Occupation, nazisme, antisémitisme, racisme, fascisme et électorat FN: vous reprendrez bien un peu de polémique pour finir cette campagne?

Nous allons encore nous faire des amis.

Comme à chaque élection où le FN se trouve en position de sérieux challenger, on voit revenir l’hystérie mémorielle.

Nous le disons clairement. L’idéologie du FN est la digne héritière de l’extrême droite française: Boulanger, Maurras, la cagoule, le pétainisme, l’OAS etc.

Cette idéologie est nauséabonde. Pour mieux connaître l’histoire de l’extrême droite en France, il y a cet excellent documentaire.

Loin de nous de minimiser le grand danger que fait courir le FN à notre démocratie et à ses principes. Ce danger est immense.

La montée du FN depuis 30 ans semble inexorable. C’est extrêmement inquiétant. Mais sommes-nous dans une situation comparable à celle des années 30? Examinons cela de plus près. Il est important de bien mettre les choses sans leur contexte et de bien sérier le FN si on veut bien le combattre.

Nous n’avons pas la prétention d’écrire une somme exhaustive sur l’histoire de l’extrême droite en France. Ceci n’est qu’un récapitulatif sommaire qui ne vise qu’à comparer les similitudes ou les différences du FN avec l’extrême droite de l’entre-deux-guerres. Cet exercice sera forcément lacunaire, partiel et n’est en rien un travail d’historien. C’est une tentative d’explication de ce qu’est le FN et en quoi on peut ou on ne peut pas le comparer aux fascismes du XXème siècle.

L’extrême droite était celle de « l’élite » dans les années 30.

Le 6 février 1934, une manifestation des organisations d’extrême droite contre le parlementarisme et la République tourne à l’émeute.  Les heurts très violent se multiplieront jusqu’à ce que le Front Populaire dissolve les ligues le 18 juin 1936.

Une organisation terroriste d’extrême droite, la Cagoule, financée par des grands industriels français (Eugène Schueller, le fondateur de L’Oréal;  les savons Gibbs; le huiles Lessieur; le champagne Taittinger; les pneus Michelin etc.) commet de nombreux attentats et tente un coup d’état la nuit du 15 au 16 novembre 1937.

Voyons-nous aujourd’hui des bandes constituées, des ligues qui manifestent contre le parlementarisme et la République? Non. Voyons-nous des organisations terroristes d’extrême droite financées par les grands industriels français mettre à feu et à sang le pays? Non.  En ce sens, la situation actuelle n’est pas semblable à celle qui prévalait dans les années 30. Et le FN, aussi glaçantes et inadmissibles soient ses idées, ne peut être comparé, par exemple, aux Camelots du Roi.

Ce qui ne veut pas dire que le FN n’est pas dangereux. Cela signifie juste que les méthodes du FN ne sont pas celles qui prévalaient dans les années 30.

Après la capitulation de la France en 1940, on retrouvera beaucoup de membres de la Cagoule dans la collaboration, entre autres:

  • André Bettencourt – oui le mari de Liliane Bettencour, la propriétaire de L’Oréal, décédé en 2007, qui dirigea l’hebdomadaire collaborationniste et antisémite « Terre Française » de 1940 à 1942 et fut plusieurs fois ministre, dont ministre du Général De Gaulle
  • Jean-Marie Bouvyer, chef du service d’enquête du Commissariat au questions juive à partir de 1944 et proche de François Mitterrand (dont le témoignage contribua à son acquittement lors de l’épuration)
  • Jean Filliol nommé par Darnand, le chef de la milice, dans la Franc Garde du limousin ou il tortura des résistants pendant des mois. Jean Filliol finira ses jours dans l’Espagne franquiste qui refusera de l’extrader comme employé… de la filiale espagnole de L’Oréal.
  • François Méténier, qui lui aussi trouvera emploi à près l’occupation chez L’Oréal
  • Les « poids lourds de la collaboration » que sont Marcel Déat , Jospeh Darnand et Eugène Deloncle, condamnés à mort et exécutés à la libération.

