Les « vieux partis » perturbés, désorientés? Pas vraiment.

Les politologues, la presse, les sondeurs, les inénarrables communicants sont unanimes! Les vieux partis sont perturbés, désorientés, ils ont perdu le cap, ils naviguent sans carte ni compas ni GPS sur les flots amers du « renouvellement » proclamé mais pas effectué. Ils essaient de surfer sur la crête des vagues de ce qu’on qualifie de raz-de-marée alors que personne n’a senti de tsunami – car l’élection d’Emmanuel Macron n’est qu’un grain dans le marigot, la composition de son gouvernement l’illustre.

Les « vieux partis » se sont en fait très rapidement adaptés à la situation qui n’a rien d’inédite. Et nous allons le démontrer.

Rappelons une fois encore la séquence qui a cours dans tous les régimes présidentiels et semi-présidentiels (le cas de la France):

  1. Une éventuelle majorité parlementaire se construit avant l’élection présidentielle, comme l’on fait tous les chefs de l’État depuis 1970 (de Gaulle l’avait lui fait au second tour en 1965 avec Jean Lecanuet) , en passant des accords de gouvernement et/ou des accords électoraux pour les législatives
  2. Une fois élu, le Président de la République nomme un Premier Ministre qui forme un gouvernement qui livre les accords passés, et c’est cette dynamique gouvernementale qui elle résulte dans une majorité parlementaire.

Emmanuel Macron ne l’a pas fait, sauf avec le Modem, et on voit ce qu’il lui en coûte, à la fois de ne pas l’avoir fait et de ne l’avoir fait qu’avec le Modem (94 circonscriptions pour une PME moribonde, l’addition est salée. L’UDI, elle en a obtenu 76 avec LR alors qu’elle bénéficie d’un groupe parlementaire de 27 députés). Le Modem devrait finir avec un groupe parlementaire (une trentaine de circonscriptions gagnables) et sera donc en mesure de dicter ses conditions au gouvernement et au Président.

A partir de là, que fait-on?

Et bien on se met en ordre de bataille exactement comme dans un régime parlementaire parce que c’est la situation dans laquelle nous sommes  de facto aujourd’hui.

Comme en Allemagne, au Royaume Uni, en Belgique, aux Pays-Bas etc. on part chacun de son côté et on attend les résultats des législatives pour se compter et négocier. On ne concède rien au Chef de l’État ni au chef du gouvernement, qui, contrairement aux régimes parlementaires, ne sont pas issus du Parlement. Mais on ne s’oppose pas non plus systématiquement au niveau national car ce sont les élections législatives qui détermineront qui gouvernera le pays. Les élections législatives redeviennent alors ce qu’elles sont dans tous le régimes parlementaires: 577 élections locales où la concurrence se fait plus localement que nationalement.

  • C’est pour cela qu’il est fort peu probable que La République En Marche obtienne une majorité absolue, comme c’est très rarement le cas dans les régimes parlementaires qui ont la plupart du temps des gouvernements de coalition;
  • C’est pour ces motifs qu’une énorme anxiété saisit LREM, qui a mis en marche une machine communicationnelle relayée par des médias complaisants et « dans le même temps » lancé à la mer d’énormes filets dérivants pour attraper tout ce qui est susceptible de se faire prendre;
  • C’est ce qui explique le calme et l’attitude du bloc de droite LR-UDI qui n’a aucune raison de concéder quoique ce soit: soit il aura la majorité absolue et il gouvernera; soit il sera le plus important groupe parlementaire et il sera en mesure de dicter ses conditions; soit il sera incontournable, dans la majorité comme dans l’opposition.
  • La droite est d’autant moins stressée qu’elle tient le Sénat (curieux comme personne ne parle du Sénat qui est renouvelé pour moitié cette année) et que En Marche! n’y aura quasiment personne. La droite est en position de prendre en ciseaux n’importe quel gouvernement en retoquant au Sénat et en sur-amendant en deuxième lecture. Or, le 49.3, c’est seulement une fois pas session parlementaire. Macron veut généraliser la procédure d’urgence législative? Soit. Mais pour cela il faut une loi organique, qui devra être votée par les deux chambres…
  • C’est pour ces raisons que le PS – qui n’est pas mort, loin s’en faut – a fait le choix non déclaré de mener 577 batailles locales et non pas une grande campagne nationale, parce qu’il a intégré depuis longtemps que la veste serait de la magnitude de 1993 suite au quinquennat de Hollande, bien conseillé par Macron; et
  • C’est dans ce sens que Emmanuel Macron est à la merci des partis quoiqu’on en  dise, parce qu’il aura besoin d’eux s’il veut avoir un gouvernement stable. Ce seront donc les partis, même relativement faibles, qui mèneront la danse et pas lui (comme quoi le manque d’épaisseur régalienne de notre Président est catastrophique: ce qui vient d’être exposé n’est ni plus ni moins que la doctrine de la dissuasion du faible au fort, celle qui préside à la dissuasion nucléaire de la France depuis les années 60).

L’attitude « des vieux partis » est parfaitement rationnelle. Ils se sont rapidement adaptés à la situation parce qu’ils l’avaient envisagée et prévue à partir de l’affaire Fillon.

Ils considèrent à juste titre Emmanuel Macron comme une donnée, non pas comme une variable et que le résultat des législatives ne déterminera qu’une seule chose: dans quelles proportions et à quel prix ils pourront louer leurs oripeaux dont le Roi nu aura besoin de se couvrir.

Il ne reste donc à Emmanuel Macron qu’une seule possibilité: apparaître le moins faible possible. C’est tout ce à quoi visent ses actions et sa communication, qui sont celles d’un Président faible.

Emmanuel Macron aura eu le génie de « refonder » la IVeme (ou plutôt la IIIeme) République de facto mais pas de jure. Il aura réussi la transmutation d’un régime semi-présidentiel en régime parlementaire – donc un régime de partis – dans les institutions de la Veme République. Cela se fera aux dépends que d’une seule personne: lui-même. Il ne sera pas en mesure d’appliquer son programme – ah pardon! sa vision. Beau résultat.

C’est pour toutes ces raisons qu’il faut veiller à ne pas donner de majorité à LREM les 11 et 18 juin.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :