Ze suis le Zeffe

Le texte de notre podcast d’hier.

Contrairement aux idées reçues, nos militaires ne sont pas des bourrins. On trouve dans l’armée française un nombre assez impressionnant d’intellectuel de très haut vol qui contrairement à beaucoup d’intellectuels civils, savent également agir.

L’objet de ce podcast n’est de pas débattre de l’utilité de nos armées, ni de prôner pacifisme ou militarisme. L’objet de ce podcast est d’essayer de sérier, de comprendre pourquoi l’armée française est une institution fondamentale de notre République et comment l’institution militaire s’articule avec le reste de la société – car oui l’Armée n’existe pas à côté de notre société, elle n’est pas à la marge elle en est partie intégrante et les militaires sont nos concitoyens malgré leur statut.

Enfin l’objet de ce podcast est d’expliquer pourquoi l’attitude d’Emmanuel Macron n’est non seulement que peu acceptable, mais également dangereuse.

L’article 15 de notre constitution stipule que le Chef de l’état est le chef des armées. Le répéter ne procède que d’un un énorme hubris du plus mauvais aloi et est une parfaite démonstration de faiblesse : aucun militaire ne conteste le fait que le Président de la République soir le chef des armées. C’est par ailleurs à peu près la même chose dans tous les pays – démocratique ou pas – où le chef des armées est le chef de l’exécutif. C’est par exemple le cas au USA où le président est le « commander in chief ». Sauf que le POTUS lui ne peut utiliser l’instrument militaire américain sans autorisation du Congrès, sans autorisation du Parlement. Le PR lui fait ce qu’il veut en la matière, il a le pouvoir de décider seul de partir en guerre, sans aucun contrôle, à part un simple débat sans vote à l’assemblée nationale un mois après le début des opérations. Vous imaginez donc la démesure et la dangerosité des pouvoirs du président de la république : si on a un qui a la tête bien sur les épaules ce qui a toujours été le cas jusqu’à présent, ça pose peu de problème dans les faits. Mais si on élit un zozo, ça peut en théorie très mal se passer.

La polémique provoquée par les déclarations du CEMA, le Général de Villiers, lors de son audition par la commission de défense et des forces armées de l’Assemblée Nationale, est tout bonnement ahurissante.

Ahurissante car quand l’officier de plus haut rang de notre institution militaire est auditionné par notre représentation nationale, il a le devoir de dire la vérité, il a le devoir de dire ce qu’il pense si on le lui demande. C’est en effet le Parlement qui, outre voter les lois, contrôle l’exécutif et ce de manière totalement indépendante. Mais Macron et le Parlementarisme, ça fait définitivement deux, parce qu’il oublie sciemment que seul Le Parlement représente le peuple français. Le PR ne représente pas le peuple français mais l’État français, ce qui est différent.

D’aucun, pâles apparatchiks, avancent que les militaires doivent se taire parce que que notre armée aurait des velléités putschistes. Comme par exemple Mme Calandra, la Maire du XXeme arrondissement de Paris, avec qui notre porte-parole a eu une discussion assez houleuse à ce sujet sur un réseau social.

Les militaires d’active n’ont effectivement pas le droit de faire de la politique par statut, et c’est très bien ainsi. Mais il est inadmissible de dire qu’ils doivent rester muets quant à la situation et l’avenir de leur institution. Au contraire, leur opinion nous intéresse fortement, ne serait-ce que parce que le métier que les militaires ont choisi consiste aussi à aller se faire trouer la pour nous et qu’ils connaissent mieux que les pékins ce dont ils ont besoin !

Cette polémique est à la fois injurieuse et injuste : qu’on l’aime ou pas, on ne peut enlever à l’armée française d’être aujourd’hui profondément républicaine et d’être à l’image de notre société – et elle est en fait plus diverse et plus égalitaire que notre société.

Les déclarations du Président de la République le 13 juillet – je suis votre chef, il n’est pas digne d’étaler certains débat sur la place publique – sont une faute politique lourde.

(a) Le CEMA ne s’est pas exprimé sur la place publique mais en face d’une commission parlementaire, qui n’est pas place publique !

(b)La défense nationale intéresse tous les citoyens et il n’y a aucune raison que le débat sur les moyens alloués à la défense nationale ne se fasse pas sur la place publique.