Mais il y a également eu des cagoulards résistants de la première heure parce que viscéralement anti-allemands, tel que Georges Loustaunau-Lacau, le fondateur du réseau Alliance, qui dès l’armistice scélérat œuvra pour le compte de l’Intelligence Service Britannique.

Il va falloir garder en tête que l’élite française, qu’elle soit culturelle, financière, administrative ou politique, a dans son immense majorité collaboré et rejoint tardivement la résistance, quand elle l’a fait. Est-il besoin de revenir sur le passé de François Mitterrand, par exemple, ou sur celui de la cheville ouvrière de la création après la guerre du CNPF, l’ancêtre du Medef, le grand-père de l’écrivain Alexandre Jardin, qui fut tout même le directeur de cabinet de Pierre Laval?

En ce sens,  le FN, qui est un parti dangereux nous le répétons, s’il est l’héritier idéologique des mouvements des années 30, n’en est pas l’héritier « social ».

  • L’extrême droite des années 30 était soutenue et financée par une partie non négligeable de l’élite financière et industrielle française, en réaction à la montée des mouvements populaires tels que les syndicats et le Front Populaire. Ses dirigeants étaient dans leur immense majorité issus de l’establishment ayant pignon sur rue: diplômés de grandes écoles, juristes, ingénieurs, haut fonctionnaires, officiers etc. N’oublions pas que sans l’approbation et le soutien de grande industrie allemande, Hitler ne serait jamais arrivé au pouvoir.
  • Le FN est une extrême droite dont l’électorat est très majoritairement populaire et auquel « l’élite » n’est pas favorable.

Il est à ce stade intéressant de remarquer que malgré le soutien « des puissances de l’argent » , il a fallu la rupture paroxystique de la défaite de 1940 et le régime de Vichy pour voir l’extrême droite arriver au pouvoir, alors que pendant plus de 20 ans, malgré des actions de masse, des coups de force répétés et un terrorisme revendiqué, elle échoua systématiquement.

Vous comprenez donc le danger réel que représente le FN, parce qu’il est lui un mouvement populiste dont l’électorat est populaire, et qui pourrait donc en théorie être porté au pouvoir sans coup de force, dans le respect le plus stricte des principes électoraux et démocratiques.

Le FN est-il un parti fasciste, voir nazi?

La réponse est plus complexe qu’un simple « oui » ou « non ».

Le substrat idéologique du FN est bien celui du fascisme.

Mais le FN n’est pas un parti, une organisation fasciste comparable à celle de Mussolini ou du NDSAP (le parti national-socialiste d’Adolf Hitler). Le FN n’a pas de chemises noires ou de SA se comptant en dizaines de milliers qui chassent les opposants et autres « déviants » dans toutes les rues de France.

Pour mémoire, un mouvement fasciste c’est ça:

Comme le souligne justement Régis de Castelnau (avec qui nous avons d’énormes différences politiques mais ce n’est pas pour autant qu’il raconte toujours des bêtises):

« Je combats le Front National depuis toujours, et je l’ai dit à plusieurs reprises. C’est une épicerie familiale dont la direction rassemble une partie de la fine fleur d’une extrême droite à tendance passablement fascisante. Mais ce n’est pas un parti de masse, il n’y a pas de troupes de nervis, de paramilitaires armés, pas de retraite aux flambeaux, pas d’autodafés, pas de grands rassemblements dans les stades, pas de meurtrières bagarres de rue, toutes choses que les fascismes européens pratiquaient avant leur prise de pouvoir. « 

Si l’idéologie du FN peut être qualifiée de fascisante, nous le réitérons, le FN n’a tout simplement pas les moyens de ce fascisme. C’est ce qui explique d’ailleurs l’opération de « normalisation » du FN engagée par Marine Lepen dès son arrivée à la présidence du FN, car elle a compris que c’est à ce prix que ne ferait pas faillite l’épicerie familiale. Et l’épicerie s’est muée en géant de la grande distribution.

