription, alors la vérité ne pourra jamais être établie!
      Ce qui, par exemple n’est pas le cas dans l’affaire Ramadan, et les deux femmes qui ont porte plainte sont très courageuse.

      Nous ne faisons pas de psychanalyse, nous essayons juste (a) de bien sérier la problématique et (b) de dire que si on ne porte pas plainte alors qu’on a les moyens, comment voulez vous que celles qui ne les ont pas le fasse…

      La réalité se vit. La vérite s’établit.

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