Pourquoi l’élection présidentielle ne nous intéresse pas – et pourquoi nous mentons en disant cela, mais en fait pas tout à fait. (à chanter sur l’air du « Bon Roi Dagobert »)

Note initialement publiée sur notre groupe Facebook le 18 février 2017.

Encore une de nos déclarations péremptoires: vous en avez maintenant l’habitude.

L’élection présidentielle ne nous intéresse pas. Ou plutôt: elle n’est pas si importante.

Prenant le contre-pieds de l’hystérie médiatique générale, que ce soit sur les affaires de Fillon, Macron ou Lepen, ou les négociations pour amuser la galerie du PS, d’EELV et du PG, nous regardons cela – tous, 27 électeurs de droite comme de gauche et membres du GAM – avec une placidité et un amusement non feints.

Pourquoi? Parce que nous disons depuis 2012 que l’élection présidentielle n’est plus depuis longtemps l’élection la plus importante. Elle ne l’a en fait jamais été.

Le statut de la fonction présidentielle n’a cessé de se dégrader depuis Pompidou. Non pas parce que cette fonction a aujourd’hui moins de sens, mais parce que ceux qui depuis 1969 s’y sont succédé – a l’exception peut-être de François Mitterrand durant son premier septennat et de Jacques Chirac également lors de son premier septennat – l’ont prise et occupée pour ce qu’elle n’était pas.

Le régime de Vème République est un régime semi-présidentiel qui, s’il donne au Président de la République des pouvoirs importants en matière militaire (il peut seul décider de partir en guerre) et de politique étrangère et la prérogative de fixer le cap des politiques publiques, ne réduit pas pour autant le rôle du Parlement à portion congrue.

La “fin du régime des partis”, veille rengaine gaulliste reprise par tous les « anti-systèmes », le plus jeune et le plus conformiste de tous en tête, est une absurdité pour gogo car les partis politiques ont le rôle fondamental d’organiser le débat politique, même si aujourd’hui on a raison de s’interroger sur leur capacité à le faire. Et les partis politiques règnent et régneront toujours, sous une forme ou une autre, au Parlement.

La réponse est plus à rechercher dans la piètre qualité des personnes qui dirigent les partis politiques et des hordes d’aigrefins qui peuplent leurs appareils, que dans le questionnement de leur validité comme institutions.

Nous avons toujours eu en France les meilleurs constitutionnalistes au monde, et les rédacteurs de la constitution de la Vème République n’ont pas écrit une constitution taillée sur mesure pour De Gaulle mais une constitution très bien équilibrée (pour un régime semi-présidentiel) dans laquelle la séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif est très claire et parfaitement opératoire (même si tout est perfectible et doit être perfectionné, à commencer par notre constitution) – en oubliant certes un peu le troisième pouvoir qu’est la Justice, vielle manie française datant de l’ancien régime et de l’Empire (et résultant de la peur panique héréditaire qu’a du peuple la classe dirigeante française) que de toujours chercher à la subordonner à l’Exécutif qui peut ainsi influer sur les moyens de punir – ou pas – et jouer au Prince, de définir l’exception, comme disait Carl Schmit.

La dépréciation de la fonction présidentielle n’est due qu’à l’usage qu’en ont fait ceux qui l’ont occupée. On a pu par exemple entendre Sarkozy et Hollande dire “j’ai fait une loi” et être repris en cœur par leurs premiers ministres, Fillon et Valls.

Non Messieurs, un Président de la République ne fait pas les lois. Seul le Parlement les fait. Le Président de la République ne propose pas les lois. Le gouvernement et le Parlement le font. Le Président de la République n’a même pas le droit de se rendre physiquement dans les chambres du Parlement quand elles sont en session. Il n’existe pas non plus de majorité présidentielle au Parlement, car le Président de la République n’est pas élu par les Parlementaires. Le Président de la République n’a tout simplement pas de majorité parce que son rôle dans un régime semi-présidentiel est justement de ne PAS en avoir, afin de garantir la stabilité politique et des institutions la durée de son mandat. Le Président de la République ne représente pas tous les français – c’est le Parlement qui le fait – mais l’État français, ce qui est différent.

