La lutte contre le terrorisme est-elle une guerre?

L’horreur mortifère à encore frappé, à Manchester cette fois-ci.

L’Élysée a communiqué son effroi: est-ce bien indiqué de dire à terroristes qui visent à… nous terroriser qu’on est effrayé par leurs actes (aussi atroce soient-ils)?

Le faucon crécelle de la place des terreaux, notre nouveau Ministre de l’intérieur, a tranquillement balancé sur une chaîne d’info en continue des informations confidentielles sur l’enquête que lui avaient communiquées les Anglais, une heure après que les américains qui avaient fait exactement la même chose se soient fait vertement remettre en place par la Ministre britannique de l’Intérieur.

La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires, a dit Clemenceau durant la grande guerre. La lutte contre le terrorisme est une chose trop complexe pour la laisser aux politiques, complétons-nous.

C’est plus fort qu’eux: égotisme et besoin d’exploiter à des fins de politique intérieure une enquête qui n’est pas de leur ressort, juste pour nous signifier que attention!, ils sont là, ils savent, ils gèrent, ils réagissent immédiatement, il n’y a pas de retard à l’allumage. On peut reprocher beaucoup de choses à nos amis anglais, mais certainement pas leur manque de sérieux et leur droiture dans des affaires pareilles. Des informations concernant une enquête sur le territoire du Royaume Uni n’ont pas à être communiquées par qui que ce soit d’autre que ceux qui sont en charge de l’enquête et à leur entière discrétion, au rythme qu’ils choisissent. Le fait de par exemple divulguer le nom du kamikaze peut alerter ses complices qui pourraient avoir le temps de disparaître dans la nature…

Bref, le mélange d’incompétence, de réelle faiblesse politique et d’égotisme est presque aussi détonnant que les ceintures des kamikazes, parce qu’il fait résonner plus que de raison l’onde de choc des attentats et compromet la coordination internationale dont le seul moteur est la confiance. Dans un pays « normal », le Président de la République aurait immédiatement demandé et obtenu la démission du ministre en question.

La guerre contre le terrorisme – la GWON (Global War On Terror) selon l’acronyme américain – engagée depuis le 11 septembre 2001 n’a eu que peu d’effet. De quelques centaines de membre (un peu plus de 400) de Al Qaeda en 2001, on est passé aujourd’hui à une mouvance qui rassemble des dizaines de groupes différents répartis de l’Asie centrale à l’Afrique sub-saharienne et des « combattants » qui se comptent en dizaines de milliers, peut-être plus. Autant de succès que la précédente « guerre globale », celle contre la drogue.

Dans les deux excellents documentaires diffusés par Arte « Terrorisme, raison d’État », on entend Pierre Brochand, ancien Directeur Général de la DSGE, faire l’analyse suivante pour expliquer cet échec:

  1. L’invasion de l’Afghanistan, erreur compréhensible et parfaitement excusable
  2. L’invasion de l’Irak, erreur inexcusable
  3. La sortie de la lutte contre le terrorisme de tout cadre judiciaire: Guatanamo, Abou Grahib, programme d’exécution extra-judiciaire etc.

Nous n’allons pas revenir sur les deux invasions: elles sont très amplement documentées et analysées.

En revanche l’argument extra-judiciaire est particulièrement prégnant et nos politiques feraient bien d’y réfléchir, surtout quand on veut encore prolonger l’état d’urgence jusqu’à fin 2017, alors qu’on sait qu’il est improductif, parce qu’il mobilise trop et épuise nos forces de sécurité et notre armée.

Sur le territoire national, la lutte contre le terrorisme est une affaire judiciaire qui se nourrit de renseignement, intérieur comme extérieur.

Hors du territoire national, il y a trois cas de figure:

  1. Des opérations militaires, de guerre, c’est le cas dans le Sahel,  en Irak, en Syrie  etc.
  2. Des opérations de forces spéciales, donc secrètes mais pas clandestines puisque ces militaires agissent sous le drapeau français.
  3. Des opérations secrètes et clandestines – donc en dehors de tout cadre légal – réalisée par la DGSE, dont, rappelons le, c’est le rôle d’agir et dans la clandestinité et l’illégalité, ce qui ne pas peut se faire en théorie sur le territoire national, État de droit oblige.

Dans le premier cas, on dézingue des djihadistes en toute légalité dans ce qui sont, en  droit international, des actes de guerre aussi légitimes que légaux. On peut dans l’absolu donc en parler, même si ce n’est pas toujours souhaitable.

Dans le deuxième cas, on dézingue des djihadistes en toute légitimité mais pas toujours en toute légalité, dans ce qui sont des opérations militaires ponctuelles et chirurgicales visant à sauvegarder les intérêts de la France. On ne peut donc plutôt pas en parler, sauf si des bénéfices stratégiques clairs peuvent en être tirés.

Dans le troisième cas, on dézingue des djihadistes en toute illégalité. Il ne faut absolument jamais en parler ni jamais le reconnaître.

L’énorme problème que nous avons actuellement, c’est que nos politiques ont tendance à tout confondre et que, obsédés par la communications et les bénéfices politiques instantanés, ils sont persuadés qu’à partir du moment où ils disposent d’information, ils sont légitimes à l’utiliser et en tirer crédit, surtout quand cela ne concerne pas directement le pays. Il s’agirait donc de leur remettre les idées en place.

La France est en guerre, au sens qu’elle mène des opérations militaires officielles à l’étranger. Mais la France n’est pas en guerre sur son territoire national. Donc, dans l’absolu, les plus de 10 000 de nos pioupious de l’Opération Sentinelle ne devraient pas patrouiller nos rues, mais celles de l’ennemi.

La France est en guerre là où son armée est effectivement engagée dans des opérations de combat qui visent à « traiter » l’ennemi. La France mène des opérations de guerre quand elle envoie des unités du Commandement des Opérations Spéciales (COS) traiter un problème à un endroit précis. Notre service de renseignement extérieur, la DGSE, est en état de guerre permanent car c’est là son rôle, mais puisque cette « guerre » est secrète, ce n’est pas une guerre.

La France n’est pas en guerre dans le sens où la survie de la Nation et l’État ne sont pas compromises et que l’immense majorité de ses ressources –  financières, matérielles, industrielles, humaines etc. – ne sont pas dirigées vers le seul but de terrasser l’ennemi.

La lutte contre le terrorisme est à l’image de l’ennemi: protéiforme, multi-facette, complexe, horizontale et joue sur une palette allant d’opérations de guerre au renseignement intérieur « doux » en passant par des opérations « homo », selon ce qu’exigent les circonstances.

Un peu plus de nuance et de retenue dans les déclarations serait bienvenues, parce que les français eux ont apparemment et instinctivement saisi la complexité du problème et restent depuis 2 ans de ce calme impérial des veilles troupes, qu’on aimerait retrouver chez nos dirigeants politiques et surtout dans nos médias.

 

 

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