Tout ça vient rajouter une couche sur les interrogations quant à la gouvernance d’Emmanuel Macron, quant à son césarisme, césarisme qui en ce qui concerne Macron est une impossibilité puisqu’il n’est pas un chef militaire ni n’a quelque expérience que ce soit des affaires stratégiques et de défense, contrairement à César. Parader en command car le jour de son investiture ne suffit pour devenir instantanément un chef de guerre. Personne ne lui reproche de pas connaître, ne pas savoir. En revanche, le manque d’expérience devrait plutôt amener à accueillir avec « bienveillance » les commentaires et avec calme les pressions des militaires, qui parfois peuvent être salutaires quand elle viennent de gens qui eux savent et connaissent.

Le ministère de la défense – ah pardon, le ministère des Armées , maquerait plus qu’on le rebaptisât ministère de la guerre et qu’on crée un secrétariat d’état par arme au prochain remaniement – est un ministère extrêmement important. C’est pourquoi les ministres de la défense sont toujours des politiques de poids. Le dernier en date, Jean-Yves le Drian, était à la fois un homme politique très influent et un homme très compétent en matière de défense nationale. Nous le reconnaissons, même si nous pas fan du breton.

Le Président de la république s’est empressé de le neutraliser en le mettant au Quai d’Orsay et en nommant d’abord Sylvie Goulard puis Florence Parly aux armées, deux énarques qui sont peut-être de bonnes gestionnaires – et encore, il est permis d’en douter – et qui n’entendent pas grand choses aux affaires de défense. C’est d’un amateurisme caractérisé et, encore et toujours cet hubris, dangereux : un énorme avantage réside dans le fait d’avoir un poids lourd politique à la défense : il ou elle vient justement contrebalancer les pouvoirs exorbitants du président de la République en la matière, ce qui est sain et évite bien des erreurs et bien des errements. De plus, le ministre de défense, parce qu’il est révocable, protège le Président de la Républiques de certains aléas. Même le Générale De Gaulle, pourtant un militaire, l’avait compris.

Le Ministère de la défense n’est pas un ministère comme un autre. Les coupes budgétaires –2 fois plus importantes que celles exigées des autres ministères – vont encore rajouter à l’attrition que subit une institution institution qui opère déjà au maximum du maximum de ses capacités. Aujourd’hui, l’armée française est en moyenne très en dessous du niveau d’entraînement des autres grands armées européennes – 30% en dessous pour être précis.

Quant au matériel, si les troupes du commandement des opérations spéciales et les unités de choc en ont fort heureusement du très récent et à profusion, c’est loin d’être le cas de toutes les unités. Voir par exemple nos soldats, avec 15 kilos de pare-balle sur le dos plus le reste du barda dans des Véhicules de l’avant désuets de 25 ans d’âge non climatisés par 40° à l’ombre en Afghanistan n’est pas réjouissant.

La gestion d’un pays et encore plus celle de la 5eme puissance mondiale s’accommode très mal de la méthode start-up nation où on fait d’abord et on réfléchit après. D’autant que la France est, avec les USA, le seul pays de sphère occidental qui est capable de projection de force en profondeur et dans la durée, même si nous devons de plus en plus nous appuyer sur la logistique américaine pour, par exemple, le ravitaillement en vol de nos appareils de combat.

Bref, on a des militaires à qui incombent de plus de plus de missions avec des moyens en constante réduction et qui en ont assez d’être systématiquement la variable d’ajustement parce qu’on sait qu’ils obéiront, nous avons un CEMA qui répercute cet état de fait devant une commission parlementaire qui l’avait convoqué et à qui il doit la vérité.
Et nous avons un président de la république, chef des armées, qui pour toute réponse à cette grogne dans les rangs ne trouve rien de mieux que d’humilier les militaires en leur rappelant ce que nul ne conteste – c’est lui le chef des armées – et en assénant qu’il n’a besoin de « nulle pression et de nul commentaire ».

Nous conseillons à Emmanuel Macron de demander à Vladimir Poutine la prochaine qu’il le rencontrera de lui expliquer ce vieux proverbe russe : quand la troupe grogne, les officiers regardent ailleurs.

 Enfin, nous rappelons que la raison de l’existence du défilé du 14 juillet n’est pas de montrer la puissance militaire de la France : c’est l’armée qui en défilant devant le peuple réaffirme qu’elle est à son service et à celui de la nation, et de nul autre.

Ou cela nous laisse t-il ?

Avec cette même question aiguë qui nous taraude: Emmanuel Macron est-il apte à la fonction de chef de l’Etat ?
A vous de forger votre propre opinion.
Réfléchissez !

Pour ceux d’entre vous qui serait intéressés par mieux comprendre la chose militaire, la stratégie etc. nous vous recommandons l’excellent ouvrage du regretté Hervé Couteau-Bégary : « Traité de Stratégie », chez Economica.

Tiens voilà du boudin.

https://www.youtube.com/watch?v=4XhEwen5s90&t=623s

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