« Président philosophe », « gouvernement de lettrés »: est-ce l’Académie Française qui gère le pays?

Le rouleau compresseur communicationnel est décidément bien en route.

La communication d’Emmanuel Macron est tellement évidente. Outre le mantra « régalien » – command car, visite aux troupes à Goa – qui a fait un flop retentissant, un autre de ses axes est  une prétendu intellectualité, mécanisme à triple détente, qui vise (a) à draper le Président d’une profondeur insondable afin que le commun des mortels, impressionné, ne remette pas ou peu en cause ses décisions puisqu’elles sont prise après réflexion puissance et abstraite qui échappe à la compréhension,  (b) à parler de grandes idées – comme toujours dans ce beau pays qu’est la France –  afin qu’on ait pas l’outrecuidance de se pencher trop sur les détails et (c) à présenter le chef de l’exécutif comme un penseur pour faire oublier qu’il est avant tout comptable et banquier.

On nous dit que les discours de Macron s’inspirent de deux philosophes, l’américain John Rawls et l’indien Amartya Sen.  Deux penseurs néolibéraux.

Gouvernement de lettrés nous dit-on, au prétexte que certains sont passés par Khâgne -Hypokhâgne mais, c’est à noter, aucun d’entre eux – ni Emmanuel Macron, ni Édouard Philippe, ni  Jean-Michel Blanquer n’ont réussi le concours d’entrée à la Rue d’Ulm, Normale sup’, la vraie. En revanche ils sont tous passés par Science-Po. Pompidou lui était bien normalien et était passé par Rothschild, mais il était sorti de Normal’ Sup avant guerre, avant que l’ENA existe…

Ceux qu’on nous présente comme des « lettrés » sont tous des technocrates aboutis ayant fait carrière de technocrates dans la haute fonction publique. Dans le genre littéraire, on fait mieux.

On  confond érudition et culture, et on érige la culture comprise comme un capital social prédéterminé et précisément défini comme seule source de performance sociale.

Nous avons à faire en fait à un conformisme abyssal. Cette culture est profondément bourgeoise, utilitaire. Elle n’est ni curieuse, ni aventurière, ni découvreuse. Elle ne vise qu’à maintenir son rang et surtout pas à sortir du rang.

Parlons franc: les lectures philosophiques ou littéraires des uns ou des autres importent peu. Se revendiquer de tel ou tel penseur ne signifie rien. Ce qui compte c’est ce qu’on en fait réellement. Pour prendre deux exemples extrêmes mais dans l’air du temps, Adolf Hitler se revendiquait de Kant et Nietzsche et vénérait Wagner: nous connaissons l’Histoire. L’intelligence aigüe et  les œuvres majeures de gens comme Heidegger, Hamsun ou Céline ne les ont pas empêché d’embrasser et/ou de se rendre complices de l’idéologie la plus criminelle et mortifère de l’Histoire.

Le mot est lancé: idéologie. C’est elle seule qui conditionne et dirige l’action parce que structurant la vison du monde. Pour mémoire:

« Une idéologie est un système prédéfini d’idées, appelées aussi catégories, à partir desquelles la réalité est analysée, par opposition à une connaissance intuitive de la réalité sensible perçue. »

L’idéologie d’Emmanuel Macron et de son gouvernement est profondément néolibérale et néoconservatrice pour certains, au sens américain du terme. Son substrat est l’école de Chicago et le Consensus de Washington, qui eux-même trouvent leur origine dans le pragmatisme (au sens philosophique) américain du début du XXème siècle.

Elle procède de la croyance que c’est la « performance sociale » individuelle  – la « capabilité » – qui est le fondement de l’évolution de la société et que les plus « performants socialement » doivent par conséquent avoir les coudées franches

C’est fondamentalement une idéologie conservatrice au sens qu’elle nie ou relègue à un rang accessoire les dynamiques de groupes parce que, par les rapports de forces qu’ils sont en mesure d’engendrer, les groupes peuvent influer sur l’ordre établi.

Quand Emmanuel Macron a fait son laïus sur la liberté et l’égalité à des gamins de primaire, ce qu’il a oublié de dire c’est qu’il est profondément convaincu que l’égalité doit être définie par ceux qui sont dépositaires de l’ordre établi. Il pense que ce sont les dirigeants et/ou les dominants  – les individus les plus « socialement performants » qui naturellement  forment un catégorie homogène ayant les mêmes intérêts même si leurs opinions peuvent varier – qui doivent définir le cadre dans lequel les rapports de forces entre groupes sociaux s’exercent et quels sont les groupes sociaux qui sont légitimes ou pas à participer à ces rapports de force.

En découle que nuls autres que les dépositaires de l’ordre établi on le droit d’influer sur cet ordre, qui ne peut en aucun cas être influencé directement par la société. Ces dépositaires disposent également le pouvoir de changer les règles du jeu en cours de parti si cela les arrange.

Idéologiquement, nous avons à faire des ringards, qui compte mettre en œuvre les réformes d’un Schröder d’il y a 15 ans alors que la conservatrice Merkel n’a eu cesse depuis 10 de revenir dessus en imposant, par exemple, un salaire minimum en Allemagne sur le modèle du SMIC français.

Nous avons à faire à des ringards qui veulent faire de l’Etat une « plateforme numérique » alors que ce mot a disparu du vocabulaire des technologues depuis plus de 10 ans parce que des technologies telles que la blockchain l’ont rendu obsolète.

Les « réformes » de Macron ne sont pas des réformes mais les faits de petits chefs de gare orgueilleux qui, pour la seule satisfaction de pouvoir donner – ou pas – le coup de sifflet qui donne le départ du train, feront prendre au pays 15 ans de retard. Ces réformes sont rétrospectives, et en aucun cas propectives, parce que, le futur étant par nature trop incertain, faisons donc ce que les autres ont faits.

Conservatisme, on vous dit!

 

 

 

 

 

 

 

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