Peut-on imposer l’urgence à la démocratie?

Le problème d’Emmanuel Macron, ce n’est pas tellement son idéologie, qui est néolibérale et ringarde, car à la mode il y avait 15 – 20 ans. Sur ses idées, chacun se forgera son opinion, pour, contre ou sans opinion. Là n’est pas l’objet de ce billet.

On peut lire dans Libération aujourd’hui que les historiens de la Veme République ont beau chercher dans leurs cartons, ils n’ont jamais vu un bouleversement comme celui qui se produirait lors des législatives.

Messieurs, la Veme République n’a pas encore 60 ans, ce qui ne fait même pas encore 2 générations. C’est très court. C’est un peu comme si nous écrivions que « avant 14 ans, il n’avait pas d’acné.  L’apparition du premier bouton fut un événement historique ».

Outre le fait qu’il croit que l’histoire a commencé le jour de sa naissance, le vrai problème d’Emmanuel Macron, c’est sa méthode.  Et sa méthode est l’urgence. Non pas la rapidité d’action qui ne peut s’obtenir que par une préparation minutieuse et patiente , tous les militaires vous le diront. Mais bien l’urgence. Vous savez, celle qui fait qu’on confond ce qui est urgent et ce qui important, alors que ce n’est pas la même chose.

Cette urgence qui règne de manière systématique dans les entreprises dirigées par des « visionnaires » qui ont « l’instinct stratégique » et prennent des décisions fulgurantes, dans 99,99% des cas consistant à suivre le sens du vent mais à l’exprimer avec des nouveaux mots habillant des concepts vieux comme la roue, et qui ainsi obligent tous ceux qui sont en dessous d’eux à courir en rond comme des canards sans tête parce qu’il leur incombe de réaliser cette vision à laquelle ils ne comprennent souvent rien ou pas grand chose. Ils ne leur restent alors plus qu’à s’agiter, ceux qui sont en dessous, en imitant le vocabulaire et les comportement de celui de dessus mais sans pousser le mimétisme trop loin, ça pourrait donner l’impression d’avoir de l’ambition.

L’affaire des ordonnances sur le code du travail en est un parfait exemple. On vous rassure:  fuite délibérée sans doute pour « dans le même temps » (a) faire une annonce de campagne pour ratisser encore à droite, (b) tester l’opinion publique et la capacité de mobilisation sociale avant la rentrée, (b) présenter un train de réforme qu’on n’a pas l’intention de faire pour ensuite revenir dessus, sur le grand air de « je vous ai compris »  et je concède (car l’exception est le fait du Prince)…

La dernière fois qu’on a imposé une urgence à la démocratie en France, c’était quand? Ça a donné quoi?

C’était en 1940 et ça a donné les pleins pouvoirs à Pétain (nous ne comparons pas Macron à Pétain pour autant, bien évidemment).

Juste pour dire qu’en démocratie, ce qui découle de l’urgence n’est jamais bon à long terme. Et le temps long, c’est pas le truc de Macron.

Celui qui ne sait pas qu’il vieillit plus vite que le monde change, est fou.

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