Quand le pouvoir ne se retient pas, plus personne n’a alors de raison de le faire.

Chaque année depuis 1909,  des parlementaires républicains et démocrates s’affrontent lors d’un match amical de Baseball.

Aujourd’hui, lors d’un entraînement de l’équipe républicaine, un homme a ouvert le feu blessant grièvement quatre personnes dont Steve Scalise, le « majority Whip » (le parlementaire chargé de « discipliner » son groupe politique, le poste qu’occupe Kevin Spacey au début de la série House of Cards).

Acte fou d’un désespéré qui a été abattu lors de la fusillade.

Nous écrivions il y a quelques jours;

« Et surtout relisons la théorie de la gouvernance (ou L’Esprit des Lois, ou Tocqueville pour les courageux) : à partir du moment où il n’y a pas de contrepouvoir effectif et efficace, la rue devient légitime parce que c’est le seul moyen de se faire entendre. »

Les éructations, l’incapacité à agir dans l’intérêt général, l’obscénité et potentiellement la corruption de Trump, alliées au cynisme des Républicains, fait que nombreux sont ceux qui ont l’impression que les institutions ne sont pas à leur service, comme elles devraient pourtant l’être. Et ils descendent donc dans la rue.

Dans des cas extrêmes, cela peut donner ce genre de fusillade. Inacceptable. Dramatique. Et d’une dangerosité absolue pour la démocratie, car provoquant la montée aux extrêmes.

Emmanuel Macron devrait très sérieusement y réfléchir, car, s’il n’est bien sûr en aucun cas comparable à Trump, la manière dont il a été élu et la manière dont le seront les députés  de la nouvelle assemblée pose un sérieux problème de légitimité. On pourra arguer de la réelle sincérité des scrutins, rien n’y fera: son projet n’emporte par l’adhésion de l’écrasante majorité des français, près de 85% au premier tour des législatives. Ce fait est indéniable et ne doit pas être nié. Pour une simple et bonne raison: un Parlement n’est qu’un reflet imparfait de la société, et celui que nous aurons vraisemblablement dimanche prochain sera le moins représentatif de la cinquième  République. Il incombe donc au Chef de l’État et au gouvernement d’écouter le pays, attentivement, afin de s’assurer que ce biais soit corrigé.

Remporter une élection n’est pas un blanc seing pour mettre en œuvre sa politique, même avec une majorité parlementaire. La légitimité politique doit chaque jour, dans chaque dossier se rechercher et aucune réforme, aucune, ne s’est jamais faite et n’a porté ses fruits sans un large consensus, parce que la population doit au moins l’accepter, à défaut de la soutenir.

Emmanuel Macron nous a habitué à des « dérapages » peu glorieux: illettrisme, travailler pour s’acheter un costume, tabagisme et alcoolisme, Kwasa-Kwasa amenant « du » comorien etc. Il va falloir qu’il apprenne à se contrôler un peu mieux car ces propos ne sont pas dignes d’un chef d’État. En tiendrait-il de nouveau du même acabit, il devra apprendre à s’excuser.

Et il va falloir qu’il commence à mettre de l’ordre dans sa maison car certains comportement y sont mauvais. C’est lui le chef de l’État, c’est à lui de donner l’exemple. Si lui-même, son gouvernement, sa majorité sont exemplaires, alors les outrances des autres apparaîtront pour ce qu’elles sont, et le débat y gagnera en clarté et en tenue.