 

En élisant au suffrage universel le Président de la République, une majorité de français choisit une personne, mais le cap est fixé par les élections législatives.
Le président élu doit voir sa ligne politique validée par les législatives et contrairement à ce qu’on croit, cela n’a rien d’automatique.
L’élection présidentielle ne détermine pas l’état de la mer, les conditions météo ni la meilleure route pour conserver ce cap selon le sens toujours changeant du vent. C’est le rôle du gouvernement, d’être à la barre. Et celui qui gouverne est celui qui remporte les élections législatives.

 

Le gouvernement lui doit rechercher par principe et en permanence la majorité des votes des parlementaires et ne dispose dans les faits pas de majorité prête à l’emploi, comme en a fait la cruelle expérience Manuel Valls lors des débats sur la loi travail où son gouvernement fut minoritaire et dut engager sa responsabilité en dégainant un calibre de 49-3 (ce qui lui a au passage coûté sa carrière politique et est amplement mérité, car quand on ne comprend pas les institutions, peut-on être chef du gouvernement?). Il est fort probable que le prochain Président de la République et le prochain gouvernement soient confrontés à un Parlement dont la majorité leur sera aucunement acquise, ce qui signifiera que le gouvernement devra négocier dossier par dossier pour dégager les majorités nécessaires à la poursuite de ses politiques.

 

Ce n’est là qu’un retour au fonctionnement normal de nos institutions démocratiques: le Parlement n’est pas une chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif au prétexte d’appartenance au même mouvement politique. Seul le Parlement représente le peuple dans toute sa diversité et ses membres ne doivent leur élection ni au Président de la République ni au Premier Ministre.

 

La fameuse “inversion du calendrier” induite par le quinquennat fut une somptueuse escroquerie: ce qui fut recherché était un blanc-seing pendant 5 ans au prétexte que les longs débats parlementaires et les cohabitations obèreraient l’action publique, en ne considérant que l’horizon de la réélection et pas le travail nécessaire de long terme nécessitant un large consensus incluant l’opposition. Ce qui est bien évidement abscons, ce qui revient à nier les “check and balance”, ces fameux contrepouvoirs qui contrôlent et régulent l’action de l’exécutif et des deux autres pouvoirs. Elle est là, la dérive monarchique, qui existait avant 2002 mais que la réforme constitutionnelle du quinquennat et du calendrier électoral a institutionnalisée.

Nos institutions ne sont pas mal conçues, comme le disent les thuriféraires d’une VIeme République, recette mirage qui ne résoudra rien. Nos institutions sont perverties et dévoyées par les femmes et les hommes qui les dirigent. C’est un “simple” problème de comportement du personnel, qui maniaquement cherche à contourner et s’affranchir des règles et adore le mélange des genres, alors qu’il serait tellement plus simple et efficace de les respecter. Quand la combine et la manipulation sont érigées en fondement de l’action politique, on obtient immanquablement les résultats des quinquennats de Sarkozy et de Hollande – et la montée du FN. Et trop de “corrompus” moralement aux manettes, accessoirement.

 

Ce que les français s’apprêtent à faire par l’usage – ou pas – de leur droit de vote aux législatives, c’est au contraire de s’assurer que le régime par lequel ils sont gouvernés soit bien celui qu’ils ont choisi par référendum en 1958, parce que depuis 1969 il a été systématiquement dévoyé par ses dirigeants. Ah! la sagesse des foules est bien beau un théorème!

Ce sont donc les élections législatives qui importent, et la question la plus importante qui se pose est: combien de députés du Front National le 18 juin 2017?

Amusons nous maintenant à envisager, en fonction de qui sera élu PR, ce que ça pourrait donner à partir du 18  juin 2017, en seul terme de “gouvernabilité” du pays (dans quelle mesure le pays sera t-il gouvernable et gouverné), aucunement sous un jour de préférence politique ou de considération idéologiques et morales (oui, les idées du FN sont nauséabondes, mais ses électeurs restent nos concitoyens).

1 – Fillon ou Hamon (on sait aujourd’hui que c’est deux là ne seront pas élus)

Fillon élu sera faible du fait de ses affaires. Hamon, s’il est élu, sera faible pour d’autres raisons, notamment la “fronde“ qui ne manquera sourdre au centre gauche et à la gauche de la gauche. Mais on connaît les réflexes des deux grandes formations politiques que sont LR et le PS, des machines bien huilées et rodées au travail parlementaire, et même sans programme (ce qui n’est pas le cas, ils ont tous les deux un programme), on sait peu ou prou à quoi ressemblera leur quinquennat respectif. Le pays sera gouvernable et gouverné parce que les actions du Président de la République et du gouvernement seront prévisibles et lisibles par tous, y compris nos partenaires étrangers, ce qui ne complexifiera pas les jeux. Alors, oui, pas passionnant, on gérera et on fera une ou deux grandes réformes durant le quinquennat – ce qui est dans l’ordre normal des choses.

2 – Marine Lepen (On sait aujourd’hui quelle a peu de chances d’être élue)
Marine Lepen élue Présidente de la République, le pays sera ingouvernable, elle ne pourra pas gouverner, et le Parlement qui le fera à sa place en attendant la première occasion pour la destituer. Une situation à la Trump donc, en beaucoup plus violente car on pourra s’amuser à faire sauter et le gouvernement et la Présidente.
Nous sommes par ailleurs persuadés que Marine Lepen, qui est beaucoup de choses pas sympathiques mais pas une imbécile, ne veut pas gagner l’élection présidentielle mais obtenir le score le plus élevé possible au second tour afin de créer une dynamique permettant l’entrée en force du FN à l’Assemblée Nationale. Remporter la Présidentielle, c’est son objectif de 2022, car pour gouverner elle a besoin d’une base parlementaire bien plus importante que celle qu’elle obtiendra en 2017. D’ailleurs, si vous regardez bien, elle ne fait pas une campagne présidentielle mais une campagne pour les législatives. 

3 – Emmanuel Macron (on sait aujourd’hui qu’il sera vraisemblablement élu)
C’est clairement pas non plus le meilleur cas de figure car son élection sans programme déclaré et/ou prévisible ne créera pas de « dynamique » aux législatives, parce que ne disposant pas d’une organisation lui permettant de présenter des candidats crédibles et suffisamment ancrés aux 577 élections législatives.
L’absence totale de “luttes” internes tant idéologiques que politiques à l’intérieur son mouvement hétéroclite  signifie que rien ne viendra “réguler”, contrebalancer ce jeune homme certes brillant mais dont les pulsions “christiques et mystiques” le poussent à des “débordements” peu acceptables pour un Président de la République.
Il n’a pas (pas encore diront certains) la pondération et l’épaisseur suffisante et n’a pas réussi à s’entourer de gens d’expérience (La bande à Jouyet, on a vu ce que ça donné ces 5 dernières années; les “oligarques” ne sont pas sympathiques du tout; l’establishment à la Bergé & Kouchner et les has-been à la Lepage, Cavada etc. sont des invertébrés).
En admettant qu’une fois Emmanuel Macron élu, certains à droite comme à gauche iront à la soupe et n’hésiteront pas à faire partie du gouvernement, ce ne seront pas les meilleurs, qui eux préféreront rester au Parlement ou à la tête de leur collectivités où ils auront plus de pouvoir. Ils n’auront aucun intérêt à participer à ce qui s’avérera très vite une aventure particulièrement décevante, à comparaison de laquelle celle du quinquennat de François Hollande fera figure de conquête de l’espace. Bref, le gouvernement du Premier Ministre nommé par Emmanuel Macron sera peuplé d’une cohorte de Placé de tous bords.
Il est nettement plus vraisemblable que Emmanuel Macron se retrouve dès le 18 juin au soir en situation de cohabitation pour 5 ans, ce qui serait la meilleure des choses et garantirait un minium de stabilité gouvernementale.
Notons également qu’un “jeune  » issu de l’entreprise, se disant humaniste, promettant révolution, changement copernicien et “Brave New World” pour tous et entouré d’une équipe de zozos n’ayant pas les moyens de leurs ambitions et ne sachant pas gouverner (hé oui! Ça s’apprend) , on voit ce que ça donne depuis 3 ans à Grenoble. Veut-on vraiment la même chose pour le pays tout entier?

Il faut nous y résigner et ce n’est pas plus mal: nous n’aurons pas plus de “grand Président” en 2017 qu’en 2002, 2007 ou 2012, parce que personne n’est à la hauteur de cette “grandeur” dans le personnel politique actuel – grandeur qui par ailleurs ne se mesure plus depuis fort longtemps à l’aulne de notre seul pays (si ce fut jamais le cas).

Le rôle du Parlement en sera accru, ce qui est une excellente chose, car l’intelligence collective est toujours meilleure donc préférable à l’intelligence individuelle: c’est là le fondement même de la démocratie et les principes sur laquelle notre constitution, qui peut et doit être améliorée, a été écrite.

 

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