Le FN, parti populiste, contrairement aux « vrais » partis fascistes ne propose pas de vision intégrale ou holistique de comment la société, la politique et l’économie doivent être organisées. Il se contente de désigner les « bons » – le « peuple » – et les méchants corrompus qui exploitent les bons – « l’élite », « l’oligarchie ». Pour mieux comprendre le phénomène populiste, vous pouvez vous référer à cet excellent article de The Atlantic, malheureusement en Anglais (nous n’avons pas le temps de traduire mais nous le feront dès que possible et dès qu’on aura obtenu l’autorisation de le faire de l’éditeur).

D’ailleurs – et en aparté –  lors de la campagne présentielle nous avons été face à 3 populismes différents: celui de Marine Lepen, celui de Jean-Luc Mélenchon, et celui d’Emmanuel Macron (si, si, c’est un bien populisme s’adressant à la nouvelle bourgeoisie. Les « bons » sont les « entrepreneurs » et les « jeunes »  qui sont persécutés par les « méchants », les « vieux » partis politiques). Cela n’augure rien de bon pour la suite du débat politique si personne, à droite comme à gauche, n’a le courage de le recadrer dès que seront connus les résultats des législatives le 18 juin prochain.

Par conséquent, nous constatons que comparer le FN au Parti Fasciste de Mussolini ou au Parti Nazi n’a que peu de sens. Ce qui ne veut pas pour autant dire que le FN n’est pas dangereux.

Qu’en est-il de l’électorat du FN?

Cet électorat comprend une minorité de gens qu’on peut qualifier de fascistes, de racistes, d’antisémites, d’homophobes, d’islamophobes etc. Mais cela ne veut pas dire que tous les électeurs du FN sont fascistes, racistes, antisémites, homophobes, islamophobes etc. Loin s’en faut.

La réponse est une fois encore plus compliquée.

L’électorat FN est essentiellement un électorat populaire, pour qui la notion d’identité – qui nous sommes et qui eux sont, et c’est pas la même chose – est un repère fondamental, et parfois le seul qui lui reste.

C’est un électorat qui est à la fois terrorisé – qu’on lui prenne ses poules, sa retraite, son pays, sa « culture », sa religion, sa fille etc. – et désorienté – par la mondialisation, par l’Europe, par les évolutions technologiques, par les mouvements de population, par la diversité post-moderne, par la fonte des frontières géographiques, culturelles, sexuelles etc.

Cette terreur et cette désorientation ne doivent pas être méprisées. Personne ne reste manichéen quand on prend le temps d’expliquer.

Les grands partis de gouvernement ont délaissé les couches populaires depuis longtemps: la droite les agriculteurs, les artisans et les populations rurales; la gauche les ouvriers et les petits employés urbains et péri-urbains. Parce que des conseillers en communication politique et des stratèges en chambre leur on dit: « Regarde les démographiques, les agriculteurs et les ouvriers, il y en a de moins en moins. C’est pas là qu’il faut cibler, coco. C’est plus ton cœur d’électorat. Il faut re-framer ton story-telling pour t’adresser aux leaders d’opinion ».

C’est cela qui a donné lieu à une segmentation de l’électorat qui laisse de côté 40% de la population française, segmentation qui est par ailleurs claquée sur celle des médias de masse, télévision en tête.

Or, si on met bout à bout les agriculteurs, les ouvriers, les petits employés et les populations rurales sans les compter comme électorat de droite ou bien de gauche – sans se les approprier –  ben ça, ça en fait du monde ça! Beaucoup de monde.

On a confondu analyse de l’électorat qui peut procéder de taxonomies, de classement des électeurs par groupes présentant des attributs, des caractéristiques communes, et TRIAGE les électeurs! On ne peut pas trier le corps électoral car il y a un vote par individu! On ne peut pas choisir de ne pas s’adresser et d’agir pour telle ou telle catégorie d’électeurs, parce qu’un fois aux affaires, c’est l’ensemble de la société qu’il faut gérer. C’est pour tout le monde qu’il faut gouverner.

