Petit précis à l’usage de ceux qui croient que les législatives sont des élections nationales

Les élections législatives sont 577 élections locales par lesquelles les électeurs de chaque circonscription choisissent le député qui les représentera à l’Assemblée nationale.

Ce ne sont pas des élections nationales, mais l’élection des membres de la représentation nationale, ce qui est différent. La composition de la représentation nationale elle détermine qui gouverne, par conséquent l’une des deux composantes du pouvoir exécutif: la couleur politique,  le parti politique (alerte gros mot!) du Premier Ministre et de son gouvernement.

Il s’agit de 577 scrutins uninominaux majoritaires à deux tours. Les deux premiers du premier tour passent au second et tous ceux qui ont recueilli un nombre de suffrages au moins égal à 12,5% des inscrits (et non pas des suffrages exprimés, ce qui en prenant en compte l’abstention et blancs/nuls, fait au bas mot 20% des suffrages exprimés) peuvent également se maintenir au second tour. C’est ce qui nous donne les fameuses triangulaires voir des quadrangulaires, avec plus de deux candidats au second tour.

Au second tour, celui qui recueille le plus de suffrages est élu.

Tous les aventuriers personnels, à commencer par Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon (le FN est une autre paire de manche car c’est un parti politique très bien implanté sur l’ensemble du territoire) , essaient de nous faire croire que la « dynamique nationale »  suffira. Rien n’est plus faux.

Afin de bien sérier comment tout cela fonctionne, examinons l’histoire.

  • En 1981, François Mitterrand avait un parti politique, le PS,  et des candidats très bien implantés sur l’ensemble du territoire ainsi qu’un accord de gouvernement et électoral conclu avant la présidentielle avec le Parti Communiste. L’élection présidentielle a donc joué parce que la dynamique était celle de l’alternance à gauche. Et il eut aussi Jacques Chirac qui tira le tapis sous les pieds de Giscard. Par ailleurs, le Sénat lui resta à droite.
  • En 1988, le même François Mitterrand bien que réélu face à Jacques Chirac ne se vit pas accorder une majorité absolue à l’Assemblée Nationale, ce qui explique pourquoi Michel Rocard fut le Premier Ministre de la Vème République qui a le plus usé du 49.3. Cette situation à part ailleurs mené à la débâcle de la gauche en 1993. Veuillez d’ailleurs noté qu’il est établi que Mitterrand usa alors du FN pour plomber la droite en lui enlevant des réserves de voix. Le résultats fut son élection certes, mais un gouvernement sans majorité et la tôle qui s’en suivit, en 1993, avec la cohabitation comme résultat. Cela vous rappelle t-il pas quelque chose de très récent?
  • Nous voyons donc qu’une élection présidentielle n’est en aucun cas la garantie d’une majorité parlementaire et que Emmanuel Macron est peu ou prou dans la même situation que Mitterrand en 1988, parce qu’il a été conseiller de François Hollande puis ministre de Manuel Valls ces 5 dernières années.

Quelle est aujourd’hui la situation?

  • L’incohérent et chaotique casting façon téléréalité de La République en Marche (LREM, curieux acronyme, Les Républicains  – Emmanuel Macron – on appelle cela de la cannibalisation de marque en marketing) érode la possibilité une dynamique forte aux législatives, malgré le rouleau compresseur médiatique. En sortie d’urne dimanche dernier, 61% des français étaient catégoriques: ils ne veulent pas que Emmanuel Macron dispose d’une majorité parlementaire. 23% n’étaient plutôt pas favorables à ce que Emmanuel Macro ait une majorité. Il est fort peu probable que ces 84% des français aient changé d’avis depuis.
  • La France Insoumise n’est pas plus un parti politique que En Marche! C’est un bazar marketing certes bien conçu mais qui ne sert qu’un seul homme, le Che-vez, Jean-Luc Mélenchon himself. Ses investitures sont aussi rock’n roll que celle de LREM. Il est fort peu probable que les insoumis réussissent à transformer les 19% de JLM au premier tour de la présidentielle en dynamique électorale aux législatives, et devraient donc revenir vers les 8-9% de socle structurel du parti de Gauche. Leur seul espoir d’obtenir un groupe parlementaire est une alliance avec le PC, qui n’aura pas lieu.
  • La dynamique de l’alternance est à droite, pas à gauche puisque Emmanuel Macron et moult marcheurs ont été aux affaires les 5 dernières années. C’est d’ailleurs pour cela qu’on voir les investitures contrôlées par des barons locaux tels que Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian etc., sans compter le coup de Bayrou qui a réussi à imposer de très nombreux candidats du Modem. Le renouvellement, c’est pas maintenant et il n’est que cosmétique, de façade. La France est en marche vers le féodalisme puisque aucun statuts chez En Marche! ne viennent réguler les investitures pas plus que les excès de ces barons locaux.
  • Ni LREM ni la FI ne disposent de candidats bien implantés en nombre suffisants pour espérer peser et, pour LREM, dégager une majorité absolue.

La politique n’est jamais une aventure solitaire et individuelle. Quand on attrape par le mauvais bout, sciemment et en mentant, l’ordre institutionnel de toutes les démocraties, à savoir que seule une majorité parlementaire donne la légitimité politique parce que le Parlement est le seul représentant du peuple, on ne peut jamais gouverner.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :