Il faut souligner à quel point ce que vient de faire M. le Procureur Coquillat est sain.

Certains, engoncés dans une vision de la justice d’un autre temps, diront que c’est médiatiser le Parquet, qui doit rester dans sa tour d’Ivoire, car s’il parle, alors on ne le craint plus.

D’autres diront qu’en s’exprimant, le Parquet devient un acteur politique qu’il ne devrait pas être.

Arguments recevables mais qui ne tiennent pas un seconde. Troisième pouvoir, indépendant des deux autres. Il dit ce qu’il veut le Parquet, cochon qui s’en dédit.

Aucun des membres du GAM ne connaissent M. le Procureur Coquillat. Nous ne pouvons avoir une opinion sur l’homme, et c’est tant mieux car seuls ses actes comptent, en tant que magistrat.

Et là, il vient d’en faire un beau, d’acte.

Oui, les 27 crétins qui pourrissent la vie d’à peu près tout ce qui a du pouvoir dans la Métro n’ont pas plaisir à le faire en soi (bon, c’est un peu jouissif de renvoyer à leurs leurs inaptitudes les barons locaux et les nouveaux députés qui se la pètent et qui tous dégoisent à tour de pupitre leurs inepties) mais parce que cela doit être fait, contrôle citoyen oblige.

Nous nous accordons tous à dire, une chiée de philosophes en référence (de Socrate à Derrida en passant par Montesquieu et Carl Schmit), que le troisième pouvoir, le pouvoir judiciaire et en particulier le Parquet, fut un subordonné du pouvoir exécutif, parce que le pouvoir exécutif était perçu comme juste, au temps d’une société qui se percevait elle-même comme homogène. Le manque d’indépendance de l’institution judiciaire, et à commencer par celle du Ministère Public,  est aujourd’hui inacceptable, inconcevable.

La question est celle d’une démocratie « moderne » – non parce que sur la papier, ça aurait toujours du être comme ça, mais le temps social est encore plus long que le temps judiciaire – où le ministère public « parle » (mais sans communiquer, parce qu’il n’a d’autre choix que la réalité) aux citoyens comme les deux autres pouvoirs (exécutif et législatif) , parce qu’il doit être crédible, non pas seulement sur des affaires individuelles, relevant de l’événement, de l’enquête et du procès, mais parce que c’est la parole la plus impartiale de l’État, pour nous signifier de l’état de la société en matière de « criminalité », pour nous informer de nos libertés et de nos droits. Et surtout parce que si l’exécutif et le législatif faillent – ce qui semblent être la règle depuis trop longtemps et en particulier depuis juin – alors la Justice est seul recours du citoyen.

Ce que vient de faire M. le Procureur de la République de Grenoble est, à notre connaissance, inédit en France, du moins dans le système judiciaire tel que nous le connaissons depuis la IIIeme République. On a vu dans le passé des Procureurs parler de problématiques « génériques », comme Eric de Mongolfier de la corruption. On voit plutôt des Juges du Siège s’exprimer, parce que eux le peuvent plus. Mais parler des problèmes locaux, ceux de l’arrondissement, dans le vif, un Parquet, c’est rare.

Notre Justice en France est extrêmement bien faite, humaniste, peuplée de magistrats et de juges très compétents – ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle soit toujours bien rendue. Et dans le cas où elle serait mal rendue, le nombre de garde-fous est tels qu’on peut dormir tranquille. Les erreurs judiciaires existent, en particulier quand on essaie de faire rentrer le temps judiciaire dans le temps médiatico-politique. La justice est humaine, avec tout ce que cela comprend d’imperfection. Ses erreurs peuvent et doivent être réparées – ce qui depuis l’abolition de la peine mort est à tout instant possible en matière pénale.

Ce que vient de faire M. Le Procureur Coquillat est très important.

Il représente le Ministère Public, c’est à dire l’autorité qui est chargée de poursuivre les « contrevenants » au nom de la société, au nom de nous tous, en garantissant les droits de tous, auteur présumé comme victime. D’habitude, c’est le Préfet – représentant de l’État donc du pouvoir exécutif  et « patron de la police » – qui s’exprime en langue de bois dans le texte sur le sujet.

Il est fondamental que celui dont la charge est d’engager l’action publique au nom du public rende compte au public, non?  Même si nous ne sommes pas d’accord avec certains points du discours de M. le Procureur Coquillat, c’est à notre connaissance une première qu’un procureur s’exprime comme cela sur des sujets à portée générale, sur l’état non pas d’une ville mais d’une métropole, et c’est un excellente chose.

Donc, pour la deuxième fois, M. le Procureur de la République, Merci.

En revanche, Mme et MM. les élus locaux et Mmes et MM. parlementaires, vous avez beaucoup de soucis à vous faire (rire sardonique).

 

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