Puisqu’on a laissé en déshérence dans les faits mais pas dans les discours cet électorat (on lui ment donc systématiquement), le FN s’est engouffré dans la brèche, alors qu’il était à la base un parti hétéroclite de nostalgiques du pétainisme et des colonies, de catholiques intégristes, de la somme de tous les anti-parlementaires et anti-républicains que le pays comptait. On a laissé prospérer le FN en lui donnant l’occasion en l’espace de 20 ans de se transformer en parti populiste, ce qu’il n’était pas à l’origine! Et ces 40% de l’électorat laissé sur le bas côté de la route étant constitués d’une grosse partie du « peuple », arriva ce qui devait arriver: Marine Lepen au second tour de l’élection présidentielle avec un score qui sera proche des 40%.

Nous posons ça là: est-ce si surprenant?

Que peut-on faire pour l’électorat du FN?

Parfaitement! C’est la seule bonne question à se poser. Que peut-on faire pour ces plus de 10 millions de gens, nos concitoyens,  qui s’apprêtent à voter pour Marine Lepen dimanche et qui ne sont pas irrécupérables?

D’abord arrêter de systématiquement stigmatiser cet électorat en hurlant au fascisme, au pétainisme, au nazisme, à l’holocauste, à la fin de la démocratie.

Comme le souligne Régis de Castelnau dans l’article référencé plus haut:

« Tous ceux qui ont intérêt à ce que surtout rien ne change et que se poursuive la mutation de la France en un länder de deuxième niveau sont passés en mode hystérique et nous donne l’ordre de bien voter, à coup d’insultes, d’anathèmes, et pour les plus modérés d’injonctions comminatoires. Tout ceci est d’une violence assez stupéfiante et risque de laisser des traces cuisantes. (…) Ensuite, l’antifascisme de pacotille qui se déploie sans limite, à partir d’anachronismes idiots, d’assimilations abusives, et de mensonges éhontés est insupportable. »

L’électorat du FN doit être reconquis, et cela prendra du temps.  Cela ne veut pas dire qu’il faille comme l’a fait Sarkozy en 2007 tenir des discours borderlines de celui du FN. Ni qu’il faille vouer aux gémonies cet électorat à grand coups de commémoration, à force de culpabilisation et d’invectives, de témoignages de grands anciens qu’on ressort opportunément, comme le font les partisans d’Emmanuel Macron et une bonne partie des militants de gauche, France Insoumise incluse.

Nous aimerions qu’on nous explique comment on va reconquérir des électeurs en les traitant de fascistes alors qu’ils ne le sont pas, en faisant planer sur leur tête la responsabilité d’une collaboration (le « peuple » n’a que peu  collaboré, il a surtout subi) et de l’holocauste auxquels ils n’ont aucunement participé puisque, pour la plupart, ils n’étaient pas nés.

Nous aimerions qu’on nous explique comment on va pouvoir accueillir à nouveau parmi nous ces millions de gens qui se trompent lourdement mais qui sont susceptibles de changer d’avis (comme le vase communiquant Mélenchon – Lepen au premier tour le montre), après leur avoir mis sur le dos tous les maux de la terre,et des enfers.

Ce sont les idées du FN et ses dirigeants qu’il faut combattre, et que fait-on? On combat ses électeurs, qui ont choisi de voter FN parce qu’on mène des politiques qui les laissent sur le carreau et qui nous le répètent depuis 20 ans à à peu près chaque échéance électorale!

Vu la tournure que prend la campagne, vu tous ces résistants et combattants de salon en tête desquels on trouve Emmanuel Macron qui se bat façon drôle de guerre, bunkerisé dans la ligne Maginot d’une CCI pendant que son adversaire, matoise, passe par les Ardennes comme son père en 2002 pour aller faire un blitzkrieg de 15 minutes avec les gens, on n’est pas rendu.

Et puisque tout le monde semble en ce moment être féru des leçons de l’histoire, en voilà une:

Ceux qui ont détallé devant la Wehrmacht en juin 1940 ne furent pas les soldats français, qui se sont battus et bien battus (120 000 morts en 3 semaines. Dans notre région les italiens et la division alpine du Reich ne sont pas passés, une fois encore grâce aux diables bleus).  C’e sont le pouvoir politique, le Parlement, l’état major et l’establishment qui ont fuit ventre à terre, qui ont abandonné et laissé se dépatouiller les pioupious.

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