Pourquoi la France est-elle en 10 ans devenu le problème de l’Europe?

De nombreux observateurs et analystes français pensent que Emmanuel Macron fera mieux et plus que François Hollande en matière Européenne. Il faut dire que la barre n’est pas haute.

Mais ces observateurs et analystes français se rassureraient-ils?

La France n’est pas l’homme malade de l’Europe: en l’espace de 3 quinquennats elle en est juste devenue le problème principal.

Non pas, comme nous le dit, parce qu’on ne réforme pas: l’Europe ne peut imposer aucune réforme à laquelle la France n’a pas d’abord adhéré pleinement, puisque ce n’est pas la Commission Européenne qui décide, mais le Conseil Européen regroupant les chefs d’État et de gouvernement de tous les pays membres et leur démembrements techniques (conseil agricole, conseil environnement etc.). Soyons clairs:  aucun pays européen n’est en état de réforme permanente comme la France l’est depuis des décennies (depuis 1974, l’élection de Giscard). Non pas, comme on veut nous le faire croire, parce que Berlin est arc-bouté sur le Pacte de Stabilité et que la dépense publique française est hors de contrôle (même s’il est vrai que la gestion publique française, faites par les élus, laisse à désirer de partout).

La raison de l’affaiblissement de la France en Europe n’est pas comme on veut nous le faire savoir, le manque de réforme du droit du travail ou des retraites, que personne ne peut nous imposer. L’Allemagne a par exemple un droit du travail beaucoup plus touffu, complexe et contraignant que le français, et pourtant l’Allemagne et ses entreprises se portent bien.

La réponse est à trouver ailleurs.

Suite au chemin de Berlin du Président de la République, nous pouvons poser les constats suivants:

  • La position allemande est claire: les problèmes de la France sont ceux de la France, pas de l’Europe ni de l’Allemagne, ce qui est la stricte réalité. L’Europe n’est en effet pas en premier chef la solution aux problèmes internes des États Membres mais un outil de coordination, de cohésion et d’intégration. Ce qui est très différent.
  • Depuis une dizaine d’années- depuis le référendum de 2005 – chaque fois que la France veut « refonder » l’Europe, c’est toujours pour faire main basse sur le magot et trouver voie de s’exonérer de régler les problèmes français, qui ne sont pas le code du travail, ni la taxe d’habitation, ni le rythme parlementaire etc. mais trouvent leur source dans le comportement de nos dirigeants, politiques comme administratifs.
  • Si nos dirigeants cherchent systématiquement une Europe à l’image la France, c’est pour bétonner leur propres positions en France pour des raisons de stricte politique intérieure et « dans le même temps » cacher la merde au chat (aux français). Le silence assourdissant des gouvernements successifs sur les Grandes Orientations de Politique Économique  (GOPE) qu’ils conçoivent et négocient en est l’illustration. La loi dite « Macron » n’est que la transposition en droit français des GOPE négociées et signées par François Hollande et son principal conseiller en matière de l’époque, un certain Emmanuel Macron.
  • Qu’on ne vienne pas nous dire qu’on ne sait pas à quel point ce genre d’attitude irrite profondément à peu près tout le monde, et qu’on n’est pas au fait que Emmanuel Macron n’est en rien différent de ceux qui l’ont précédé. Voir le choix du Premier Ministre: plus franco-français que ça, c’est difficile (à moins de nommer Raffarin).

La raison de la « panne » du couple franco-allemand est pourtant simple. Les Allemands ne nous demandent pas de réformes spécifiques, ils demandent simplement que la France tienne pour une fois ses engagements (que personne ne lui a imposé) et arrête d’utiliser l’Europe comme un mantra de politique intérieure et « dans le même temps » comme un bouc émissaire sur le dos duquel elle se décharge allégrement d’échecs dont elle est seule responsable.

A la question « Emmanuel Macron peut-il changer l’Europe? », la réponse est forcément non. L’Europe seule peut changer l’Europe. L’Europe n’est pas la France ni Emmanuel Macron.

Nous voyons mal un bataillon d’énarques dont le champ de vision, qu’on le veuille ou non, ne dépasse pas le périphérique le faire.

La politique que nous pouvons attendre de notre nouveau Président sera une politique de droite tout ce qu’il y a de plus traditionnelle, à double détente:

  1. Concessions tous azimuts et souvent irréfléchies à nos partenaires, pour des raisons d’affichage et d’expédients  intérieurs, mais également parfois tactiques consistant à faire passer des réformes en disant que c’est Bruxelles qui les impose alors que Bruxelles n’impose rien, puisque c’est bien le Chef de l’Etat et le gouvernement qui les auront consenties; et
  2. Un autoritarisme centralisateur et technocratique en France, qui permettra d’imposer ces réformes en faisant l’économie de l’effort de convaincre, en assenant qu’il n’y a pas d’autre alternative, que l’urgence est grave, qu’il faut « refonder » et « réinventer » etc.

Cela aura pour immanquable effet de (a) nous enferrer une fois de plus dans des engagements de long terme pas forcément bons ni pour le pays, ni pour l’Europe  parce que pris pour bénéficier d’expédients de court terme à des seules fins de politique intérieure et, « dans le même temps », se dire qu’on aura pas besoin de faire face à tous nos engagements parce que, enfin quoi!, nous sommes la France et (b) rendre par voie de conséquence encore plus furieux nos partenaires européens qui en ont soupé des danses de salon parisiennes.

On confond encore et toujours politique et combine, stratégie et manœuvre.

Ne vaut-il pas mieux pour tout le monde faire les concessions que l’on veut et peut faire et s’y tenir plutôt que de prendre tous les engagements pour obtenir dans l’immédiat ce dont on a besoin à court terme, et ne tenir que peu de ces engagements summa summarum?

N’aurait-il mieux pas valu respecter le résultat du référendum de 2005 et aller sur cette base négocier durement mais tenir ses engagements plutôt que d’imposer le scandale démocratique absolu que fut le traité de Lisbonne, pour ensuite aller quémander continuellement de l’aide à notre voisin d’outre-Rhin parce qu’on n’est ni capables ni enclins à tenir parole?

L’Allemagne et tous nos partenaires européens l’auraient, c’est à ne pas en douter, préféré. Et la parole de la France en serait sortie renforcée. Et l’Europe aurait peut-être un peu mieux livré ses promesses à tous les français. Si elle ne le fait pas aujourd’hui, c’est la seule responsabilité de nos propres dirigeants.

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