Plans de campagne: le curieux ordre de bataille de LREM

Tout ce que Emmanuel Macron entreprendra jusqu’au 18 juin n’e sera que campagne électorale. Vite, allons voir Merkel, qui le recevra poliment, l’écoutera comme elle sait si bien le faire, lui dira que la France c’est d’abord son problème, pas celui de l’Allemagne – elle aura raison – que Nein, on touche pas aux excédents allemands et qu’elle ne concédera rien surtout pas en matière d’Europe avant les élections fédérales de septembre.

Avec Trump, ça va être plus compliqué, à moins de passer le week-end avec Bribri à Mar-A-Lago pour déguster un excellent gâteau au chocolat (great, the best there is, the greatest you’ve ever seen)  ce qui serait un très mauvais signal donné aux français et au monde entier.

Le Command Car, pour avoir l’air martial et régalien. Les voyages à l’étranger pour la stature (et ne pas être disponible en France, y compris le jour de la nomination du Premier Ministre qui sera sans doute de droite). Emmanuel Macron se comporte dès le premier jour de son quinquennat comme un président en grande difficulté en politique intérieure (ce qui est déjà le cas)  et use des ficelles les plus traditionnelles pour y faire face.

Mais ce n’est pas le propos de cet article, qui est d’examiner plus avant les tactiques de campagne des marcheurs (stratégies, faut pas trop en demander non plus).

Deux constats s’imposent quant aux « lignes de force » de ces tactiques.

« Trailblazing » et cannibalisation

En marketing:

  • Le « trailblazing » consiste à pointer une nouvelle voie qui ne l’est pas car déjà   définie par des concurrents plus « agiles » et rapides. C’est une tactique profondément parasitaire par laquelle des entreprises peu innovantes et inertes, donc souvent des grandes entreprises, utilisent leur surface financière pour faire croire à grand coup d’énormes budgets de communication qu’elles sont à l’origine de nouveautés qu’elles n’ont absolument pas conçues. L’entreprise reine en la matière c’est Apple, qui n’a strictement rien inventé de son histoire, ni l’interface graphique et la souris (c’est Rank Xerox), ni les appareils tactiles, ni le MP3 (Thomson Multimédia. Oui, le MP3 est français, comme beaucoup de formats et codecs), ni la distribution de musique en ligne (Napster) etc.
  • La cannibalisation elle consiste à dévorer les siens pour s’accaparer leurs ressources. C’est par exemple le cas des banques qui poussent un maximum vers les banques en ligne, ce qui a pour effet de réduire le nombre d’agence nécessaires, donc d’en fermer et d’ainsi couper les coûts. Il en va de même pour les services public. Le canal de distribution qu’est internet cannibalise les circuits de distribution physiques les rendant caduques jusqu’à un certain point et on empoche la différence de coût.

La République en Marche (LREM) c’est cela à 100%. tout d’abord le sigle, LR – EM prête à une évidente confusion avec Les Républicains.

Prenons l’exemple d’un candidat proche de nous, Olivier Véran, afin de bien comprendre de quoi cela procède.

Pour mémoire, Olivier Véran a rejoint le PS en 2012 afin d’être le suppléant de Geneviève Fioraso. Il aurait par ailleurs, nous dit-on, fait son « shopping » à droite comme à gauche avant de se décider et est allé vers le plus offrant. Il a commencé à travailler avec E. Macron bien avant de demander et d’obtenir l’investiture socialiste pour déclarer ensuite rejoindre En Marche quand le conseiller santé d’Emmanuel Macron fut démissionné pour cause de gros conflit d’intérêts.

  • Quand nous regardons son site de campagne, nous voyons l’utilisation d’un code couleur qui ressemble à s’y méprendre à celui du Parti Socialiste. Rose et vert à l’origine, le vert a été remplacé par du gris. Cannibalisation.
  • Ses affiches elles en revanche sont bleues et ressemblent à s’y méprendre à celle de la droite, en particulier à celle de son principal concurrent, Jean-Damien Mermillod-Blondin.  Traiblazing
  • On nous rapporte mais il nous faut encore le vérifier, que deux affiches et tracts différents seraient utilisés, reprenant le code couleur du PS pour les quartiers/communes votant plutôt à gauche,et « dans le même temps » le code couleur bleu traditionnel de la droite pour les quartiers/ communes votant plutôt à droite
  • Le slogan sur ses affiches bleues « un candidat pour une majorité présidentielle » est par ailleurs absurde pour deux raisons (a) la majorité présidentielle n’existe pas puisque le PR n’est pas issu du Parlement et présidentielle et législatives sont des élections différentes par lesquelles les français élisent le Chef de l’État d’une part et déterminent la composition de la représentation nationale, le pouvoir législatif, d’autre part et (b) 84% des français ne veulent absolument ou sont plutôt défavorables à ce que Emmanuel Macron dispose d’une majorité au Parlement. Avec ce slogan, on cherche à créer trouble et confusion dans l’esprit de l’électeur sur le fait que les législatives ne sont pas des élections nationales mais 577 élections locales. Un député représente les citoyens de sa circonscription et seulement eux, rien d’autre. L’Assemblée Nationale, réunissant 577 députés, elle représente l’ensemble du peuple français.

A l’instar du « et dans le même temps » d’Emmanuel Macron, on constate donc ce qui est soit de la schizophrénie – on ne peut être de gauche et « dans le même temps »  être de droite, même si et la gauche et la droite s’accordent sur les principes républicains – soit de l’arrivisme, soit les deux « dans le même temps ».

Fondamentalement, cette communication ne vise qu’à une seule chose: ne pas s’engager avant l’élection afin de pouvoir le faire après à sa guise durant de mandat, et par voie de conséquence à pouvoir être tenu comptable de rien. Ce qui ne pose pas de problème pour une entreprise qui vend des biens et des services, mais en soulève d’énormes en démocratie, puisque lors du scrutin uninominal local qu’est une des 577 élections législatives, les électeurs choisissent une femme ou un homme pour les représenter pour sa personne mais également ses idées et sa capacité à réaliser ses engagements.

Nous posons la question: est-il engageant de s’engager à voter pour quelqu’un qui refuse tout engagement, au delà des sempiternelles incantation et slogans creux? Est-il raisonnable de laisser des arrivistes y arriver?

Le conglomérat, le gloubiboulga issu du casting (s’en fut un et dans le processus et dans le résultat, avec une forte dominante « people », notable et censitaire car les candidats doivent être en mesure d’emprunter personnellement pour financer leur campagne) qu’est la liste des investis de LREM aux législatives ne consiste en essence qu’à vider cette campagne de tout engagement, avec dans le viseur l’obtention d’une éventuelle majorité parlementaire par laquelle le Parlement ne deviendrait qu’une simple chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif, et renoncerait à contrôler à ce même exécutif. Dans ce cas de figure, on se retrouverait au mieux dans un système autocratique « doux », au sens où il aurait les oripeaux du débat parlementaire sans en présenter la substance.

Réfléchissez!

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