  1. On devrait renoncer à réformer le code du travail par ordonnance. Ce type de réforme, profonde, ne peut pas ne pas faire l’objet d’un débat, article par article, parce qu’il pose un renversement des normes, qui, s’il n’est pas compris et accepté, mènera immanquablement à l’affrontement.
  2. La énième loi anti-terroriste doit être abandonnée, car sans doute anticonstitutionnelle et contraire aux normes et à la jurisprudence européennes.
  3. L’incapacité avérée des marcheurs à supporter la critique et à accepter le débat, aussi rude fut-il, n’est pas recevable. Cela doit changer dans les plus brefs délais, à commencer par les candidats de la REM aux législatives. Nous entendons bien que pour la plupart, ils ne sont pas capables de mener des débats politique et/ou ne le veulent pas, persuadés qu’ils sont qu’un pays se gère comme une entreprise. Ce n’est pas le problème des citoyens, des corps intermédiaires, ni des opposants, mais le leur. Il va donc falloir qu’ils changent, très vite. Car une fois élus, il n’y a pas de période d’essai, pas de stage de formation. Ils ne sont pas en droit d’attendre de pitié de qui que ce soit: ainsi va la politique. Si on ne l’accepte pas, alors il ne fallait pas vouloir être élu.
  4. Le comportement de François Bayrou aurait du lui valoir le renvoi immédiat du gouvernement, législatives ou pas. On ne peut être Garde des Sceaux et, « dans le même temps », prendre la défense sur Twitter d’une collègue ministre de son propre parti qui fait l’objet d’une enquête préliminaire, lancer publiquement le nom d’un témoin dans cette même affaire (ce qui laisse croire qu’il a lu le dossier) et appeler une rédaction « à titre de simple citoyen » en menaçant de poursuite des journalistes de l’audiovisuel public qui ont enquêté, toujours sur cette même affaire. Aux USA, un tel comportement serait immédiatement caractérisé d’entrave à la justice, et le ministre finirait au trou, comme John Mitchell, l’ancien ministre de la Justice de Nixon, qui fut condamné à 2 ans et demi de prison pour ce motif dans l’affaire du Watergate.
  5. Le cas Ferrand est tout aussi rédhibitoire. Il doit quitter le gouvernement au plus tôt. Sa crédibilité est désormais nulle, et qu’on ne vienne pas nous parler de sa circonscription, qui n’est pas le pays. Député, ce n’est pas ministre.
  6. Celui de Mme de Sarnez, itou. Mêmes motifs, même punition.
  7. Le dépôt de plainte de la Ministre du travail suite à la révélation par un quotidien national des projets du gouvernement en matière de réforme du code du travail est absurde et constitue une faute politique extrêmement grave. Cette ministre doit donc quitter le gouvernement, question de principe. Nul ne peut reprocher à la presse de faire son travail et de chercher à informer sur les intentions du gouvernement, surtout quand celui-ci veut les dissimuler. Au cas où certains ne s’en seraient pas rendus compte, dans une démocratie (pas assez) moderne comme la France, à part la sécurité et la défense nationale  – et les coins à champignon –  il n’y a pas grand chose de secret. Plutôt que de déployer des trésors d’énergie pour cacher sa copie, le gouvernement gagnerait beaucoup à expliquer clairement ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Sans ouverture, sans transparence, il n’y a pas de démocratie, puisqu’on retire au citoyen la possibilité de former son opinion et d’exercer son libre arbitre – ce qu’il goûte généralement assez peu, le citoyen. Il en devient vite désabusé et complotiste, de ces méthodes, le citoyen. Et au bout du compte, il vote « mal » le citoyen.
  8. Le comportement de Mme Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité homme-femme, relève de la cour de collège. La polémique avec un académicien, qui l’a proprement exécutée par presse interposée, en est l’illustration. Sa « stunt » à la Chapelle relayée sur tweeter en est une autre. Cette jeune femme n’a rien à faire dans un gouvernement mais devrait songer à rejoindre l’équipe des chroniqueurs de TPMP.
  9. Il va falloir que les ministres et les futurs députés qui racontent n’importe quoi (et dieu sait s’il en a) soient remis à leur place: il existe une différence entre publicité et publicité mensongère. Il en va de même pour le discours et la communication politique. Certaines dissonances cognitives sont évidentes pour tout le monde, sauf pour ceux qui les commettent. Il s’agit donc de leur en faire prendre conscience.
  10. Plutôt que de passer son temps sur « la scène internationale » et donc à déjà se comporter comme un Président en difficulté à l’intérieur, Emmanuel Macron devrait se consacrer pour le moment au pays, qui en a besoin. Par ailleurs, rien ne sera possible en matière d’Europe avant les élections Allemandes et il est très mal perçu outre-Rhin d’utiliser cette campagne électorale pour essayer de se tailler une place que la France ne saura de toute manière pas tenir, puisque c’est bien la France qui une fois encore va demander certains moyens et certains arrangements, pas l’Allemagne. Ne brûlons pas la politesse à nos amis Allemands, qui eux sont toujours d’une exquise courtoisie.

Dans une tentative de politique fiction ou nous spéculions ce que qu’Angela Merkel aurait bien pu dire lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron le lendemain de son élection , nous couchions:

« Je me réjouis sincèrement de votre volonté réforme. Je ne vous demande pas en revanche de mimer celles que nous avons faites en Allemagne et ne voudrais pas que vous croyiez que ce faire constituerait une forme de monnaie d’échange pour obtenir notre munificence, qui vous est de toute manière déjà acquise, cher M. le Président.

Je souhaite à la France que vous réformiez ce que les français jugeront bon de réformer pour leur pays et pour l’Europe. J’espère de tout cœur que vous obtiendrez le nécessaire, large et fort consensus pour y réussir en résistant à la tentation d’imposer, qui vous dispenserait de l’effort de convaincre. Mon souhait est le même quant à l’évolution du projet européen, qui, vous le savez aussi bien que moi, ne peut se passer de débats longs, profonds et sereins. »

S’éviter l’effort de convaincre pour imposer sans débat, c’est la voie de la confrontation. Majorité parlementaire ou pas.
A méditer, avant que ceux qui ont l’impression, à tort ou à raison, de ne pas être entendus – ils sont très nombreux puisque l’immense majorité des français n’adhère pas au projet d’Emmanuel Macron – n’aient l’idée, que le gouvernement et marcheurs ne manqueront pas de trouver saugrenue, de se faire entendre dans la rue.

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